You are currently browsing the tag archive for the ‘Silence’ tag.

LE MONDE DU SILENCE

Frédéric Baylot

silence

 

Maha Muni : le Grand silence, c’est le nom donné au Bouddha. La pratique bouddhiste doit être tellement silencieuse qu’elle en est quasiment secrète, il n’y a pas besoin de la montrer aux autres. On n’a même pas à sentir le goût du bouddhisme. Le pratiquant cultive l’humilité, il ne se met jamais en avant, n’utilise pas de titres. Il est complètement « ordinaire », il cultive l’ordinaire, jamais dans l’apparat ni dans la parade. Sa pratique est de simplement porter une grande attention à faire ce qu’il fait tous les jours sans se prendre au sérieux.

 

http://zemapprentimaitrezen.wordpress.com/author/lungtazen/

Publicités

« 6.1.          Dans le monastère, nous devrions suivre le conseil du psaume qui dit : ‘Je surveillerai ma conduite, afin de ne pas pécher par ma langue. J’ai mis une garde à ma bouche, je me suis tu dans l’humilité et me suis même abstenu des paroles bonnes.’ Ici le psalmiste montre que, si l’on doit parfois se retenir de paroles bonnes par souci du silence, combien plus doit-on renoncer aux paroles mauvaises à cause des souffrances que nous vaut ce genre de péchés. De fait, il est si important de cultiver le silence que, même pour les sujets concernant les valeurs sacrée et les conseils spirituels, la permission de parler ne sera que rarement accordée aux disciples parfaits car il est écrit : ‘Dans le flot des paroles, tu n’évitera pas de tomber dans le péché.’ Le même livre nous rappelle ailleurs : ‘La mort et la vie sont au pouvoir de la langue’. Il revient, en effet, au maître de parler et d’enseigner ; se taire et écouter convient au disciple.

« 6.2.          C’est pourquoi, s’il y a des choses à demander au supérieur, qu’on le fasse avec respect et déférence. Quant aux facéties, aux paroles oiseuses ou portant à rire, nous les condamnons et bannissons en tout temps et en tout lieu. Que le disciple ouvre la bouche pour de tels propos, nous ne le permettons pas. »

La Règle de Saint Benoît in P. Henry (éd.), Le Dharma de Saint Benoît, Kunchab 2002, p.181

 

DEDANS

« Au plus profond de toute chose

il y a un silence pur,

un lieu très secret et inviolable,

où la main palpe une eau ancienne,

un giron chaud.

On n’y accède jamais par la volonté

obstinée ni par le désir ardent du cœur.

On y entre par la grâce vive du vivant,

par l’union animale avec le créé.

Celui qui réussit à se pencher sans effort

en toute simplicité et innocence docilement

et sans enquérir – sur cette cavité comblée

pourra écouter quelque chose qui n’est plus

la seule chose elle-même, ni le langage

ou l’âme qui lui sont propres,

mais la palpitation unanime, énigmatique,

qui assemble et fait mouvoir le multiple,

une respiration qui anime tout et veut être

entendue pour pouvoir être »

Eloy Sánchez Rosillo

Traducción de Edurne Alegría

http://www.feadulta.com/es/buscadoravanzado/item/3687-en-quête-de-silence.html

Le bruit nous asphyxie. Et je ne parle pas en premier lieu du fracas stressant de la circulation qui nous enveloppe, sans pour autant l’ignorer. Mais il y a des bruits qui sont pires : livres, débats, annonces publicitaires, messages, mobiles, iPhones, iPads… finissent par être plus assourdissants que le trafic le plus retentissant. Le pire des bruits, et de loin, c’est le plus silencieux, celui que nous portons tous en nous. Ce tourbillon incessant de notre esprit. Cet exténuant vacarme de nos pensées qui nous maintient dans un état permanent de dispersion et d’anxiété, de regret du passé, de peur du futur, d’obstination épuisante pour être ce que nous ne sommes pas et pour posséder ce que nous n’avons pas.

Nous ne pouvons vivre ainsi. Nous avons besoin d’espaces de silence extérieur et bien plus besoin d’espaces et de temps de silence intérieur. Le silence et la paix extérieurs sont très bénéfiques, mais ils ne garantissent rien en eux-mêmes, car les bruits les plus pernicieux nous les portons en nous. « Il y a des personnes qui gardent le silence, mais leur cœur ne cesse de condamner les autres », nous apprit un moine chrétien des premiers siècles, et il nous interpelle, nous qui, apparemment, sommes plus habitués à garder le silence. En effet, nous ne pouvons garder le silence si nous ne vivons pas en paix.

Cherche la paix et le silence au fond de toi. Consacre à cet exercice au moins 20 minutes de ta journée. Assieds-toi, sens-toi, respire. Respire sans gonfler la poitrine, en emplissant tes poumons de sorte qu’ils poussent l’abdomen vers le bas, le plus bas possible. Reste ainsi, inspirant, expirant, en silence. Dans le silence se trouve la Paix, tout est en paix. Sois en paix. Laisse tes craintes, tes rancœurs, tes désirs se dissoudre et se dissiper peu à peu et ne t’inquiète pas s’ils persistent. Cela dépend de toi. Mets-y de la discipline et de la détermination, mais en paix, comme l’eau, sans effort.

Tu pourras trouver un havre de silence en tout lieu : dans une église ou au bord de la mer, à la montagne, dans ton salon, au milieu d’une place, dans ta voiture, dans ton travail.[1]

José Arregi

http://www.feadulta.com/es/buscadoravanzado/item/3687-en-quête-de-silence.html

[1] Le monde : le lieu de la pratique, un zendo

Le silence qui suit l’audition d’une symphonie de Mozart est encore du

Mozart ; le silence auquel aboutit un mystique chrétien est un silence

chrétien, et le silence du Bouddha est la quintessence du bouddhisme.

P.-F. de Béthune

 

« Dans la tradition du ch’an chinois (qui deviendra le zen au Japon) le rapport aux textes sacrés est très particulier. (…) L’école ch’an s’est en effet développée en réaction contre une évolution du bouddhisme chinois devenu très scholastique et où les érudits discutaient sans fin sur les diverses interprétations des textes, ajoutaient commentaire sur commentaire, au risque de négliger l’expérience. Aussi la définition de la méthode ch’an, un quatrain attribué à son fondateur Bodhidarma (contemporain de saint Benoît), est-elle très abrupte : ‘Une transmission spéciale, en dehors des Écritures, ne s’appuyant ni sur les textes ni sur les mots : aller directement au cœur de l’homme, voir sa vraie nature et devenir Éveillé.’

On ne s’étonnera donc pas que l’élément le plus important de la méthode spirituelle zen soit le zazen, la méditation silencieuse et sans objet pratiquée hors du temple, dans le zendo, la ‘salle [de la méditation]’. Cette pratique prend beaucoup plus de temps que la récitation des sutras. Le soir en particulier, après une journée de travail manuel éprouvant et un bain, les moines se rassemblent dans le zendo pour plusieurs heures de méditation. L’obscurité descend peu à peu et le silence se fait toujours plus profond. C’est le moment le plus important, celui où les moines approchent le plus du cœur du bouddhisme qui est pur silence ou vacuité (ku).

Le zazen est d’abord une attitude physique, une posture du corps qui assure un maximum de silence. Le bouddhisme fait confiance au corps car une telle posture paisible permet de rester longtemps immobile et le silence du corps contribue grandement au silence des pensées, des sentiments, de l’imagination et même de la volonté. En effet, il ne s’agit pas de vouloir obtenir quoi que ce soit, mais simplement de coïncider avec la vie qui traverse la respiration en ce moment. C’est ainsi seulement que l’on peut ‘aller directement au cœur de l’homme’. On ne peut atteindre le ‘cœur’ (shin ou koroko) qu’en le dénudant de tout ce qui l’enveloppe et l’étouffe. La pratique du zazen pendant de longues heures s’appelle effectivement sesshin, littéralement : ‘toucher le cœur’. Les pensées, les réflexions, les sensations et les volitions sont importantes et indispensables dans la vie courante, mais si, pendant le zazen, on peut quelquefois remonter (pour ainsi dire) en amont de tout cela, et atteindre la source de l’être, tout le reste en est comme purifié et régénéré. Et c’est la pratique du silence qui permet alors qu’affleure l’essentiel, débarrassé de tout revêtement adventice.

La grande différence qui distingue la tradition du zen de toutes celles de l’Occident apparaît ainsi clairement : alors qu’en Occident l’on fait d’abord confiance à la Parole, le zen fait d’emblée confiance au Silence. Les deux démarches spirituelles vont donc en sens inverse : dans le zen il ne s’agit pas, comme en christianisme, de développer et approfondir la méditation des textes sacrés, pour atteindre par étapes à la contemplation et à une compréhension intuitive de la Vérité. Au contraire, c’est la plongée directe dans le silence qui purifie l’esprit et permet la prise de conscience intuitive des vérités du bouddhisme. Le silence n’est donc pas seulement un environnement pour la parole ; il n’offre pas seulement de belles marges à l’énoncé de la doctrine : il est au centre de l’attention du méditant, parce que le bouddhisme zen croit en la fécondité du silence. »

 

P.-F. de Béthune o.s.b., Prière chrétienne et prière bouddhique, paru dans Chemins de dialogue, n° 35 (2010) et repris dans la revue Voies de l’Orient, n° 130, janvier – mars

2014, pp. 26-29 / Site Web des Voies de l’Orient : http://www.voiesorient.be

Entrez votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par e-mail.

octobre 2017
L M M J V S D
« Sep    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Twitter : en deux mots… (ou 140 caractères)