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« Bien que délicates, les questions de l’euthanasie et du suicide sont aisément rattachables à des enseignements traditionnels. Les textes bouddhiques soulignent qu’abréger volontairement sa vie ne soulage pas les souffrances karmiques mais les reporte vers les vies suivantes. La mort n’est qu’un passage, moment de dissolution des cinq agrégats de cette vie-ci, et la série psychique véhiculant les facteurs de composition, ou traces karmiques, poursuit son écoulement vers la vie suivante, laquelle sera déterminée par les attachements, les désirs et le karman accumulé auparavant. En outre, vouloir mettre fin à sa propre vie ou demander explicitement à d’autres personnes d’y contribuer, c’est produire un karman négatif qui peut aggraver les conditions des vies ultérieures, puisqu’il s’agit d’un désir de s’annihiler, de porter atteinte à notre vie[1]. Cette aggravation est également importante lorsqu’on charge autrui de mettre fin à nos jours, puisqu’on implique également un tiers dans cet acte. C’est pourquoi les différents courants du bouddhisme ne  sont pas favorables à l’euthanasie. Mais  le cas par cas existe, et l’on doit prendre en compte la motivation qui anime les assistants du mourant. Une grande majorité de bouddhistes est en revanche favorable à l’administration de soins palliatifs aux mourants, dans la mesure où l’on peut ajuster les doses d’analgésiques afin de laisser le maximum de lucidité au mourant.  Celle-ci est en effet très importante au moment de la mort, étant donné l’influence considérable des dernières pensées sur le devenir post mortem et la future renaissance. Concernant l’euthanasie passive, les positions sont bien plus souples : arrêter l’assistance médicale technique dans les cas désespérés plutôt que de prolonger la vie artificiellement (si on peut déterminer que la personne ne récupérera pas ses fonctions mentales et vitales) n’est pas assimilable au fait d’abréger la vie : il ne s’agit que d’abandonner la lutte contre une dégradation naturelle et irréversible des fonctions vitales. Débrancher les appareils de réanimation, et éviter ainsi des souffrances inutiles liées à l’acharnement thérapeutique, est alors plutôt un acte de compassion. Cela revient à laisser faire la nature en cessant de considérer  la mort  comme une défaite médicale. »

Philippe Cornu, Le bouddhisme, une philosophie du bonheur ?, Le Seuil, 2013, pp. 247 s.

[1] Nombre de textes de la tradition tibétaine l’affirment avec insistance.

Remarque : les différents textes déjà publiés à ce sujet sur ce blog (cf. lien ci-dessus) montrent la diversité des approches et points de vue, y compris chez les bouddhistes, sur ces questions éminemment délicates.

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« La personne qui décide qu’elle a assez souffert et souhaite qu’on la laisse mourir se trouve dans une situation qu’on ne peut qualifier ni de vertueuse ni de non-vertueuse. On ne peut certainement pas la blâmer d’avoir pris cette décision, et ce n’est pas là un acte karmiquement négatif : c’est simplement le désir d’éviter de souffrir, désir fondamental de tous les êtres. D’un autre côté, ce n’est pas non plus un acte particulièrement vertueux. Décider dans une telle situation de ne pas permettre à la maladie de quelqu’un de suivre son cours jusqu’à le tuer est un acte karmiquement neutre. Il s’agit moins en effet dans ce cas de désirer mettre fin à la vie de quelqu’un que de souhaiter mettre un terme à ses souffrances. C’est donc un acte neutre au plan karmique. »

« Cette réponse, ajoute Fabrice Midal, est plus subtile que ce qui est généralement écrit sur le sujet, peut-être de manière un peu dogmatique. »

Kalou Rinpoché, source non précisée, citation de Fabrice Midal in : Le bouddhisme face au suicide et à l’euthanasie, dossier réalisé par A. Bouloc, La Lettre de l’UBE, n°19, février 2005, p. 13

« Ma mère vient de mourir au terme d’une longue bataille contre un cancer. Au cours de ses dernières semaines à l’hôpital, les médecins ont proposé de lui donner de la morphine pour qu’elle souffre moins mais ils m’ont aussi prévenu qu’il serait nécessaire d’augmenter les doses petit à petit et que cela finirait par la tuer. C’était à moi de prendre la décision. Je les ai autorisés à lui administrer de la morphine. J’aimerais savoir ce que les enseignements du Bouddha peuvent nous apporter à cet égard. S’agit-il d’un acte de compassion ou d’une transgression du vœu de ne pas tuer ? J’ai également rédigé mon propre testament de vie en demandant que, si jamais j’étais dans un état végétatif ou en phase terminale d’une maladie incurable, on n’ait pas recours à des moyens exceptionnels pour prolonger ma vie. J’ai aussi demandé à un ami proche de me prêter assistance en m’aidant à mourir si je me trouvais dans cette situation. Est-ce que ceci va de quelque façon à l’encontre des enseignements du Bouddha ? »

 

Geshe Tenzin Wangyal Rinpoche[1] : Quand vous accompagnez une personne en train de mourir, vous devez être attentif à tous ses besoins quels qu’ils soient. Votre présence peut être d’un grand secours pour la personne de sorte que vous devriez être aussi lucide que possible, et non préoccupé par ce qu’il convient de faire ou ne pas faire, vous devriez éviter de laisser vos opinions s’en mêler ou éviter d’agiter la personne en train de mourir de quelque manière que ce soit. Il convient d’être simplement disponible et de soutenir la personne en train de mourir dans ses choix.

Il est clair que votre intention était de soulager la souffrance de votre mère. Etant donné les circonstances – le fait qu’elle était en fait en train de mourir – administrer de la morphine pour soulager sa souffrance n’allait à l’encontre d’aucun des principes bouddhistes. Diminuer la souffrance de cette manière peut être un acte de bonté dans une situation où la personne mourante n’est pas en état de supporter la douleur sans que cela augmente sa détresse ou sa peur.

Naturellement, si quelqu’un est capable de gérer sa douleur sans avoir recours à des antalgiques, c’est préférable. La douleur peut être gérée jusqu’à un certain point. En tant que Bouddhistes, nous comprenons qu’être né humain, c’est expérimenter la douleur et que la douleur n’est pas simplement une situation à éviter. Notre force et nos orientations reposent sur la méditation et ceci peut nous aider à contrôler la douleur quand approche la mort. Ce dont il est souvent question, c’est plus de notre relation à la douleur que de la douleur elle-même.

Si vous êtes dans un état végétatif et maintenu en vie grâce à l’intervention de la technologie, demander à ne pas être maintenu en vie artificiellement, même si cela doit entraîner votre mort, ne va à l’encontre d’aucun principe bouddhiste. Refuser d’être maintenu artificiellement en vie, ce n’est pas se suicider. Cependant, si vous êtes en phase terminale d’une maladie, ce n’est pas la peine de précipiter votre fin. On a l’impression que c’est la peur et la non-acceptation qui vous motivent. Si vous êtes en phase terminale d’une maladie et allez mourir de toute façon, où est l’urgence ? Si vous arrivez à contrôler la douleur autant que faire se peut par la pratique et aussi par les antalgiques, l’approche de la mort peut être un moment précieux. Dans le processus de mourir, même les derniers moments peuvent être mis à profit de manière bénéfique et sont très importants pour votre développement spirituel.

Si vous êtes en train de mourir, faire face à la mort n’est plus simplement une idée abstraite. C’est le moment de lâcher-prise profondément et c’est un moment essentiel pour affronter vos peurs. La plupart du temps, nous n’avons pas l’occasion de le faire parce que nous ne ressentons pas nos peurs avec une telle intensité. Même en envisageant des façons de hâter la fin dans le cas d’une maladie en phase terminale, vous pouvez être en train de vous dire “Je ne veux pas de prise de conscience. Je veux seulement que cela aille vite et perdre conscience”.

Traditionnellement, on conseille, dans la préparation à la mort, de réfléchir plus en profondeur à l’impermanence. On sait que tout le monde meurt – les êtres éveillés, les yogis, les yoginis, les grands hommes, les gens célèbres, les gens ordinaires. Tout ce qui a été construit disparaît – toutes les villes qui existent aujourd’hui un jour ne seront plus là. Telle est la nature des phénomènes. Parfois nous craignons la mort comme s’il s’agissait d’une sorte de punition personnelle.

Ce n’est pas le cas. Tout le monde meurt. La connaissance profonde, directe et l’acceptation de l’impermanence constituent une liberté spirituelle, une liberté par rapport à la peur de mourir. (…)

Les quatre souffrances (la naissance, le vieillissement, la maladie, la mort) nous encouragent dans notre pratique. Les éviter ou les nier est contraire au Bouddhisme.

 

http://www.larbredeleveil.org/daishin/bulletin/spip.php?article379, d’après Buddhadharma, winter 2005

[1] Tenzin Wangyal Rinpoché, enseignant de la tradition Bouddhiste – Bön, fondateur de l’institut Ligmincha et de plusieurs centres dédiés à l’étude et à la pratique des enseignements de la tradition Bön. (d’après Wikipedia)

«  Ma mère vient de mourir au terme d’une longue bataille contre un cancer. Au cours de ses dernières semaines à l’hôpital, les médecins ont proposé de lui donner de la morphine pour qu’elle souffre moins mais ils m’ont aussi prévenu qu’il serait nécessaire d’augmenter les doses petit à petit et que cela finirait par la tuer. C’était à moi de prendre la décision. Je les ai autorisés à lui administrer de la morphine.

J’aimerais savoir ce que les enseignements du Bouddha peuvent nous apporter à cet égard. S’agit-il d’un acte de compassion ou d’une transgression du vœu de ne pas tuer ? J’ai également rédigé mon propre testament de vie en demandant que si jamais j’étais dans un état végétatif ou en phase terminale d’une maladie incurable on n’ait pas recours à des moyens exceptionnels pour prolonger ma vie. J’ai aussi demandé à un ami proche de me prêter assistance en m’aidant à mourir si je me trouvais dans cette situation. Est-ce que ceci va de quelque façon à l’encontre des enseignements du Bouddha ? »

Zenkei Blanche Hartman[1] : J’aimerais d’abord vous faire part de ma profonde sympathie pour la perte de votre mère et vous féliciter de l’avoir accompagnée et d’avoir pris des décisions difficiles alors qu’elle-même n’était pas en état de le faire. Cette expérience montre bien à quel point il est important de réfléchir sérieusement à la manière dont nous aimerions que les personnes amenées à prendre soin de nous prennent ces décisions au cas où nous ne serions plus à même de les prendre, à l’approche de notre mort.

Je pense vraiment que le fait de dire que la morphine finirait par la tuer, c’était oublier que le cancer était déjà en train de la tuer et que la morphine abrègerait ce processus tout en diminuant ses souffrances. Si elle souffrait beaucoup et n’était plus assez lucide pour exprimer son choix, je pense que votre décision était un acte de compassion.

En ce qui concerne votre testament de vie, je pense que le fait de demander qu’on ne fasse appel à aucun moyen exceptionnel de prolonger votre vie si vous êtes dans un état végétatif ou si vous êtes en phase terminale d’une maladie incurable, est une bonne chose. Pour ce qui est de cet état végétatif, si votre ami insiste pour que, conformément à vos instructions, aucun moyen de prolonger votre vie ne soit utilisé (pas même une perfusion) vous mourrez de manière naturelle et votre ami n’aura pas à faire face à un choix éthique.

Dans le cas d’une maladie en phase terminale je me rends compte que je ne sais pas moi-même quelles seront mes volontés à ce moment-là, si c’est ainsi que je dois mourir. Si je suis inconsciente je n’aurai pas besoin d’une telle aide. Si je suis consciente, j’aimerais prendre cette décision quand le moment sera venu. Je souhaiterais être aussi consciente et lucide qu’il est possible parce que j’ai une très grande curiosité vis à vis de la mort. Mais si je devais expérimenter une souffrance intense et réfractaire à tout traitement, il se pourrait bien que je ne sois pas capable de persister dans cette intention. Je désire attendre et voir.

Je suis convaincue que demander à quelqu’un de mettre fin à ma vie délibérément – non pas simplement prendre le risque de l’abréger en raison des effets secondaires des antalgiques – revient, au sens propre à aller à l’encontre du précepte de ne pas tuer. Mais ces préceptes spécifiques ne sont pas des règles à suivre au pied de la lettre mais plutôt des mises en garde concernant certains domaines de l’activité humaine où une grande souffrance est susceptible de se produire.

Ce qui importe, c’est de diminuer la souffrance. Les préceptes décrivent comment une personne éveillée vit et pratique la compassion. Le premier précepte, c’est de prendre refuge dans le Bouddha ou de ne faire qu’un avec lui ; c’est à dire être dans l’éveil et la compassion. Après une cérémonie de prise de refuge ici au Centre Zen de San Francisco, Suzuki Roshi a dit, (je cite de mémoire) “Je vous ai donné les préceptes pour vous aider à vivre votre vie ; mais il se peut qu’en sortant d’ici vous vous rendiez compte que vous devez les enfreindre tous afin d’agir de manière juste. »

 

in : http://www.larbredeleveil.org/daishin/bulletin/spip.php?article373

http://archive.thebuddhadharma.com/issues/2005/winter/ask_the_teachers.html

[1] Zenkei Blanche Hartman (born 1926) is a Soto Zen teacher practicing in the lineage of Shunryu Suzuki. (Wikipedia)

«  Ma mère vient de mourir au terme d’une longue bataille contre un cancer. Au cours de ses dernières semaines à l’hôpital, les médecins ont proposé de lui donner de la morphine pour qu’elle souffre moins mais ils m’ont aussi prévenu qu’il serait nécessaire d’augmenter les doses petit à petit et que cela finirait par la tuer. C’était à moi de prendre la décision. Je les ai autorisés à lui administrer de la morphine.

J’aimerais savoir ce que les enseignements du Bouddha peuvent nous apporter à cet égard. S’agit-il d’un acte de compassion ou d’une transgression du vœu de ne pas tuer ? J’ai également rédigé mon propre testament de vie en demandant que si jamais j’étais dans un état végétatif ou en phase terminale d’une maladie incurable on n’ait pas recours à des moyens exceptionnels pour prolonger ma vie. J’ai aussi demandé à un ami proche de me prêter assistance en m’aidant à mourir si je me trouvais dans cette situation. Est-ce que ceci va de quelque façon à l’encontre des enseignements du Bouddha ? »

Narayan H. Liebenson[1] : Selon les enseignements du Bouddha, cinq conditions doivent être réunies pour que l’on puisse parler d’acte de tuer. 1 : il doit y avoir un être vivant. 2 : il doit exister la conscience qu’il y a un être vivant. 3 : il doit y avoir l’intention de tuer. 4 : il doit y avoir l’action de tuer. 5 : l’action de tuer doit entraîner la mort. Toutes ces conditions doivent être réunies pour que soit enfreint le précepte de ne pas tuer.

Si l’on applique ce qui précède au cas de votre mère, on voit qu’il n’y avait pas d’intention de tuer ni d’action de tuer et que votre mère n’est pas morte de votre fait. Elle est morte d’une maladie en phase terminale et votre seule intention était la compassion.

Ce qui pourrait aider, c’est de se souvenir que chaque précepte a deux pôles, un pôle positif et un pôle négatif. Le pôle négatif du premier précepte est le suivant : “J’adopte ce précepte pour m’empêcher de tuer des créatures vivantes”. Le pôle positif revient à dire : “Je fais vœu de pratiquer des actes de compassion”.

Garder présentes à l’esprit nos intentions nous aide à comprendre ce précepte. Sommes-nous guidés par un souci de compassion ou par des intentions malsaines telles que la peur, l’avidité, la colère ou l’impatience ? Dans la situation que vous décrivez, il est évident que votre seul souci était de soulager la souffrance de votre mère.

Il est important d’observer notre attitude vis à vis des préceptes. Il peut arriver que notre relation aux enseignements soit basée sur la peur plutôt que sur l’amour – nous pouvons avoir une crainte exagérée d’être punis au lieu d’utiliser les préceptes comme des outils nous permettant de devenir plus réfléchis et sensibles et d’améliorer les conséquences de nos actions sur autrui. Les préceptes ne sont pas des commandements, mais des conseils qui nous proposent d’apporter une autre réponse à la souffrance que celle qui consiste à simplement réagir à nos émotions négatives. Ils nous enseignent que chacun de nous, dans une situation donnée, devrait se demander honnêtement quelle action est la plus empreinte de sagesse et de compassion et agir alors de manière à diminuer la souffrance.

En ce qui concerne votre deuxième question, il me semble qu’on a davantage besoin de ces testaments de vie de nos jours, en raison de la médicalisation de la fin de vie. Ce qui était autrefois un processus naturel peut aujourd’hui rendre nécessaire le refus de procédures parfois extrêmement douloureuses qui n’ont pour but que de prolonger la vie sans espoir de guérison.

Appliquer les préceptes aux situations du monde moderne demande un examen et une réflexion approfondis. Votre dernière question à savoir le fait de demander à un ami de vous aider à mourir si vous êtes dans un état végétatif ou en phase terminale d’une maladie incurable est trop complexe pour répondre ici. Pour vous apporter une réponse sérieuse et approfondie, il me faudrait examiner personnellement avec vous, si votre intention est basée sur la peur et sur l’aversion ou sur la sagesse et la compassion. C’est là l’une des raisons de la nécessité d’entretiens avec un Maître ; apporter des réponses à la réalité de la vie et de la mort nécessite une recherche approfondie – il n’est pas simple de résoudre ces difficiles questions.

 

in : http://www.larbredeleveil.org/daishin/bulletin/spip.php?article373

http://archive.thebuddhadharma.com/issues/2005/winter/ask_the_teachers.html

[1] Narayan Helen Liebenson is a guiding teacher of IMS and the Cambridge Insight Meditation Center and a regular contributor to Buddhadharma magazine. Her training includes over 30 years in the Theravada tradition as well as in Chan with the late Master Sheng Yen. 

Listen to one of Narayan’s talks: Compassion given at IMS on August 23, 2007 – 45 minutes, 8 MB (Download, Stream)

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