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Jetsuma Tenzin Palmo  (Diane Perry), fille d’un poissonnier et d’une femme de ménage de l’East-End, est née à Londres en 1943. En 1961, à l’âge de dix-huit ans, elle décide qu’elle est bouddhiste, part en Inde en bateau pour y trouver un maître, et rencontre, le jour de ses 21 ans, son gourou, le huitième Khamtrul Rinpoche. Trois semaines plus tard, elle devient la deuxième femme occidentale ordonnée en tant que nonne bouddhiste tibétaine. A 33 ans, Tenzin Palmo s’installe avec la bénédiction de son lama dans un grotte de quatre mètres carrés, à 4000 m d’altitude, dans la vallée de Lahaul. Elle y reste 12 ans. Interview.

Douze ans de vie comme ermite dans une grotte : un sacré bail …

Chacun de nous a quelque chose à faire dans cette vie ; à nous de trouver quoi et à le faire. Moi, je suis pour née pour faire une longue retraite. J’étais extrêmement heureuse dans la grotte et pleine de gratitude de me trouver là. C’est une possibilité rare.

Avez-vous connu des périodes de doute et d’angoisse ?

Parler de ma vie dans la grotte me semble particulièrement ennuyeux ; c’était il y a une éternité. Mais, non, rien ne me tracassait ou ne m’effrayait. Des centaines de milliers d’ermites ont fait exactement la même chose au cours des âges, et quatre-vingt-dix pour cent d’entre eux s’en sont trouvé très bien. On est très pris par la pratique – on ne se tourne pas les pouces à longueur de journée – et vous acquérez une disposition d’esprit par laquelle vous accueillez ce qui survient, quoi que ce soit, même les choses les plus épouvantables. Si vous être centré, ça marche ! Si pas, vous serez ébranlés par les choses les plus insignifiantes. Ce n’est pas l’expérience vécue ou les circonstances qui comptent : c’est l’attitude qui importe. Nous devons cesser de nous attacher à la voie conditionnée et apprendre à nous ouvrir à l’inconditionné.

Comment développer une attitude d’ouverture?

C’est bien là la question. Nos problèmes fondamentaux sont l’ignorance et la saisie d’un moi. Nous nous accrochons à une identité fondée sur notre personnalité [supposée], nos souvenirs, opinions, jugements, espoirs, craintes, bavardages – tout ça gravitant autour de ce moi moi moi moi. Et nous croyons que ce moi est une entité solide, immuable qui nous sépare des autres entités existant en dehors de moi. Cela crée l’idée d’un moi permanent au centre de notre être, que nous devons protéger et satisfaire. Cela est une illusion. « Qui suis-je ? » est la question centrale du bouddhisme. Vous comprenez ?

Ce que nous faisons la plupart du temps, c’est agir pour protéger ce faux ‘moi’, ce ‘mien’, ce ‘je’. Nous pensons que l’ego est notre meilleur ami. Ce n’est pas le cas. Peu importe que nous soyons heureux ou malheureux. En fait, l’ego est très heureux d’être malheureux. Nous devons veiller à ne pas utiliser la voie spirituelle comme un moyen supplémentaire pour nourrir l’ego : un moi meilleur, plus grand, plus spirituel.

Il y a des pratiques que nous pouvons utiliser contre cette obsession du moi. Par exemple, face à des personnes très malades, dans la souffrance, on peut imaginer [visualiser[1]] que l’on se charge de leurs angoisses, de leur souffrance, sous forme de lumière sombre ou de fumée, les libérant ainsi de leur maladie et de leurs karmas négatifs et les dirigeant vers la petite perle noire de notre ego. Et ces choses négatives vont commencer à se dissiper, car, vraiment, la dernière chose que notre ego désire, c’est bien les problèmes des autres …

(…)

Que faire lorsque les pensées surgissent dans la méditation ?

Les pensées ne sont pas un problème. Produire des pensées est la nature de l’esprit. Le problème, c’est quand nous nous identifions à elles.

Comment apprendre à ne pas nous identifier ?

Pratiquez !

http://tricycle.org/magazine/no-excuses/?utm_source=Tricycle&utm_campaign=6f24018e60-Daily_Dharma_10_05_2016&utm_medium=email&utm_term=0_1641abe55e-6f24018e60-307311133

[1] La visualisation est une pratique de méditation importante dans les écoles du Vajrayana (tantriques). Cependant, on en trouve aussi des traces dans la tradition du Theravada ancien.

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Du 29 juillet au 3 août 2006, Lama Puntso et Lama Shédroup ont proposé au centre bouddhiste Karmapa un programme sur les émotions : « Transformer nos émotions en sagesse ». Interview de Yasmine Kaplun

YK : Lama Shédroup, pourquoi avoir choisi avec Lama Puntso, le thème des émotions perturbatrices comme sujet d’un enseignement de 6 jours ?

Lama Shédroup : Car ce sont les voiles qui nous empêchent de voir les choses comme elles sont, c’est un filtre qui fait partie des raisons qui nous empêchent d’atteindre l’éveil.

Les émotions nous font croire que telle est la réalité. Il s’agit d’un thème classique de l’enseignement du Bouddha.

C’est un enseignement qui touche tout le monde, les débutants comme les bouddhistes avancés.

Beaucoup de personnes sont démunies face à leurs mouvements émotionnels. Dans l’enseignement du Bouddha, il y a une vision sur les émotions qui nous permet de reconnaître, de travailler avec elles et d’aboutir au lâcher prise.

Dans l’enseignement du Bouddha le “lâcher prise” est le résultat d’un entraînement.

L’enseignement du Bouddha demande une vraie mise en pratique par chacun, pas seulement une compréhension intellectuelle.

YK : Vous avez une façon très moderne et très pratique de présenter l’enseignement du Bouddha qui est pourtant fort ancien.

Lama Shédroup : Tout un chacun ne peut adapter les textes, cela nécessite de bien connaître les textes de base puis de les transmettre dans le monde actuel.

YK : Lama Shédroup, n’est-ce pas illusoire de vouloir se détourner de toute émotion négative afin de ne garder que les positives ?

Lama Shédroup : Notre tendance à classer les émotions en “bonne” ou “mauvaise” émotion n’entre pas dans la vision bouddhiste. Ce qui importe c’est de savoir si l’émotion nous apporte plus ou moins d’harmonie, plus ou moins de souffrance.

Le travail sur les émotions est progressif. Première étape : reconnaître les émotions perturbatrices qui nous entraînent vers la souffrance puis étudier la nature de l’émotion, ce qui ne veut pas dire la supprimer ou la rejeter. Juste essayer de ne pas se laisser emporter par cette dernière.

Par exemple, la colère s’élève en moi, je ne la vois pas, elle se développe comme une agressivité latente. Si je n’ai aucun entraînement, je suis victime de l’émotion.

Si je la détermine et la reconnais avant qu’elle n’apparaisse sous une forme violente, peut-être pourrai-je l’arrêter et apaiser l’émotion.

Calmer son esprit ne veut pas dire être neutre ou ne rien ressentir, cela veut dire seulement de réa-gir avec sagesse. Il ne s’agit pas de ne plus avoir de colère mais d’entrer en relation différemment avec cette dernière.

YK : Ne serait-ce pas un peu comme tendre la joue gauche quand on vous gifle la joue droite ?

Lama Shédroup : L’éveil ne consiste pas à avoir un comportement figé de non réaction automa-tique mais plutôt de reconnaître l’émotion et d’avoir le choix. Quelle est la meilleure façon de réagir pour soi, pour les autres dans la situation donnée ?

Il n’y a pas de réponse stéréotypée dans le bouddhisme, si on estime que cela est juste dans la situation, alors on tendra la joue gauche, si on estime, au contraire que la situation requiert une claque en retour, alors ce sera l’action juste sur le moment. Ne nous attachons pas aux principes moraux. À chaque situation correspond une réaction différente juste. Chaque situation est unique, avoir une réflexion dans l’instant, un recul et adopter la meilleure réaction pour soi et pour les autres, voilà le message.

YK : Combien de fois n’avons-nous pas tenté de ne plus entrer dans la colère ? Cela s’avère en réalité bien difficile. Que pouvez-vous nous dire sur la réalisation de ce vœu ?

Lama Shédroup : La pratique spirituelle est un long entraînement, il faut du temps, il s’agit de ne pas se décourager et de s’entraîner pour le futur, ne pas relâcher son entraînement, échanger avec d’autres personnes qui suivent également ce chemin.

http://www.meditationfrance.com/archive/2006/1005.htm

Aujourd’hui, j’ai failli donner mon écharpe en cachemire. Failli… Mais que peut faire d’une écharpe en cachemire un enfant frigorifié de la tête aux pieds ?

La famille est entrée en même temps que moi dans le bureau de poste de la gare. Elle est probablement arrivée la nuit dernière à Hambourg de son pays chaud. La mère, le père, un enfant et un nourrisson. Habillés sur leur trente et un. La femme porte une robe de soie bleue et des souliers vernis. Le père, un pantalon de velours côtelé et des tennis blanches. Les parents ont vêtu leur enfant d’un costume et d’une chemise blanche. Le bébé repose dans les bras de sa mère, emmailloté dans un drap rose. Ils n’ont pas de bagages. Ils ont dû passer des heures dans le hall de la gare. A présent, ils se tiennent presque immobiles dans la tiédeur de la poste qui vient enfin d’ouvrir ses portes.

Je ne peux pas les quitter des yeux. Le petit garçon essaie de pleurer mais n’y parvient pas. Il fixe sans cesse ses mains engourdies qui dépassent des manches de sa veste. Ses doigts sont tendus, complètement rigides.

Le Saint-Nicolas de la gare fait irruption dans le bureau de poste. Il fourre un sachet de massepain dans la main de tous les enfants présents. Celui du petit garçon tombe sur le sol. Il est incapable de le tenir. Le papa remercie aimablement Saint-Nicolas. Il prend un morceau de massepain dans le sachet et tente de le donner à son  enfant. Le petit pleure: ses doigts sont trop gourds. Son papa lui donne la becquée.

Je réfléchis: que pourrais-je donner à l’enfant pour le réchauffer? Malheureusement, je n’ai que mon chemisier. Ma veste en cuir est trop lourde pour lui. Et puis je dois moi aussi ressortir. Et mon écharpe? Si seulement j’en avais mis une autre. Et pas justement celle en cachemire.

Anke Gebert (Tr. Françoise Myosen Leclercq)

« Depuis plusieurs années, j’ai une pratique que je trouve très efficace pour le travail avec la colère : une fois par semaine, je consacre une journée entière à pratiquer ce que j’appelle « la non-manifestation d’émotions négatives ». Depuis l’instant où je me réveille jusqu’au moment où je m’endors, je fais l’effort conscient de ne pas exprimer d’émotions négatives, extérieurement ou intérieurement. Il ne s’agit pas d’un nouveau diktat pour inciter à avoir un comportement vertueux ; en fait, son efficacité n’a rien à voir avec la morale. Si cette pratique est tellement efficace, c’est parce qu’elle permet de voir la racine même de la colère. Comme je suis particulièrement attentif à ne pas exprimer de colère, il y a de grandes chances pour que mon attention intervienne dès l’instant où un sentiment négatif fait mine d’apparaître. Je vois donc ainsi le point charnière où, en temps normal, je pourrais choisir de croire mes pensées, alimentant ainsi l’expression de la colère. Je peux aussi choisir de ne pas m’attacher à la pensée, niant ainsi sa solidité, sa véracité. Je pratique la non-identification au « moi » – avec ses désirs et ses jugements – en pénétrant dans un sentiment plus vaste de l’instant. C’est là que je peux demeurer directement dans les manifestations physiques de la colère, dans la nature même de la colère. Parfois, à ce moment-là, la colère se dissout rapidement, laissant très peu de résidus.

Il m’est arrivé récemment d’être arrêté par un policier pour n’avoir pas marqué suffisamment longtemps un stop. Je me suis aussitôt senti prêt à bondir pour me défendre avec une vertueuse indignation. J’ai senti la chaleur m’envahir et le début d’une poussée d’adrénaline…, puis je me suis souvenu que c’était ma journée de non-manifestation d’émotions négatives. Immédiatement, j’ai vu à quel point je souhaitais défendre mes pensées, mon « moi ». J’ai aussi ressenti une peur sous-jacente, la peur de perdre le contrôle. J’ai ressenti dans mon corps ce qui se passait au fond, et j’ai choisi de changer d’attitude. Quand le policier a commencé à me verbaliser, j’ai même pu être aimable avec lui.

Si nous voyons clairement comment la colère surgit du simple fait que la vie ne correspond pas à nos représentations, il n’est pas difficile de la lâcher. Ce qui est difficile à lâcher, c’est notre désir d’être en colère ! Mais cette pratique hebdomadaire permet de comprendre ce qu’il est possible de faire. Nous voyons que notre colère vient de nos représentations non réalisées et de notre désir de justifier notre réaction. Nous voyons aussi que, quand la colère surgit, nous ne sommes pas obligés de l’exprimer, ni même de la justifier, en défendant les pensées auxquelles nous croyons.

Il arrive que l’on s’imagine qu’il faut être en colère pour s’engager dans la vie. On peut penser que certaines situations exigent que l’on prenne position et que, sans colère, on n’agirait pas. Ainsi, quand nous sommes témoins d’une injustice flagrante, la colère n’est-elle pas le catalyseur des mesures que nous allons prendre pour remédier à la situation ? Si nous n’étions pas en colère, qu’est-ce qui nous motiverait à apporter des changements positifs ?

Du point de vue de la pratique spirituelle, la colère n’est jamais justifiée, même si nous sommes sûrs d’être dans notre bon droit. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas agir quand la situation l’exige. Cela veut dire que nous pouvons parfaitement agir sans l’aspect négatif de la colère. Tant que nous alimentons cette négativité en croyant ce que disent nos pensées, nous nous empêchons d’agir avec une vision claire des choses. Tant que nous sommes poussés par la puissante énergie négative de la colère, nous fermons notre cœur à double tour. Dans la plupart des cas, nous sommes encore entre les griffes de la peur, qui nous fait considérer la vie – sous les traits d’une personne, d’un groupe ou d’une institution – comme l’ennemi. Cette attitude nous enracine fortement dans un sentiment étriqué du « moi ». Quand nous justifions ainsi notre colère, nous avons complètement perdu la vue d’ensemble, notre unité fondamentale. »

Ezra Bayda, Vivre le Zen, Marabout, 2014, pp.120-123 ; Trad. de l’anglais : J. Schut

 

LA GRATITUDE

Kataññu Sutta

Anguttara Nikaya II.31-32

 (II, iv, 1)

« O Bhikkhus, je vais vous enseigner le niveau d’une personne sans intégrité et le niveau d’une personne intègre. Écoutez et fixez bien votre attention. »

« Oui, Bienheureux, » répondirent les Bhikkhus.

Le Bienheureux dit: « Quel est le niveau d’une personne sans intégrité? Une personne sans intégrité est ingrate, elle ne reconnaît pas l’aide qu’on lui apporte. Cette ingratitude, ce manque de reconnaissance est une seconde nature chez les gens grossiers. C’est là le niveau d’une personne sans intégrité.

« Une personne intègre est pleine de gratitude et reconnaît l’aide qu’on lui apporte. Cette gratitude, cette reconnaissance est une seconde nature chez les gens bons. C’est là le niveau d’une personne intègre.

 

(II, iv, 2)

« Je vous le dit, ô Bhikkhus, il y a deux personnes qu’il n’est pas facile de payer en retour. Quelles sont-elles? Votre mère et votre père. Même si vous portiez votre mère sur une de vos épaules et votre père sur l’autre pendant 100 ans, et que vous en preniez soin en les oignant, massant, baignant et frictionnant leurs membres, et qu’ils déféquaient et urinaient là [sur vos épaules], vous ne rembourseriez pas vos parents de cette manière. Même si vous instauriez votre mère et votre père en tant que souverains absolus de cette grande terre, abondant dans les sept trésors, vous ne rembourseriez pas vos parents de cette manière. Pourquoi cela ? Une mère et un père font beaucoup pour leurs enfants. Ils prennent soin d’eux, les nourrissent, les font entrer dans le monde. Mais celui qui éveille [spirituellement] ses parents non croyants, et établit fermement leur conviction; qui éveille ses parents non vertueux, et les établit fermement dans la vertu; qui éveille ses parents avares, et les établit fermement dans la générosité; qui éveille ses parents stupides, et les établit fermement dans le discernement : celui-là rembourse complètement sa mère et son père. »

 

Traduit en français par Régis Xhardé, d’après la traduction effectuée à partir du Pâli par Thanissaro Bhikkhu. http://www.canonpali.org/tipitaka/suttapitaka/anguttara/an02-031.html

Cf. aussi: MN 110; SN VII.14; AN IV.73; Iti 106. Texte EN : http://www.accesstoinsight.org

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