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« Avec sa vision plus universelle et le développement d’une forme populaire de bouddhisme dévotionnel à l’égard du Bouddha historique mais aussi d’autres bouddhas comme Amithâba, Mahâvairocana, ou de grands bodhisattvas tels que Manjusri, Vajrapâni et Avalokitésvara, le Mahâyâna va connaître un succès grandissant tout en côtoyant certaines des écoles anciennes pendant plus de dix siècles. Dès le IIe siècle, les frères Udbhaka et Sankarapati fondent au Maghada le monastère de Nâlanda qui deviendra très vite une université bouddhique célèbre dans le monde asiatique, attirant jusqu’à dix mille étudiants de toutes origines au VIIe siècle. S’y retrouvent des moines tenants des écoles anciennes aux côtés de moines partisans du Mahâyâna sans que cela suscite davantage que des débats passionnés. Dès cette époque, un moine du sud de l’Inde, Nâgârjuna, vient y enseigner la philosophie du Mâdhyamika, la Voie médiane. Son disciple Âryadeva fera de même, suivi bientôt par Buddhapâlita et Bhâvaviveka au Vè siècle. Ce courant philosophique, qui démontre logiquement la vacuité universelle exposée dans les Prajnâpâramitâsûtra (deuxième tour de roue), va connaître de nouveaux développements au VIIe siècle avec Candrakîrti, et au VIIIe siècle avec Sântideva et Sântaraksita. Au IVe siècle, apparaît une autre école philosophique du Mahâyâna, s’appuyant sur un autre type de sûtra dits du troisième tour de roue. Cette école, dénommée Vijnanavâda, Yogâcâra ou encore Cittamâtra – « Rien qu’esprit » – a pour fondateurs deux frères, Asanga et Vasubandhu. Elle prêche la non-dualité du sujet et de l’objet, enseignant que les phénomènes perçus ne sont que le jeu de l’esprit. Inspiré par Maitreya, le bouddha à venir, Asanga élabore aussi dans tout son détail le cheminement du bodhisattva en cinq voies et dix étapes ou bhûmi et la doctrine des Trois Corps d’un bouddha ou trikâya. Il expose également la doctrine de la Nature de bouddha (tathâgatagharba) présente chez tous les êtres, l’Éveil étant le dévoilement de cette nature fondamentale par la dissipation des voiles obscurcissant l’esprit. »

Philippe Cornu, La terre du Bouddha, Editions du Seuil, Paris 2004, p. 43

 

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« Aux environs du Ier siècle ap. J.-C. apparaît le Grand Véhicule ou Mahâyâna. (…) On a voulu expliquer cet avènement par le foisonnement des interprétations doctrinales des écoles anciennes, qui aurait favorisé la naissance d’une nouvelle interprétation des écritures. (…) On a également invoqué un infléchissement de la société bouddhique vers une plus grande participation active des laïques dans la pratique, mais il ne semble pas que la vie monastique ait perdu de l’influence sous l’impact des idées mahayanistes. La popularité du bouddhisme s’est sans doute accrue dans le temps, mais la plupart des penseurs mahayanistes sont des moines et le sangha monastique demeure une référence et un exemple. Quant au développement des aspects dévotionnels, il est certes perceptible dans le Mahâyâna, mais on le trouve déjà dans le culte des reliques, dès les premiers temps du bouddhisme. La tradition mahayaniste elle-même, enfin, retient une autre explication : c’est le Bouddha lui-même qui a enseigné le Mahâyâna de son vivant, en des lieux tels que le pic des Vautours près de Râjagrha (deuxième tour de roue), ou encore à Vaisali et en d’autres endroits (troisième tour de roue). Mais à l’époque, la très grande majorité des moines et des arhat auraient refusé d’accepter les implications d’un tel enseignement et seuls quelques auditeurs et bodhisattvas se seraient éveillés au sens ultime. Selon la légende des Prajnâpâramitâ, le Bouddha aurait alors confié ces enseignements aux Nâga, les déités-serpents du domaine souterrain, jusqu’à ce que le monde soit mûr pour leur révélation.

La réalité pourrait bien se situer à mi-chemin entre toutes ces hypothèses. Force est de constater que la plupart des éléments doctrinaux du Mahâyâna sont contenus en germe dans le bouddhisme primitif, mais c’est la manière dont le Mahâyâna éclaire et accentue certains aspects de la doctrine qui fait son originalité et sa « nouveauté ». Quand certains éléments d’un paradigme établi sont mis en lumière plus que d’autres, c’est l’ensemble de l’édifice doctrinal qui change de perspective, et l’on peut alors parler de l’émergence d’un nouveau paradigme. Pour la tradition bouddhique, ces changements de perspective prétendus évolutifs et historiques ne sont que des points de vue plus ou moins élevés énoncés par le Bouddha lui-même en vertu des besoins et des capacités particulières de ses auditeurs. Il n’est pas contradictoire de penser ainsi et d’imaginer qu’un de ces points de vue ait pu triompher davantage à un moment donné, s’inscrivant ainsi dans le cours de l’histoire. »

Philippe Cornu, La terre du Bouddha, Editions du Seuil, Paris 2004, pp. 39-40

 

«On voit avec le Mahâyâna apparaître un nouvel idéal, celui du Bodhisattva, pratiquant qui cherche à obtenir l’éveil ou qui l’a déjà trouvé. Le but ultime du bouddhisme, l’éveil, n’implique plus, comme auparavant le nirvâna, que l’on se retire du monde des sens – au contraire. Le terme Bodhisattva a donc subi un glissement de sens, puisqu’il ne signifie plus simplement un futur Bouddha, par exemple Sâkyamuni dans ses vies antérieures ou Maitreya maintenant, mais bien un être d’ores et déjà éveillé, mais vivant en ce monde (ou dans d’autres).

L’idéal du Bodhisattva est venu concurrencer celui de l’Ahrat : on passe ainsi de l’ascète hors du monde au saint dans le monde. Ce nouvel idéal implique évidemment une critique de l’ancien. A en croire les tenants du Mahâyâna, l’Ahrat ne pratiquait que pour lui-même, pour atteindre le nirvâna le plus rapidement possible; tandis que le Bodhisattva, dans sa grande compassion, n’aspire à devenir Bouddha que pour pouvoir guider tous les êtres vers l’éveil et refuse le salut s’il n’est qu’individuel. On insiste maintenant non plus sur une sorte de sainteté passive, marquée par le renoncement, mais sur des vertus actives (les Six Perfections: le don, la patience, l’énergie, la moralité, la concentration, la sagesse) plus adaptées aux besoins des individus ordinaires. Du coup, la « carrière » de Bodhisattva n’est plus limitée aux moines, mais ouverte aux laïcs, hommes et femmes. Le but ultime, lui aussi, s’est modifié : ce n’est plus la sainteté débouchant sur le nirvâna, mais l’éveil suprême et parfait qui permet d’œuvrer en ce monde pour le salut de tous.

Selon certains textes Mahâyâna comme le Sûtra du Lotus, le chemin du Bodhisattva est le seul chemin véritable: tous les autres ne sont que des expédients, de pieux mensonges pour aider les êtres à prendre conscience de cette réalité unique. Il n’y a donc qu’un seul « véhicule », le Grand Véhicule: tous les autres ne sont qu’illusion. Il y a deux temps forts dans la « carrière » d’un Bodhisattva: la production initiale de l’esprit d’éveil (bodhicitta) et l’obtention finale de l’éveil suprême. Bien que ces deux moments puissent être séparés par un intervalle de temps parfois fort long (à l’échelle de nombreuses vies), le moment final est déjà contenu dans le moment initial. Ce dernier est donc extrêmement important, puisque c’est alors que le croyant fait vœu, non seulement d’atteindre l’éveil, mais de retarder cet éveil jusqu’à ce que tous les êtres soient sauvés. C’est cet esprit de compassion qui va le porter dans toute sa pratique, aplanissant toutes les difficultés.»

Bernard Faure, Le Bouddhisme, Dominos / Flammarion, 1996, pp. 36-37

Cf. aussi entrée THERAVÂDA / MAHÂYÂNA !

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

Sous le titre  « Theravada », nous avons publié il y a quelques mois une réaction d’Edel Maex à un préjugé concernant cette école, préjugé fréquemment exprimé  par les tenants du Mahayana. C’est ce même article que nous vous proposons aujourd’hui, augmenté d’un « commentaire » de Philippe Cornu.

THERAVÂDA / MAHÂYÂNA

«L’accent est mis [dans le bouddhisme Theravâda] sur la voie individuelle vers la libération.» Combien de temps devrons-nous entendre encore cette erreur grossière concernant le Theravâda? Dans les textes les plus anciens, on peut lire que la voie vise toujours à la fois le bonheur personnel et le bonheur d’autrui.» (Edel Maex, Extrait d’une lettre non éditée à l’auteur d’un article paru dans la revue Kerk en Leven)

Nous trouvons dans le Dictionnaire encyclopédique du Bouddhisme (Philippe Cornu, Seuil, 20062, entrée quatre illimités) le «commentaire» suivant:

«Dans le Theravada, on médite sur la bienveillance ou amour (PAL. mettâ), la compassion (PAL. karunâ), la joie (PAL. muditâ) et l’équanimité (PAL. upekkhâ) pour entraîner son esprit aux activités altruistes bienveillantes. Cela montre combien il serait erroné de penser, sous le prétexte que le Mahâyâna est la voie de la compassion par excellence, que cette dernière ne constitue pas une préoccupation majeure dans le Theravâda. La culture d’une attitude d’amour et de compassion pour les êtres qui souffrent est omniprésente dans le bouddhisme et fait partie de la pensée juste au sein de la quatrième noble vérité, la voie octuple. Les quatre demeures de Brahmâ sont aussi appelés « illimitées » parce qu’elles diminuent l’attachement au « moi » et prédisposent l’esprit à l’aide altruiste sans partialité. Parmi les sutta qui mettent l’accent sur ces pratiques, citons le Karanîyamettasutta

Ci-dessous un passage de ce sutra très court, appelé couramment «Metta Sutta»:

«Comme une mère risquerait sa vie

Pour protéger son enfant, son seul enfant,

De même doit-on cultiver un cœur sans limite

Par rapport à tous les êtres.»

Texte complet sur http://www.canonpali.org/tipitaka/suttapitaka/khuddaka/suttanipata/snp1-08.html

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

Cycle indépendant: l’UBE à Bruxelles

Programme 2011

Invités par l’Université du Bouddhisme à Bruxelles, les enseignants de l’UBE proposent deux cycles de cours, de janvier à avril 2011.

Les cours auront lieu à l’Institut Nalanda de Bruxelles,
50 rue de l’Orme
1030 Bruxelles (Belgique)
Tél.: +32 (0)2 675 38 05

Chargés de cours:
Philippe Cornu,
Jérôme Ducor,
Dominique Trotignon

1. Le bouddhisme ancien en Inde – origines et principaux courants
Un cycle de quatre séances, le jeudi soir, de 18h15 à 20h30

* Jeudi 20 janvier 2011 – Philippe Cornu
Le contexte indien du Bouddha

* Jeudi 17 février 2011 – Dominique Trotignon
L’enseignement du Bouddha historique

* Jeudi 17 mars 2011 – Dominique Trotignon
Les premières écoles du bouddhisme indien – 1ère partie: Sthaviravâda et Mahâsamghika

* Jeudi 28 avril 2011 – Philippe Cornu
Les premières écoles du bouddhisme indien – 2ème partie: Pudgalavâda et Sârvastivâda

2. Les bouddhistes et la mort – fondements doctrinaux et réalités culturelles
Un cycle de trois séances, le dimanche, de 10h30 à 16h

* Dimanche 6 février 2011 – Dominique Trotignon
La Mort, dans le canon pâli et les pays du Theravâda

* Dimanche 13 mars 2011 – Jérôme Ducor
La Mort, dans le Mahâyâna d’Extrême-Orient et au Japon

* Dimanche 3 avril – Philippe Cornu
La Mort, dans le Mahâyâna indien et au Tibet

Tarifs et inscriptions
Dimanches: 40 euros, boissons comprises (les participants apportent leur collation)
Jeudis: 15 euros, boissons comprises

Inscriptions à l’Institut Nalanda,
rue de l’Orme 50, 1030 Bruxelles
Mail: nalanda@tibinst.org
Tél: +32 (0)2 675 38 05

Versements à effectuer au n° de compte: 001-3998047-74
IBAN: BE16 0013 9980 4774, BIC: GEBA BE BB

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