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« Dans le bouddhisme, nous disons que la vie et la mort sont l’apparition d’une pensée et la disparition de cette pensée. Apparaître et disparaître, apparaître et disparaître ; des pensées viennent et vont… Voilà ce que l’on appelle « la vie et la mort ». Une pensée apparaît, c’est ce que nous appelons « la vie » ; une pensée disparaît, c’est ce que nous appelons « la mort ». Cela signifie que nous naissons à chaque instant et que notre vie est sans cesse renouvelée. Malheureusement, entre la vie et la mort, entre deux pensées, nous interposons notre ego. De cette manière, nous percevons à la fois la vie et la mort ; le point de vue de notre ego intervient pour que nous soyons contents de la vie et que nous haïssions la mort. C’est cela qui nous bouleverse. Ce n’est rien d’autre que le point de vue de notre ego ».

Sekkei Harada, L’Essence du Zen, Entretiens sur le Dharma à l’attention des Occidentaux, Editions de l’Éveil, 2003, p.149

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« Il est important de voir que le point essentiel de toute pratique spirituelle est de sortir de la bureaucratie de l’ego, c’est-à-dire de ce constant désir qu’a l’ego d’une forme plus haute, plus spirituelle, plus transcendante du savoir, de la religion, de la vertu, de la discrimination, du confort, bref, de ce qui fait l’objet de sa quête particulière. Il faut sortir du matérialisme spirituel. Si nous n’en sortons pas, si nous en faisons notre pratique, nous nous doterons peut-être d’une vaste collection de sentiers spirituels, fort précieuse à notre avis. Nous avons tellement étudié ! Peut-être avons-nous étudié les philosophies occidentales ou les mystiques orientales, pratiqué le yoga ou même reçu les enseignements de dizaines de grands maîtres. Nous sommes accomplis car nous savons tellement de choses ! Nous sommes intimement persuadés d’avoir amassé un trésor de connaissances. Et, pourtant, à l’issue de cet itinéraire, il y a encore quelque chose à abandonner. Quel mystère ! Comment est-ce possible ? C’est impossible… Hélas, c’est pourtant vrai. Ces trésors de connaissances, ces sommes d’expériences ne sont qu’un élément de la vitrine de l’ego, ils concourent à le rendre plus grandiose. Nous les affichons et, ce faisant, nous nous rassurons sur notre existence, confortable et sans risques, d’êtres ‘spirituels’.

En fait, nous avons simplement monté une boutique, une boutique d’antiquités. Peut-être nous sommes-nous spécialisés dans les objets orientaux, les antiquités du Moyen-Âge chrétien, ou les vieilleries de telle culture à telle époque, mais, quoi qu’il en soit, nous sommes des boutiquiers. Avant d’être bourrée d’objets, la pièce était belle : des murs passés à la chaux, un simple plancher, et une lampe brillant au plafond. Un objet d’art trônait au milieu de la pièce et c’était beau. Tout le monde venait jouir de cette beauté, à commencer par nous.

Mais nous n’étions pas satisfaits. Nous pensions : ‘Si ce seul objet embellit tellement ma chambre, plus j’aurai d’antiquités plus ce sera beau.’ Alors, nous avons commencé à collectionner et le résultat fut le chaos.

Nous avons parcouru la planète entière à la recherche de beaux objets – l’Inde, le Japon, et les contrées les plus diverses. Et, à chaque fois que nous trouvions une pièce rare, comme nous n’en découvrions qu’une à la fois, nous la trouvions belle et pensions qu’elle ornerait notre boutique. Mais, lorsque nous rentrions avec l’objet, il venait s’ajouter à notre bazar hétéroclite. L’objet n’irradiait plus aucune beauté dès lors qu’il était perdu au milieu de tant de choses merveilleuses. Il ne signifiait plus rien. Et notre chambre magnifique prenait figure de magasin de brocante !

Le véritable amateur d’art n’accumule ni le savoir ni la beauté, il jouit pleinement de chaque objet. C’est un point fondamental. Si l’on apprécie réellement un bel objet, on s’identifie complètement avec lui et l’on s’oublie soi-même. Il en est de même lorsque vous voyez un film passionnant et que vous perdez la conscience d’être un spectateur. À ce moment précis, le monde n’existe plus ; tout notre être se résume à cette scène du film. Voilà bien ce dont il s’agit, une complète identification avec l’objet. Alors, qu’en est-il de ce si bel objet, de cet enseignement spirituel ? L’avons-nous goûté, mâché et avalé correctement, ce simple objet de beauté, ce simple enseignement spirituel, ou bien l’avons-nous seulement considéré comme un morceau de notre collection en expansion ? »

 

Chögyam Trungpa, Pratique de la voie tibétaine, Point Sagesses, Paris, 1976, pp. 24-25

 

« Nous sommes venus ici étudier la spiritualité. Je crois à l’authenticité de cette recherche mais nous devons en questionner la nature. Le problème est que l’ego peut tout convertir à son propre usage, même la spiritualité. L’ego tente constamment d’acquérir et d’appliquer les enseignements spirituels à son propre bénéfice. Les enseignements sont abordés comme quelque chose d’extérieur – extérieur à ‘moi’ -, une philosophie que l’on tâche d’imiter. Mais on ne souhaite pas réellement s’identifier avec les enseignements, devenir les enseignements. Alors, si notre maître parle de renoncer à l’ego, on essaye de mimer la renonciation. On fait les mouvements, les gestes appropriés, mais en fait on ne veut à aucun prix sacrifier le moindre élément de son mode de vie. On devient un acteur averti et, tandis que l’on demeure sourd et aveugle à la signification véritable des enseignements, on trouve quelque confort à faire semblant de suivre le sentier.

Dès que nous commençons à sentir une divergence ou un conflit entre nos actions et les enseignements, nous interprétons immédiatement la situation de façon que la contradiction soit neutralisée. L’interprète est l’ego dans son rôle de conseiller spirituel. La situation ressemble à un pays où l’État et l’Église sont séparés. Si la politique de l’État est étrangère aux enseignements de l’Église, la réaction automatique du chef de l’État est d’aller voir le chef de l’Église, son conseiller spirituel, et de lui demander sa bénédiction. Le chef de l’Église met alors au point quelque justification et bénit la politique sous prétexte que le chef de l’État est le défenseur de la foi. Dans l’esprit d’un individu, ça marche tout à fait comme ça, l’ego étant à la fois roi et pape !

Il nous faut pourfendre cette rationalisation du sentier spirituel et de nos propres actions, et aller au-delà, si nous voulons réaliser la véritable spiritualité. Mais il n’est pas facile d’aborder une telle rationalisation, parce que tout est vu à travers le filtre de la philosophie et de la logique de l’ego, de sorte que tout paraît clair, précis et cohérent. À chaque question, nous tâchons de trouver une réponse qui nous justifie. Pour nous rassurer, nous nous employons à faire entrer dans un schéma intellectuel tout ce qui, dans nos vies, porterait à confusion. Et nous nous efforçons avec tellement de droiture et de sincérité, de sérieux et de solennité, qu’il n’y a guère de place pour le soupçon. Nous avons foi en l’‘intégrité’ de notre conseiller spirituel. »

CHÖGYAM TRUNGPA, Pratique de la voie tibétaine, Point Sagesses, Paris 1976, pp. 21-23

 


La distraction et l’agitation auxquelles nous avons

l’habitude de céder nous coupent souvent de nous-mêmes.

  

« Cela peut se passer n’importe où – lors d’un rendez-vous professionnel ou d’un dîner en famille. On peut très bien assister à une très belle fête et avoir l’esprit complètement ailleurs. Totalement absorbés par nos problèmes, nous échafaudons des solutions, sans que cela ne nous donne jamais satisfaction – parce que cela ne nous permet jamais de renouer le contact avec nous-mêmes. En vérité, nos pensées et nos stratégies sont les élucubrations d’un corps, d’une parole et d’un esprit englués dans la souffrance – ceux de l’égo ou de l’identité que nous prenons à tort pour notre « moi », juste parce qu’ils nous sont si familiers. S’efforcer d’améliorer son égo ne libère pas de la souffrance ; cela ne fait que renforcer la déconnexion.

Il est capital de percevoir l’existence de la souffrance et d’entretenir une juste relation avec elle. La cause première de la souffrance est l’ignorance, l’incapacité à voir la véritable nature de l’esprit, toujours ouverte et claire, source de toutes les qualités. Aveugles à notre véritable nature, nous recherchons le bonheur en dehors de nous-mêmes. […]

Tant que nous ne prenons pas conscience de cette souffrance et de notre propre déconnexion, aucune voie de guérison n’est possible, et il nous est impossible de réaliser notre plein potentiel dans cette vie. […]

Cette perte de contact, nous pouvons la ressentir de diverses manières : irritation, ennui, agitation, tristesse ou sensation diffuse de manque. Pour nous libérer (…), il nous faut établir une relation bienveillante avec les symptômes de notre déconnexion. Rappelez-vous comment vous vous sentez soutenu lorsque vous vous trouvez avec un ami simplement présent, ouvert, qui ne vous juge pas, et intégrez ces mêmes qualités à votre propre expérience. Le silence qui contient cette plénitude de la présence d’autrui est toujours disponible en vous et toujours sublime. C’est exactement de cette manière qu’il vous faut vivre votre souffrance. Entrez en contact avec le calme, le silence et la vastitude. Cela vous permettra d’observer, d’accueillir et de ressentir ce que vous vivez sans juger.

Souvent, nous nous identifions à notre souffrance : « Je suis tellement triste. Je ne peux pas croire que tu m’aies dit ça. Tu m’as blessé ». Qui est ce moi qui est triste, furieux et blessé ? Ressentir de la souffrance est une chose ; être la souffrance en est une autre. Ce « moi », c’est l’égo, et la souffrance fondamentale de l’égo, c’est de ne pas être en contact avec ce qu’il est.

 

Tenzin Wangyal Rinpoche, Finding Freedom From Our Negative Patterns, Buddhadharma, Summer 2011. Traduction : Françoise Myosen

« Dans le bouddhisme, comme avec le moi freudien, « l’ego » se caractérise par deux fonctions : il se fixe au plaisant et expulse le déplaisant. Toutefois, les ressemblances s’arrêtent là, car les bouddhistes soutiennent une idée absente de la psychanalyse : la possibilité d’une perception sans ego, d’une attention pure (sati). Dans cette optique, l’attention a un rôle d’observation impersonnel, neutre et détaché. Elle agit comme un témoin impartial. Elle assiste au spectacle de la vie psychique sans rejet ni fixation, regarde sans états d’âme le défilé des émotions, pensées, souvenirs. »

(…) « Quand nous méditons, résume Thich Nhat Hanh[1], il semble que nous ayons deux soi. L’un est constitué de la rivière des pensées et des sentiments, et l’autre est le soleil de la pleine conscience qui brille sur ceux-ci. »

 

Éric Vartzbed, Le Bouddhisme au risque de la psychanalyse,

Le Seuil, Paris 2009, pp. 38-39.


[1] in La vision profonde, Paris, Albin Michel, 1995, p. 22

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