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La formule de la vacuité proposée par Thich Nhat Hanh [X est constitué d’éléments non-X] est un outil d’analyse de l’ensemble des phénomènes, ceux notamment engendrés par l’activité humaine. Exemple.

Dans les rues de Manille, se trouvent beaucoup de jeunes prostituées, âgées de quatorze ou quinze ans qui n’avaient aucune envie de devenir prostituées. Elles sont venues à la ville dans l’espoir d’y trouver un travail afin de pouvoir envoyer de l’argent à leurs parents. Bien souvent, après quelques semaines de vaines recherches, une personne les accoste et les persuade de travailler pour elle avec la promesse d’un très bon salaire. Elles acceptent et se retrouvent finalement dans les réseaux de la prostitution.

Si nous examinons la vie de ces jeunes filles à travers la lunette de la vacuité, nous ne trouvons que des éléments non-X, des éléments ‘non-prostitution’ : la pauvreté de la population, l’avidité du proxénète, l’absence de responsabilité des clients occidentaux, les billets d’avion à bas prix, la corruption du pouvoir en place, de la police, des institutions judiciaires (magistrature), l’insuffisance d’institutions de formation, etc. etc. Si l’on comprend que la prostitution (X) est faite d’éléments ‘non-prostitution’, ‘Non-X’, notre regard sur la jeune femme et sur nous-même, change complètement.

Nous comprenons que pauvreté et richesse ‘inter-sont’, comme dit Thich Nhat Hanh. La société privilégiée et celle des indigents qui manquent de tout inter-sont. La richesse des uns est faite de la pauvreté des autres. ‘Ceci est comme ceci parce que cela est comme cela.’ La richesse est composée d’éléments ‘non richesse’, et la pauvreté d’éléments ‘non pauvreté’. C’est exactement comme la feuille de papier. La vérité est que chaque chose inclut tout le reste. Nous pouvons seulement ‘inter-être’, il est impossible de seulement ‘être’. »

Une approche bouddhiste plus traditionnelle conclurait peut-être à la responsabilité ultime de la personne elle-même, la doctrine du karma affirmant que la situation présente des personnes est le résultat de leurs actions passées.

Avec la doctrine de l’inter-être ou de la vacuité, la responsabilité morale d’un acte ne peut plus être attribuée au seul auteur de cet acte. Elle est diffusée à travers le corps social entier. La doctrine de l’inter-être met en évidence les causes systémiques de la souffrance. Dans le bouddhisme de Thich Nhat Hanh, elle constitue l’un des fondements du bouddhisme engagé.

 

D’après Thich Nhat Hanh, Le Cœur de la compréhension, Village des Pruniers 1990, pp. 31-32

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Le vénérable Ananda demanda au Bouddha :

– Vénéré Maître, [si tous les dharmas, tous les phénomènes sont vides, si donc] la naissance et la mort sont vides, pourquoi dites-vous si souvent que tous les dharmas sont impermanents, naissent et disparaissent constamment ?

– Ananda, à un niveau conceptuel et relatif, nous parlons de dharmas naissant et disparaissant, mais, du point de vue de l’absolu[1], ils sont, par nature, ni nés ni morts.

– S’il vous plaît, Vénéré Maître, expliquez-nous ceci.

– Ananda, prenez l’exemple de l’arbre de la Bodhi que vous avez planté en face de la salle de Dharma. Quand est-il né ?

– Vénéré Maître, il est né il y a quatre ans, au moment même où la graine a donné des racines.

– Ananda, avant cela, l’arbre existait-il ?

– Non, Vénéré Maître, pas avant cela.

– Voulez-vous dire qu’il a surgi du néant ? Un quelconque dharma peut-il naître du vide ?

– Ananda demeura silencieux. Le Bouddha poursuivit :

– Ananda, il n’y a aucun dharma dans tout l’univers qui surgisse du néant. Sans la graine, il n’y aurait pas eu d’arbre de la Bodhi. Il est la continuation de la graine. Avant que la graine ne plonge ses racines dans la terre, l’arbre de la Bodhi était déjà présent en elle. Si un dharma existe déjà, comment peut-il naître ? La nature de l’arbre de la Bodhi est dépourvue de naissance.

– Ananda, après que la graine a plongé ses racines dans la terre, meurt-elle ?

– Oui, Vénéré Maître, afin de donner naissance à l’arbre.

– Ananda, la graine ne meurt pas ! Mourir veut dire passer de l’existence à la non-existence. Y a-t-il un seul dharma dans tout l’univers pouvant aller de l’existence à la non-existence ? Une feuille, un grain de poussière, un filet de fumée d’encens – rien de cela ne peut passer de l’existence à la non-existence. Tous ces dharmas se transforment simplement en d’autres dharmas. C’est ce qui arrive aussi à la graine bodhi. Elle ne meurt pas et se transforme en arbre. La graine et l’arbre sont tous deux sans naissance et sans mort. Ananda, la graine et l’arbre, vous, moi, les bhikkhus, la feuille, un grain de poussière, un filet de fumée d’encens – tous, nous sommes sans naissance et sans mort.

– Ananda, tous les dharmas sont sans naissance ni mort, qui ne sont que des concepts mentaux. Tous les dharma ne sont ni pleins ni vides, ni créés ni détruits, ni souillés ni immaculés, ni croissant ni décroissant, ni allant ni venant, ni un ni plusieurs. Tout ceci n’est qu’illusion !

– Ananda, ne vous êtes-vous jamais arrêté au bord de la mer pour observer les vagues naître et mourir à la surface de l’eau ? La non-naissance et la non-mort sont comme cette eau, comme ces vagues. Ananda, il y a de longues et de courtes vagues, de hautes et de basses. Les vagues naissent et disparaissent, mais l’eau reste. Sans eau, il n’y aurait pas de vagues. Les vagues retournent à l’eau. Elles sont l’eau, l’eau est les vagues. Bien qu’apparaissant et disparaissant, si les vagues comprenaient qu’elles sont elles-mêmes de l’eau, elles transcenderaient les notions de naissance et de mort, ne se feraient plus de soucis, n’auraient plus peur, ou ne souffriraient plus à cause de la naissance et de la mort.

– Bhikkhus, la contemplation sur la nature vide de tous les dharmas est extraordinaire car elle mène à la libération de toute peur et toute souffrance. Elle vous aidera à transcender le monde de la naissance et de la mort. Pratiquez cette contemplation de tout votre être.

 

Thich Nhat Hanh, Sur les traces de Siddharta, POCKET, 1998, pp. 381-383

[1] Celui des êtres éveillés qui sont libérés des concepts (existence, non-existence, naissance et mort, etc.)

Le Bouddha se saisit du bol placé devant lui, le soulève et déclare :

Bhikkhus, ce bol ne peut pas exister indépendamment. Il est ici à cause de toutes les choses que nous considérons comme n’étant pas lui : la terre, l’eau, le feu, le potier, et ainsi de suite. C’est la même chose pour tous les dharmas. Tout dharma existe à cause de sa relation d’interdépendance avec tous les autres dharmas. Tous les dharmas existent grâce aux principes d’interpénétration et d’inter-être.

Bhikkhus, regardez profondément ce bol, et vous y verrez l’univers tout entier qu’il contient dans son intégralité. Il n’y a qu’une chose dont le bol soit vide, un soi individuel et séparé. Un soi individuel et séparé serait un soi existant par lui-même, indépendant de tous les autres éléments. Aucun dharma ne peut exister indépendamment des autres ni posséder un soi essentiel et séparé. Ceci est le sens de vacuité. Vide veut dire « vide d’un soi séparé ».

Bhikkhus, les cinq agrégats sont les constituants de base d’une personne. La forme ne contient pas de soi car elle ne peut exister indépendamment. À l’intérieur de la forme, il y a des sentiments, des perceptions, des formations mentales et de la conscience. Il en est de même pour les sentiments. Les sentiments n’ont pas de soi car ils n’existent pas indépendamment. À l’intérieur des sentiments, on trouve la forme, les perceptions, les formations mentales et la conscience. Pareillement, aucun des trois autres agrégats n’est doté d’une identité séparée. Les cinq agrégats dépendent les uns des autres pour leur existence, donc, ils sont tous vides.

Bhikkhus, les six organes, les six objets et les six consciences sensoriels sont également vides. Chaque organe, chaque objet, et chaque conscience sensoriels dépendent de tous les autres organes, objets et consciences sensoriels pour leur existence. Aucun organe sensoriel, aucun objet sensoriel, ni aucune conscience sensorielle ne possède une nature séparée et indépendante.

Bhikkhus, je vais vous le répéter encore afin que vous le mémorisiez plus facilement. Ceci est donc cela est. Tous les dharmas dépendent les uns des autres pour leur existence. En conséquence, tous sont vides. Vide, ici, veut dire « vide d’un soi séparé et indépendant ».

 

Thich Nhat Hanh, Sur les traces de Siddharta, POCKET, 1998, pp. 379-380

Le Bouddha s’adresse à Ananda en présence de la sangha.

– Ananda, nous avons parlé du bol vide et du bol plein. Nous avons aussi pris l’exemple d’une salle de Dharma pleine ou vide. J’ai brièvement traité de la vacuité. Je vais vous entretenir à présent de la plénitude. Même si nous nous accordons sur le fait que le bol sur la table est vide d’eau, en pratiquant la vision profonde, nous nous apercevons que cela n’est pas tout à fait vrai.

Le Bouddha leva le bol puis regarda Ananda.

– Parmi les éléments combinés formant ce bol, voyez-vous de l’eau ?

– Oui, Vénéré Maître. Sans eau, le potier aurait été incapable de diluer l’argile utilisée pour le créer.

– C’est exact, Ananda. En pratiquant la vision profonde, on peut voir la présence d’eau dans ce bol, même si, plus tôt, nous l’avons déclaré vide d’eau. La présence du bol dépend de celle de l’eau. Ananda, voyez-vous l’élément feu dans ce bol ?

– Oui, Vénéré Maître. Le feu a été nécessaire à sa cuisson. En pratiquant la vision profonde, je peux voir la présence de chaleur et de feu dans ce bol.

– Que voyez-vous d’autre ?

– De l’air. Sans air, le feu n’aurait pu brûler ni le potier exister. Je vois l’artisan, ses mains habiles, sa conscience. Je vois le four et le bois qu’il a mis dans celui-ci, les arbres dont vient le bois. Je vois la pluie, le soleil, et la terre qui ont permis aux arbres de pousser. Vénéré Maître, je peux voir des milliers de composants entremêlés ayant donné naissance à ce bol !

– Excellent, Ananda. En contemplant ce bol, il est possible de voir les éléments interdépendants ayant donné ce bol et qui sont présents à l’intérieur et à l’extérieur de celui-ci. Votre propre conscience en est un des constituants. Si vous enlevez la chaleur et la rendez au soleil, si vous restituez l’argile à la terre et l’eau à la rivière, si vous ramenez le potier à ses parents et le bois aux arbres de la forêt, le bol existe-t-il encore ?

– Vénéré Maître, alors, il n’existe plus. Si nous restituons à leurs sources les éléments interdépendants composant ce bol, il n’est plus présent.

– Ananda, en contemplant la loi de la coproduction interdépendante[1], nous voyons que le bol ne peut pas exister d’une façon autonome mais dans une relation interdépendante avec tous les autres dharmas. Ceux-ci étant tous interdépendants pour ce qui est de leur naissance, de leur existence, et de leur mort. La présence d’un seul de ces dharmas implique celle de tous les autres dharmas. La présence de tous les dharmas implique celle de chacun d’entre eux. Ananda, ceci est le principe de l’interpénétration et de l’inter-être.

(…) Ananda, en ce moment, il n’y a pas de marché, de buffle, ou de village dans la salle de Dharma. Mais, ceci est exact uniquement d’un seul point de vue. En réalité, sans la présence de marché, de buffle et de village, la salle de Dharma n’existerait pas. En regardant celle-ci quand elle est vide, vous devez donc voir la présence des marchés, des buffles et des villages. Sans ceci, cela n’est pas. Le sens premier de vacuité (shunyata) est « ceci est parce que cela est ».

 

Thich Nhat Hanh, Sur les traces de Siddharta, POCKET, 1998, pp. 377-379

[1] L’anglais parle de dependent origination ou de interdependent arising, ce qui implique une nuance importante! (MD)

Le Bouddha s’adresse à Ananda en présence de la sangha.

– Ananda, j’ai souvent traité de la vacuité et de la contemplation de la vacuité qui est une merveilleuse méditation aidant à transcender la souffrance, la naissance et la mort. Aujourd’hui, je vais vous en dire un peu plus sur cette contemplation.

Nous somme assis actuellement, tous ensemble, dans la salle de Dharma. Il n’y a ici ni marché, ni buffle, ni village, seulement des bhikkhus assis, écoutant un enseignement sur le Dharma. Nous pouvons dire que cette salle est vide de ce qui ne s’y trouve pas, et qu’elle ne contient que ce qui y est véritablement. La salle de Dharma est vide de marché, de buffle et de village mais contient des bhikkhus. Êtes-vous d’accord pour déclarer cela exact ?

– Oui, Vénéré Maître

– Après cet exposé sur le Dharma, nous allons quitter cette salle. Alors, celle-ci sera vide de marché, de buffle, de village et de bhikkhu. Êtes-vous d’accord pour déclarer cela exact ?

– Oui, Vénéré Maître, alors la salle de Dharma sera vide de toutes ces choses.

– Ananda, « plein de » signifie « plein de quelque chose » et « vide » veut dire « vide de quelque chose ». Les mots plein et vide n’ont pas de sens par eux-mêmes.

– S’il vous plaît, Vénéré Maître, pouvez-vous approfondir cette notion ?

– Considérez ceci : « vide » veut toujours dire « vide de quelque chose » (…). Nous ne pouvons pas dire que la vacuité est quelque chose existant indépendamment. Il en est de même de la plénitude. (…) La plénitude n’est pas quelque chose existant de manière indépendante. (…) Il en est de même pour tous les dharmas. Si nous disons que les dharmas sont pleins, de quoi sont-ils pleins ? Si nous déclarons que les dharmas sont vides, de quoi sont-ils vides ?

Bhikkhus, « vide » veut dire « vide » d’un soi séparé, autonome, immuable. Quand je dis « les dharmas sont vides », j’entends par là qu’ils n’ont pas une identité permanente, autonome et immuable. Voilà ce que signifie la vacuité de tous les dharmas. Les dharmas sont sujets au changement et à la dissolution. On ne peut donc pas dire qu’ils possèdent un soi séparé et indépendant. « Vide » signifie « vide d’un soi »

Bhikkhus, aucun des cinq agrégats ne possède de nature immuable et permanente. Tous – le corps, les sentiments, les perceptions, les formations mentales, et la conscience – n’ont pas de soi séparé ni de nature immuable et permanente. (…)

Ananda prit à nouveau la parole :

– Nous comprenons que tous les dharmas n’aient pas de soi séparé, mais alors, Vénéré Maître, existent-ils vraiment ?

Le Bouddha baissa lentement le regard et désigna du doigt un bol d’eau posé devant lui. Il demanda à Ananda :

– Pouvez-vous me dire si ce bol est plein ou vide ?

– Vénéré Maître, il est plein d’eau.

– Ananda, allez vider l’eau.

Le vénérable s’exécuta et revint avec le bol vide. L’Éveillé le souleva et le retourna.

– Ananda, maintenant, est-il plein ou vide ?

– Vénéré Maître, il n’est plus rempli. Il est vide.

– Ananda, êtes-vous certain de cette assertion ?

– Oui, Vénéré Maître, je suis sûr que le bol est vide.

– Ananda, certes, ce bol n’est plus rempli d’eau, mais il est plein d’air. Vous avez déjà oublié ! « Vide » veut dire « vide de quelque chose », et « plein » signifie « plein de quelque chose ». Dans ce cas, le bol est vide d’eau mais plein d’air.[1]

– Je comprends, à présent.

– Excellent ! Ananda, ce bol peut-être plein ou vide. Pour qu’il y ait vacuité ou plénitude, il faut la présence du bol. Sans lui, il n’y aurait ni vacuité ni plénitude. Il en est de même avec la salle de Dharma. Pour qu’elle soit vide ou pleine, il faut d’abord qu’elle existe.

 

Thich Nhat Hanh, Sur les traces de Siddharta, POCKET, 1998, pp. 375-377

[1] “ni vide ni plein » : le bol est vide d’une nature propre, mais plein de tout l’univers. Plein de tout l’univers, mais vide d’une nature propre. Soit, de manière absolue, ni vide ni plein. (MD)

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