You are currently browsing the tag archive for the ‘Calme’ tag.

« NOTRE CALME EST CONTAGIEUX », Sigal Samuel et Tara Brach (suite)

Tara Brach, enseignante bouddhiste, propose quelques conseils pour calmer notre anxiété face au coronavirus – afin que nous puissions mieux prendre soin de nous et des autres.

SS En dehors d’une pratique formelle de méditation, comment pouvons-nous utiliser l’attention lors de nos activités quotidiennes dans le contexte de cette pandémie ? Par exemple, devrions-nous être attentifs aux nouvelles, à comment et à quelle fréquence nous recevons des informations sur le virus ?

TB Je pense qu’il est bon pour nous tous d’assimiler la quantité de nouvelles nécessaires pour nous tenir informés, mais aussi de savoir comment nous éloigner de nos écrans. Écouter de la musique ou se promener dehors [si c’est possible] nous nourrira vraiment. Les infos, elles, ne cesseront pas d’agiter notre esprit. Pour certaines personnes, ce qui fonctionne vraiment, c’est de limiter la réception des informations à une fois par jour, et cela peut vraiment faire la différence.

SS Et la pratique de la gratitude ? J’ai généralement constaté que mon cerveau ne peut pas être anxieux lorsqu’il est habité par la reconnaissance.

TB C’est juste. Nous avons un penchant pour la négativité. Nous faisons une fixation sur les menaces et négligeons souvent la bonté et la beauté. Célébrer la beauté[1] ou la bonté doit donc être une pratique intentionnelle. Je veux dire par là faire une pause et savourer la lueur dans l’œil de notre enfant ou le fait de voir les fleurs s’ouvrir.

Beaucoup de gens forment des « cercles de gratitude » avec des amis à qui ils envoient en fin de journée un courriel en citant trois choses pour lesquelles ils sont reconnaissants. Cela peut vraiment remonter le moral des gens et changer l’ambiance.

SS Je pense que certaines personnes en Occident considèrent la pratique de la méditation comme une chose très individualiste, voire égoïste, parce qu’elle nous est souvent présentée comme séparée d’un cadre éthique plus large. Mais, dans les traditions orientales, la méditation a toujours fait partie du cadre plus large de la responsabilité morale envers l’autre. Qu’est-ce que cela implique dans le contexte actuel ?

TB En Chine, le mot pour « pleine conscience » est « le cœur présent ». Si nous continuons à mettre l’accent sur le côté « cœur » des choses, si nous continuons à prendre soin de nous-mêmes et des autres, cela va nous rendre beaucoup plus ouvert, attentif, et nous adopterons naturellement un positionnement plus éthique. Le véritable impact de la méditation est qu’elle dissout en fait l’importance excessive que nous attachons au moi. Elle nous permet de davantage ressentir un lien avec les autres. Mais si je reste sur l’idée que la pleine conscience est un outil pour me sentir mieux dans un contexte de peur, alors elle aura un sens beaucoup plus égocentré.

Je pense donc qu’il est essentiel de mettre l’accent sur les pratiques « du cœur ». L’amour bienveillant est l’une d’entre elles. C’est là que nous prenons le temps d’apprécier la bonté des autres. Nous pouvons par exemple penser au personnel sanitaire en première ligne, à ces personnes qui risquent leur vie pour aider d’autres personnes en souffrance. [Et les « oubliés » : caissières, éboueurs, etc.] Ou bien nous pouvons penser à quelqu’un que nous connaissons et nous rappeler son humour, son intelligence et sa bienveillance. Et leur souhaiter intérieurement tout le bien possible.

SS Quelqu’un qui lirait ceci pourrait penser : « Oh, donc vous envoyez mentalement à quelqu’un un souhait du genre « Puissiez-vous être libéré de la souffrance« . Cela n’est pas vraiment faire quelque chose pour l’aider. » Mais je suppose que l’étape suivante consiste le leur dire à haute voix, n’est-ce pas ?

TB Absolument. Lorsque j’ai écrit Radical Compassion, mon intention était d’évoquer une compassion mature comportant trois éléments. Premièrement, vous ressentez viscéralement la compassion dans votre corps. Elle est incarnée, ce n’est pas seulement une idée abstraite. Deuxièmement, cette compassion est active et engagée – elle conduit en fait à tendre la main. Troisièmement, elle est non sélective : je ne me soucie pas seulement de ma sœur, mais aussi de tout le monde dans chaque pays.

Il se peut que, dans la pratique, nous offrions simplement une intention à quelqu’un [Puisse-t-il ou elle / Puisses-tu trouver la sérénité, retrouver du courage, de l’espoir, etc.]. Mais cela fait, nous sommes beaucoup plus enclins à tendre la main, à passer un coup de téléphone ou à aller chercher des provisions ou des médicaments.

La chose la plus importante qui puisse se produire en ce moment de pandémie est que nous ressentions un lien de communauté – le sentiment que nous sommes vraiment là pour nous aider les uns les autres à traverser cette épreuve. Et la vérité est que chacun d’entre nous peut aider. Nous avons un véritable cadeau à nous offrir les uns les autres, simplement par ce que nous sommes et ce que nous manifestons. Si nous pouvons trouver un refuge intérieur de calme, notre calme sera contagieux.

SS Beaucoup d’entre nous en ce moment ressentent de la peur, peur de mourir ou de voir leurs proches mourir. En Occident, c’est quelque chose dont on ne parle pas beaucoup. Pensez-vous que nous devrions réagir à la pandémie en nous penchant sur cette question, en exposant cette peur et en la faisant passer du niveau subliminal [inconscient] au niveau conscient ? Ou est-ce là une très mauvaise idée ?

TB Je pense que nous n’avons pas vraiment le choix. Nous serons tous confrontés à la peur de la mort et au chagrin de la perte. Nous ne pouvons plus utiliser nos mécanismes habituels pour l’éviter.

Quand les choses s’écroulent, c’est un moment terrible dans le sens où il y a énormément de souffrance, mais c’est aussi une occasion unique d’ouvrir notre cœur comme jamais auparavant. Le don ultime de la méditation est qu’elle nous aide à retrouver un espace de présence assez grand pour tout ce que nous rencontrons. Et c’est à partir de cet espace que nous pouvons réellement vivre ce que nous sommes profondément. La vraie question est : comment allez-vous vous comporter face à la peur et au chagrin ? Qu’est-ce qui remonte en vous en ce moment ? Qui voulez-vous être ? Et quel genre de monde voulez-vous ?

D’après

https://www.vox.com/future-perfect/2020/3/18/21181644/

coronavirus-covid-19-mindfulness-meditation-anxiety

[1] Par exemple, se promener en couple et être attentif à tout ce qu’on ne voit pas d’habitude plutôt que de commenter la situation, encore et encore.

« NOTRE CALME EST CONTAGIEUX »

Sigal Samuel / Tara Brach

La pratique de la  méditation peut contribuer à calmer notre anxiété face à la pandémie de coronavirus.

Si vous ressentez une anxiété supplémentaire ces jours-ci à cause du Covid-19, sachez que vous n’êtes pas seuls dans cette situation. Cette pandémie nous confronte tous à plus de stress et d’incertitude que d’habitude. Beaucoup d’entre nous se demandent également comment éviter de sombrer dans la panique totale.

A l’heure où nous essayons de gérer tant bien que mal notre anxiété face au coronavirus, j’essaie de garder à l’esprit cette citation de Thich Nhat Hanh : « Lorsque les bateaux bondés de réfugiés vietnamiens[1] rencontraient des tempêtes ou des pirates, si tout le monde paniquait, tout était perdu. Mais si même une seule personne arrivait à rester calme et centrée, cela suffisait. Cela montrait à tous la voie à suivre pour survivre ».

Tara Brach, psychologue américaine et enseignante bouddhiste américaine très respectée, a repris cette citation dans un récent bulletin d’information électronique. Cela m’a incité à l’appeler pour lui demander des conseils sur l’utilisation de la méditation dans le contexte de cette pandémie.

La première chose à savoir, c’est que le mot « méditation » fait en fait référence à de nombreuses pratiques différentes. En Occident, l’ensemble de pratiques le plus connu est la « méditation de pleine conscience ». Cela signifie qu’il faut prêter attention, de manière ciblée et sans porter de jugement, à votre expérience du moment présent. Cela peut impliquer une pratique formelle – comme lorsque vous vous asseyez et concentrez votre attention sur la sensation de sentir votre souffle entrer et sortir. Mais vous pouvez aussi vous exercer à être attentif [« présent »] lorsque vous lisez les nouvelles ou lorsque vous faites vos courses.

J’ai parlé à Tara Brach de la façon dont nous pouvons utiliser la pleine conscience et d’autres techniques pour trouver un équilibre pendant la crise du coronavirus, et des raisons pour lesquelles ce n’est pas une fuite égoïste de la réalité. De nombreuses études en neurosciences ont montré que la méditation peut nous aider à réguler nos propres émotions afin que nous puissions mieux prêter attention aux autres et agir de manière plus altruiste.

Sigal Samuel Je suppose que, comme nous tous, vous vous êtes sentie stressée par le coronavirus. Qu’avez-vous fait personnellement pour rester calme et centrée ?

Tara Brach Comme tout le monde, je ressens l’ampleur de la situation et j’ai peur pour mes proches et pour les personnes les plus vulnérables de notre monde. Je fais plusieurs choses : marcher dans la nature et admirer sa beauté ; parler aux gens et ressentir notre vulnérabilité et nos liens communs ; et beaucoup de méditation. Cela me permet de retrouver une certaine stabilité, ce qui m’est d’une aide inestimable.

SS Pour les personnes qui n’ont pas d’expérience de la méditation mais qui cherchent un moyen d’éviter de s’enfoncer dans le tourbillon de la panique, pouvez-vous suggérer une ou deux pratiques simples qui seraient utiles dans notre situation actuelle ?

TB La première étape lorsque nous sommes vraiment pris dans la peur est de calmer notre système nerveux sympathique[2]. Une façon simple de le faire consiste à prendre de longues et profondes respirations. Prenez au moins trois respirations complètes, en comptant jusqu’à cinq à l’inspiration. Et à l’expiration, relâchez intentionnellement la tension. Cela commence à calmer le système nerveux.

Notre respiration est souvent la base la plus utile pour sortir de nos angoisses et retrouver nos sens. Mais nous pouvons aussi revenir [être présent] aux sons que nous entendons sur le moment, ou à la sensation de picotement de nos mains ou de nos pieds, ou à la vue d’un arbre ou d’une table. L’attention aux organes des sens nous aide à revenir au moment présent.

SS Dans votre nouveau livre Radical Compassion, vous proposez également une courte pratique de méditation appelée RAIN [« pluie » en anglais]. Pouvez-vous expliquer ce que signifie cet acronyme ?

TB Oui, j’utilise l’acronyme parce que c’est un moyen facile à retenir si vous êtes pris par la peur. Il signifie reconnaître [Recognize], permettre ou autoriser [Allow], examiner [Investigate], prendre soin [Nurture, lit. ‘nourrir’]. D’abord, il suffit de reconnaître : « Ok, je ressens de la peur ». Murmurez-le mentalement, et cela vous aidera tout de suite.

Ensuite, autorisez-la à exister. Laissez-la être là, n’essayez pas de vous enfuir, de la nier, de la contrôler ou de la juger. [De la manipuler de quelque façon que ce soit : notamment en se raisonnant, ce qui est une façon de nier.]

Puis, regardez, examinez. Observez votre corps et sentez simplement où se trouve la peur. Découvrez comment elle se traduit et respirez avec elle, avec une douce qualité d’attention.

Enfin, prenez soin d’elle [comme on prendrait soin d’un nouveau-né]. Vous pouvez mettre votre main sur votre cœur et vous offrir un message gentil ou apaisant. Vous pouvez dire à la peur : « Merci d’avoir essayé de me protéger ; c’est OK ». Je me dis parfois : « C’est OK, pas la peine de s’emballer ».

SS Je m’interroge sur le sens de « reconnaître », cette idée que lorsque vous pouvez nommer une peur, elle perd un peu de son pouvoir sur vous. En quoi cette notation mentale [« Il y a de la peur »] modifie-t-elle l’activité du cerveau ?

TB Lorsque nous sommes en mode « résistance-fuite-blocage », notre système limbique[3] nous a pratiquement pris en otage et nous perdons le contact avec notre cortex préfrontal, la partie la plus récemment évoluée de notre cerveau, qui a trait au fonctionnement exécutif et à la prise de bonnes décisions. Lorsque nous donnons un nom à ce qui se passe, nous commençons à activer le cortex préfrontal. La pleine conscience nous reconnecte avec cela. (à suivre)

D’après

https://www.vox.com/future-perfect/2020/3/18/21181644/

coronavirus-covid-19-mindfulness-meditation-anxiety

[1] Thich Nhat Hanh évoque les réfugiés qui ont fui le Vietnam par bateau (boat people) après la victoire des communistes en 1975.

[2] Le système nerveux sympathique est une des trois parties du système nerveux autonome. Il est responsable du contrôle d’un grand nombre d’activités automatiques de l’organisme, telles que le rythme cardiaque ou la contraction des muscles lisses. (Wikipedia)

[3] Système limbique : ensemble de structures cérébrales situées dans la région médiane et profonde du cerveau, jouant un rôle majeur dans la mémoire et les émotions, de même que dans l’élaboration des comportements.

Le calme, le silence et la vastitude débouchent sur un même lieu – la conscience ouverte. Mais ce lieu, ce refuge, on y pénètre par une porte particulière : par le corps, la parole ou l’esprit. (…)

L’entrée la plus proche est là où vous êtes. Cette tension dans votre nuque et vos épaules peut être cette entrée. Votre « Critique intérieur » peut être cette entrée. Votre esprit hésitant, vos doutes, peuvent être cette entrée. Mais souvent, nous négligeons les solutions évidentes et multiplions les détours. Il est intéressant de voir comme il est fréquent que nous n’accordions aucune valeur à ce qui se trouve sous nos yeux.

Si la conscience ouverte est si simple et si tout moment de distraction, d’irritation ou de colère est une porte qui s’ouvre à nous, pourquoi ne nous tournons-nous pas vers notre inconfort pour découvrir une vérité plus profonde ? Tout simplement parce que nous ne sommes pas habitués à l’ouverture et parce que nous ne croyons pas qu’elle suffise. Tourner notre attention vers l’intérieur semble être la chose la plus facile au monde, et pourtant nous ne le faisons pas.

Comment se familiariser avec le refuge intérieur ? Si nous sommes malades et qu’un médecin nous prescrit un médicament dont il nous dit qu’il est absolument nécessaire à notre guérison et à notre bien-être, nous sommes motivés à le prendre. Peut-être devrions-nous penser à ce refuge intérieur comme à un médicament qui nous débarrassera de notre habitude à nous déconnecter de la source de l’être. Vous avez trois pilules à prendre : le calme, le silence et la vastitude. Commencez par prendre au moins trois cachets par jour. À vous de voir quand votre prenez votre dose de calme, de silence ou de vastitude. En fait, si vous êtes attentif, ce sont les circonstances qui vous choisiront. Lorsque vous êtes dans la précipitation, vous devenez agité. L’agitation vous a choisi. À ce moment, dites : « Merci, Agitation. Tu viens de me rappeler de prendre mon cachet de calme. » Inspirez lentement et approchez votre agitation en faisant preuve d’ouverture. Votre calme est en plein cœur de votre agitation. Ne vous laissez pas distraire et ne rejetez pas ce moment en vous disant que vous trouverez le calme plus tard ou ailleurs. Découvrez le calme juste ici, dans votre agitation.

Lorsque vous entendrez un ton plaintif dans votre voix, vous saurez que le moment est venu de prendre votre pilule de silence. Que faire ? Allez vers vos récriminations. Faites preuve d’ouverture. Entendez le silence dans votre voix. Le silence est dans votre voix, parce que le silence est la nature même du son. Ne recherchez pas le silence en rejetant le son. Vous ne pourriez jamais le trouver. De même, ne recherchez pas le calme en rejetant le mouvement.

C’est la même chose avec la porte de l’esprit. Lorsque votre esprit est submergé de pensées, prenez la pilule de la vastitude. N’oubliez pas : ne recherchez pas l’espace en rejetant vos pensées – l’espace est déjà là. Il est important de faire cette découverte, encore et encore. La seule raison pour laquelle vous ne le trouvez pas, c’est parce qu’il est plus près que vous le pensez.

 

Voilà mon ordonnance. Puissent le calme, le silence et la vastitude être des médicaments qui vous libéreront de la souffrance expérimentée par les trois portes du corps, de la parole et de l’esprit, et ce faisant, puissiez-vous venir en aide à de nombreuses autres personnes grâce aux qualités infinies qui seront devenues disponibles. »

 

Tenzin Wangyal Rinpoche, Finding Freedom From Our Negative Patterns, Buddhadharma, Summer 2011. Traduction : Françoise Myosen

Lorsque vous êtes en proie à la confusion, lorsque vous vous sentez déconnecté, ou même dans un moment apparemment anodin, tournez votre attention vers l’intérieur. Sentez-vous le calme qui devient disponible ? Cela semble facile et donc peut-être pas très convaincant comme remède à la souffrance. Pourtant, cela peut prendre des années, voire une vie entière, pour opérer ce simple saut et découvrir ce qui devient alors disponible. Certaines personnes n’y parviendront pas et continueront à percevoir le monde comme une source potentielle de dangers et de menaces. Mais si vous êtes à même de faire et de refaire ce chemin, cela peut transformer votre identité et votre expérience. Prendre conscience d’un moment d’agitation ou de nervosité et savoir qu’il y a une autre façon de vivre les choses – en tournant son regard vers l’intérieur et en entrant en contact avec le calme fondamental de l’être, c’est découvrir le refuge intérieur au travers du calme.

Lorsque vous tournez votre attention vers l’intérieur, il se peut que vous entendiez une cacophonie de monologues intérieurs. Tournez-vous vers le silence. Entendez simplement le silence qui est disponible. La plupart du temps, nous n’écoutons pas le silence. Nous écoutons nos pensées – nous négocions, nous échafaudons des plans et nous sommes ravis lorsque nous parvenons à une bonne solution, méprenant cela pour de la clarté. Parfois, nous nous efforçons de ne pas penser à quelque chose et d’évacuer cette chose de notre esprit, nous distrayant avec d’autres choses. Tout cela n’est rien d’autre que du bruit, une expression de la parole de souffrance. Lorsque nous écoutons le silence disponible à chaque instant, que nous nous trouvions au milieu d’un aéroport bondé ou à table avec nos proches, notre bruit intérieur s’éteint. Nous découvrons ainsi le refuge intérieur au travers du silence.

Lorsque vos pensées se bousculent, tournez-vous vers l’aspect vaste de l’esprit. La vastitude est toujours disponible parce qu’elle est la nature même de l’esprit – ouvert et clair. N’essayez pas de rejeter, de contrôler ou bloquer vos pensées. Laissez-les venir. Accueillez-les. Regardez-les pour ce qu’elles sont. C’est comme d’essayer d’attraper un arc-en-ciel : lorsque vous allez vers lui, tout ce que vous trouvez, c’est de l’espace. Vous découvrez ainsi le refuge intérieur au travers de la vastitude.

N’encouragez pas les pensées. Ne les rejetez pas non plus. C’est important. Si vous observez vos pensées directement, sans fard, elles ne peuvent pas s’entretenir. En revanche, si vous rejetez une pensée, c’est une autre pensée. Et cette pensée, ce n’est rien d’autre que l’égo qui joue au plus malin : « Je déjoue cette pensée en l’observant. Voilà ! ». Voilà, en effet. Vous voilà en train de vous parler, sous-couvert d’observer vos pensées. L’esprit calculateur est celui qui crée notre souffrance. Peu importe l’élégance et le raffinement de nos stratégies, elles ne sont jamais qu’une expression de l’esprit de souffrance. Alors au lieu d’élaborer une stratégie gagnante, il nous faut complètement revoir notre relation avec l’esprit de souffrance, en accueillant nos pensées, en les observant, puis en permettant à l’observateur de disparaître lui aussi.

Que reste-t-il alors ?, vous demanderez-vous peut-être. À vous de le découvrir, par l’observation directe et sans fard. L’esprit qui s’interroge sur ce qui reste si l’on ne s’appuie pas sur la pensée ou sur l’observation de l’expérience ne peut pas découvrir la richesse de l’ouverture de l’être. Nous devons regarder directement notre esprit penseur, toujours occupé, pour découvrir le refuge intérieur de la vastitude et, ce faisant, l’esprit lumineux.

 Tenzin Wangyal Rinpoche, Finding Freedom From Our Negative Patterns, Buddhadharma, Summer 2011. Traduction : Françoise Myosen


La distraction et l’agitation auxquelles nous avons

l’habitude de céder nous coupent souvent de nous-mêmes.

  

« Cela peut se passer n’importe où – lors d’un rendez-vous professionnel ou d’un dîner en famille. On peut très bien assister à une très belle fête et avoir l’esprit complètement ailleurs. Totalement absorbés par nos problèmes, nous échafaudons des solutions, sans que cela ne nous donne jamais satisfaction – parce que cela ne nous permet jamais de renouer le contact avec nous-mêmes. En vérité, nos pensées et nos stratégies sont les élucubrations d’un corps, d’une parole et d’un esprit englués dans la souffrance – ceux de l’égo ou de l’identité que nous prenons à tort pour notre « moi », juste parce qu’ils nous sont si familiers. S’efforcer d’améliorer son égo ne libère pas de la souffrance ; cela ne fait que renforcer la déconnexion.

Il est capital de percevoir l’existence de la souffrance et d’entretenir une juste relation avec elle. La cause première de la souffrance est l’ignorance, l’incapacité à voir la véritable nature de l’esprit, toujours ouverte et claire, source de toutes les qualités. Aveugles à notre véritable nature, nous recherchons le bonheur en dehors de nous-mêmes. […]

Tant que nous ne prenons pas conscience de cette souffrance et de notre propre déconnexion, aucune voie de guérison n’est possible, et il nous est impossible de réaliser notre plein potentiel dans cette vie. […]

Cette perte de contact, nous pouvons la ressentir de diverses manières : irritation, ennui, agitation, tristesse ou sensation diffuse de manque. Pour nous libérer (…), il nous faut établir une relation bienveillante avec les symptômes de notre déconnexion. Rappelez-vous comment vous vous sentez soutenu lorsque vous vous trouvez avec un ami simplement présent, ouvert, qui ne vous juge pas, et intégrez ces mêmes qualités à votre propre expérience. Le silence qui contient cette plénitude de la présence d’autrui est toujours disponible en vous et toujours sublime. C’est exactement de cette manière qu’il vous faut vivre votre souffrance. Entrez en contact avec le calme, le silence et la vastitude. Cela vous permettra d’observer, d’accueillir et de ressentir ce que vous vivez sans juger.

Souvent, nous nous identifions à notre souffrance : « Je suis tellement triste. Je ne peux pas croire que tu m’aies dit ça. Tu m’as blessé ». Qui est ce moi qui est triste, furieux et blessé ? Ressentir de la souffrance est une chose ; être la souffrance en est une autre. Ce « moi », c’est l’égo, et la souffrance fondamentale de l’égo, c’est de ne pas être en contact avec ce qu’il est.

 

Tenzin Wangyal Rinpoche, Finding Freedom From Our Negative Patterns, Buddhadharma, Summer 2011. Traduction : Françoise Myosen

Entrez votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par e-mail.

mai 2020
L M M J V S D
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031