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« [Une façon] de faire face aux émotions perturbatrices consiste à nous dissocier mentalement de l’émotion qui nous afflige. Habituellement, nous nous identifions complètement à nos émotions. Lorsque nous sommes pris d’un accès de colère, nous ne faisons qu’un avec elle. Elle est omniprésente en notre esprit et ne laisse aucune place à d’autres états mentaux tels que la paix intérieure, la patience, ou la prise en considération des raisons qui pourraient calmer notre mécontentement. Pourtant, si, à ce moment-là, nous sommes encore capables d’un peu de présence d’esprit, – une capacité que l’on peut s’entraîner à développer -, nous pouvons cesser de nous identifier à la colère.

L’esprit est en effet capable d’examiner ce qui se passe en lui. Il suffit pour cela qu’il observe ses émotions comme nous le ferions pour un événement extérieur se produisant sous nos yeux. Or, la part de notre esprit qui est consciente de la colère est simplement consciente : elle n’est pas en colère. Autrement dit, la pleine conscience n’est pas affectée par l’émotion qu’elle observe. Comprendre, cela permet de prendre de la distance, de se rendre compte que cette émotion n’a aucune substance, et de lui laisser l’espace suffisant pour qu’elle se dissolve par elle-même.

Ce faisant, nous évitons deux extrêmes aussi préjudiciables l’un que l’autre : réprimer l’émotion, qui restera quelque part dans un coin sombre de notre conscience, comme une bombe à retardement, ou la laisser exploser, au détriment de ceux qui nous entourent et de notre propre paix intérieure. Ne plus s’identifier aux émotions constitue un antidote fondamental applicable en toutes circonstances. »

(…)

Si, chaque fois qu’une émotion puissante surgit, nous apprenons à la gérer avec intelligence, non seulement nous maîtriserons l’art de libérer les émotions au moment même où elles surviennent, mais nous éroderons également les tendances mêmes qui font que ces émotions surgissent. Ainsi, peu à peu, nos traits de caractère et notre manière d’être finiront par se transformer.

Cette méthode peut sembler quelque peu difficile au début, surtout dans le feu de l’action, mais avec la pratique, elle nous sera de plus en plus familière. Lorsque la colère ou toute autre émotion perturbatrice commencera à poindre dans notre esprit, nous l’identifierons sur-le-champ et saurons y faire face avant qu’elle ne prenne trop d’ampleur. C’est un peu comme si nous connaissions l’identité d’un pickpocket : même s’il se mêle à la foule, nous le repérerons instantanément et garderons toujours un œil sur lui, de sorte qu’il ne pourra pas nous dérober notre portefeuille.

Ainsi, en nous familiarisant de plus en plus avec les mécanismes de l’esprit, et en cultivant la pleine conscience, nous ne laisserons plus l’étincelle des émotions naissantes se transformer en feu de forêt capable de détruire notre bonheur et celui des autres.

Cette méthode peut être utilisée avec toutes les émotions perturbatrices : elle permet de jeter un pont entre la pratique de la méditation et les occupations de la vie quotidienne. Si nous nous habituons à regarder les pensées au moment même où elles surviennent, et à les laisser se dissiper avant qu’elles ne prennent possession de nous, il nous sera beaucoup plus facile de rester maîtres de notre esprit et de gérer les émotions conflictuelles au milieu même de nos activités de tous les jours. »

Matthieu Ricard, L’art de la Méditation, NiL, 2008, pp. 118-121

NB Dans cet ouvrage, M.R. prône également le recours aux antidotes comme méthode de gestion des émotions. Il propose par ailleurs des méditations et textes courts de maîtres tibétains permettant d’approfondir la réflexion.

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« On entend souvent dire que le bouddhisme en général, et la méditation en particulier, visent à supprimer les émotions. Tout dépend de ce que l’on entend par ‘émotion’. S’il s’agit de perturbations mentales telles que la haine et la jalousie, pourquoi ne pas s’en débarrasser ? S’il s’agit d’un puissant sentiment d’amour altruiste ou de compassion à l’égard de ceux qui souffrent, pourquoi ne pas développer ces qualités ? Tel est en tous les cas le but de la méditation.

La méditation nous apprend à gérer les flambées de colère malveillante ou de jalousie, les vagues de désir incontrôlé et les peurs irraisonnées. Elle nous libère du diktat des états mentaux qui obscurcissent notre jugement et sont la source d’incessants tourments. On parle alors de ‘toxines mentales’, car ces états mentaux intoxiquent véritablement notre existence et celle des autres.

Le mot ‘émotion’ provient du latin emovere qui signifie ‘mettre en mouvement’. Une émotion est donc ce qui fait se mouvoir l’esprit, que ce soit vers une pensée nocive, neutre ou bénéfique. L’émotion conditionne l’esprit et lui fait adopter une certaine perspective, une certaine vision des choses. Cette vision peut être conforme à la réalité dans le cas de l’amour altruiste et de la compassion, ou bien déformée, dans le cas de la haine ou de l’avidité. (…) L’amour altruiste est une prise de conscience du fait que tous les êtres souhaitent comme nous, être libérés de la souffrance et il se fonde sur la reconnaissance de leur interdépendance fondamentale, dont nous participons. À l’opposé, la haine déforme la réalité en amplifiant les défauts de son objet et en ignorant ses qualités. De même, le désir avide nous fait percevoir son objet comme étant désirable à tous points de vue et en ignore les défauts. Il faut donc convenir que certaines émotions sont perturbatrices et d’autres bienfaisantes. Si une émotion renforce notre paix intérieure et nous incite au bien d’autrui, nous pouvons la considérer comme positive, ou constructive ; si elle détruit notre sérénité, trouble profondément notre esprit et nous conduit à nuire aux autres, elle est négative, ou perturbatrice. C’est ce qui différencie, par exemple, une vigoureuse indignation, une ‘saine colère’ face à une injustice dont nous sommes témoins, d’une colère motivée  par l’intention de faire du tort à quelqu’un.

L’important n’est donc pas de s’évertuer à supprimer nos émotions, ce qui serait vain, mais de faire en sorte qu’elles contribuent à notre paix intérieure et nous amènent à penser, parler et agir de façon bienfaisante envers les autres. Pour cela, nous devons nous garder d’en être le jouet impuissant, en apprenant à dissoudre celles qui sont négatives au fur et à mesure qu’elles surgissent, et à cultiver celles qui sont positives.

Comprenons aussi que c’est l’accumulation et l’enchaînement des émotions et des pensées qui engendrent nos humeurs, lesquelles durent quelques instants ou quelques jours, et forment, à plus long terme, nos tendances et nos traits de caractère. C’est pourquoi, si nous apprenons à gérer nos émotions de manière optimale, peu à peu, d’émotion en émotion, de jour en jour, nous finirons par transformer notre façon d’être. Telle est l’essence des entraînements de l’esprit et de la méditation sur les émotions. »

 

Matthieu Ricard, L’art de la Méditation, NiL, 2008, pp. 110-112

 

NB Dans la suite du texte, M.R. explique deux méthodes aidant à gérer les émotions : le recours aux antidotes et la non-identification aux émotions. Il propose par ailleurs  des textes courts et des citations de maîtres tibétains permettant d’approfondir la réflexion.

 

Anne-Laure Gannac interviewe Matthieu Ricard

L’amour altruiste
Mais il ne faudrait pas confondre l’attention, ou l’observation de ses pensées et émotions, avec la rumination : c’est encore un attachement. Et puis, à quoi bon se demander pourquoi telle ou telle émo-tion me revient sans cesse ? Dans le bouddhisme, vous avez une cinquantaine d’existences passées ; vous avez eu l’occasion d’en faire des vertes et des pas mûres ! Inutile d’aller fouiller dans les archives. L’important, c’est de garder à l’esprit que vous êtes un point de départ. Être lucide sur ce que vous êtes maintenant, gérer chaque émotion au moment où elle survient, cela suffit.
Contrôler ses émotions, c’est aussi, pour le bouddhiste, s’efforcer de faire naître et de cultiver en lui les émotions positives. Comme l’amour altruiste. Soit cela vous est facile, et vous laissez votre esprit se remplir d’un amour inconditionnel. Soit, pour déclencher cet état d’esprit, vous pouvez penser, par exemple, à un enfant qui vient vers vous plein de confiance, et n’avoir pour lui d’autre souhait qu’il grandisse en sécurité, en bonne santé, qu’il s’épanouisse… Partant de là, vous aurez reconnu ce goût particulier de l’altruisme, vous pourrez le laisser envahir votre esprit, et ce, pendant dix minutes, puis quinze, puis une heure, puis toute la journée. Au lieu de ne durer que dix secondes, une émotion positive vous aura porté tout ce temps !
Outre la méditation, cette progression dans la gestion de ses émotions tient à l’expérience, à la connaissance de ses échecs et réussites passés, mais aussi à des modèles. Si vous avez, en mémoire ou sous les yeux, une personne qui, en toutes circonstances, a montré sa capacité à gérer ses émotions et à faire preuve d’un amour altruiste, d’une compassion sans fin, c’est un formidable point de repère !

Compassion et force d’âme
J’ai la chance d’avoir, entre autres points de repère, le dalaï-lama… Dont j’ai pu constater qu’il verse souvent des larmes ; je l’ai entendu dire que, depuis une vingtaine d’années, il pleure presque chaque matin durant sa méditation, en pensant à la souffrance des êtres. Voilà, pour le bouddhiste, l’émotion positive par excellence : la compassion. Et voilà la fin de l’ego. Pleurer sur soi, quel intérêt ? Lorsque je suis auprès de lui, ou même seul dans mon ermitage avec, face à moi, l’Himalaya, je me dis que ce n’est pas concevable d’avoir des émotions négatives. Se laisser prendre par la haine, par l’envie, par la jalousie… tout cela est tellement loin de la présence éveillée ! Mais cela ne signifie pas que la sérénité de l’esprit ne se cultive que sur les hauteurs de l’Himalaya ! Si vous faites des retraites, ce n’est pas pour fuir tout ce qui pourrait générer des émotions négatives : c’est pour engendrer les ressources intérieures qui permettent de gérer tout cela avec compassion et altruisme. Vous méditez pour essayer de mieux connaître le fonctionnement de votre esprit, de cultiver des états mentaux positifs, constructifs, une liberté par rapport à vos émotions qui vous permettra, lorsque vous serez confronté à la réalité ordinaire, de ne pas être emporté comme plume au vent.
À travers l’association que j’ai fondée, Karuna-Shéchèn1, qui a déjà accompli plus de cent projets humanitaires – écoles, cliniques… –, nous sommes sans cesse confrontés à la corruption, aux conflits d’ego… Certains suggèrent que, pour y faire face, soient mises en place des formations à l’action humanitaire. Certes, mais il me semble que la meilleure des formations, c’est de passer des mois à développer la compassion et une force d’âme telle que vous ne soyez pas vulnérable aux obstacles rencontrés, aux tempéraments difficiles, aux frictions humaines, au manque de gratitude… Le bouddhiste ne vit pas hors du réel et des émotions. D’ailleurs, à quoi pense-t-il lorsqu’il veut développer l’amour altruiste et la compassion ? À la souffrance des êtres ! Et il n’a pas besoin de la télé pour se la représenter avec force ! »
(…)
Que vous manque-t-il pour être tout à fait maître de vos émotions ?
Tout ce qu’il manque à celui qui n’a pas atteint l’éveil ! Mais l’important, c’est d’être sur le chemin. Quand vous marchez dans les montagnes, parfois, vous vous apercevez qu’il faut descendre de deux mille mètres pour remonter ensuite de mille cinq cents, alors qu’à vol d’oiseau votre objectif est à un kilomètre. Parfois le temps est sublime, parfois il grêle. Mais toujours, vous avez la joie, en forme d’effort, qui est de poursuivre le but que vous vous êtes fixé et qui vous inspire à chaque pas.

Source :
http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Emotions/Articles-et-Dossiers/Comment-faire-une-force-de-nos-emotions/Le-bouddhisme-nie-t-il-les-emotions
Lien vidéo Mathieu Ricard :
http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Emotions/Videos/Mieux-vivre-ses-emotions-grace-au-bouddhisme

Anne-Laure Gannac interviewe Matthieu Ricard

Si j’ai encore des émotions ? Je suis vivant, que je sache ! Étymologiquement, l’émotion est ce qui met l’esprit en mouvement (emovere en latin). Donc, à moins d’avoir un encéphalogramme plat, tout être vivant en a !

 Les émotions constructives

Mais toute la question est de savoir de quelle façon votre esprit est “mis en mouvement”. Est-ce d’une manière constructive pour vous-même et pour autrui, ou d’une façon telle que cela nuise à votre bien-être et à celui des autres ? Le bouddhiste utilise le terme de klesha pour désigner toutes ces émotions destructrices, ou dites négatives – non pas au nom d’un jugement moral, mais parce qu’elles génèrent de la souffrance. La colère, par exemple, que l’on ressent quand notre ego est menacé, quand on nous empêche de faire ce que l’on veut ou quand on nous “prend nos jouets” : c’est la colère égocentrée, destructrice. Celle-là, il faut tout faire pour ne pas en être esclave. Cela ne veut pas dire qu’il faille l’étouffer, la réprimer comme une bombe à retardement que l’on irait cacher dans un coin de notre tête, mais la laisser s’évanouir, se défaire d’elle-même, et puis… fini ! On n’en parle plus, on passe à autre chose. C’est affaire d’entraînement de l’esprit, ce que permet entre autres la méditation.

Mais la colère s’accompagne aussi d’une grande clarté. Un réveil. Je viens encore d’apprendre qu’une jeune Pakistanaise a été tuée à l’acide par ses parents parce qu’elle avait regardé deux fois un garçon qui passait sur une motocyclette. Comment ne pas être indigné ? En colère ? Cette colère-là, tant qu’elle n’est pas entachée de la moindre haine, mène directement à la compassion et à l’altruisme. Qui, lorsque c’est possible, se concrétisent par l’action : vous pouvez voir s’il n’y a pas des situations à peu près semblables sur lesquelles vous pourriez intervenir, tenter de contribuer à un changement dans les idées, etc.

 Que faire de ses émotions ?

L’objectif du bouddhiste n’est pas de réprimer les émotions, même négatives. D’ailleurs, qui le pourrait ? Une fois que l’émotion surgit, inutile de souhaiter qu’elle ne soit pas là : elle y est ! Vous n’avez d’autre choix que de reconnaître sa présence. Simplement, il s’agit de savoir ce que vous faites d’elle : est-ce que vous la laissez passer dans le ciel comme un oiseau qui passe sans laisser de trace ? Auquel cas, elle ne fera de mal à personne, et dix, cent ou mille autres peuvent bien venir, le ciel restera toujours le même. Ou est-ce que vous vous y agrippez et la laissez envahir votre esprit ? Alors vous en devenez l’esclave. Toutes les études en neurosciences confirment que si vous laissez exploser une émotion à chaque fois qu’elle vient, vous renforcez votre tendance à cette émotion, c’est-à-dire que vous la ressentirez plus facilement et plus souvent. Et cela vaut tout autant pour la colère que pour la compassion !

 Ne plus être esclave de ses émotions

Ce qui marque votre progrès sur le chemin, c’est votre capacité à ne plus être l’esclave de vos pensées et émotions comme avant. Vous êtes de plus en plus libre. Mais encore faut-il s’entendre sur cette notion de liberté. Le marin expérimenté, par exemple, est libre d’aller où il souhaite sans dériver sur les récifs, car il maîtrise son bateau. En revanche, celui qui lâche la barre, au nom de ce qu’il croit être la liberté, affirmant : “Moi, je laisse faire !”, celui-là finira sur les rochers. Cela n’est pas la liberté, c’est la dérive ! Et le lâcher-prise ne doit pas être confondu avec la dérive. Il s’agit de lâcher prise sur ses attachements, sur ses émotions nuisibles, mais pas sur sa vigilance et sa présence d’esprit.

L’entraînement de l’esprit par la méditation permet de développer une sorte de méta-attention, une attention toujours présente et dominante. Ainsi, si vous savez, par expérience, que la colère malveillante ou la jalousie obsédante sont des points faibles chez vous, dès que ces émotions surviennent, vous les repérez, les observez et les laissez passer sans qu’elles vous envahissent. La forêt ne prend feu que si vous n’avez pas repéré l’étincelle.

 

Source :

http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Emotions/Articles-et-Dossiers/Comment-faire-une-force-de-nos-emotions/Le-bouddhisme-nie-t-il-les-emotions

Lien vidéo Mathieu Ricard :

http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Emotions/Videos/Mieux-vivre-ses-emotions-grace-au-bouddhisme

Samedi 20 décembre 2014 de 9h30 à 12h00

Centre Shikantaza, Place du Béguinage 4, 7000 MONS

Atelier Émotions, communication et présence à soi

 Les émotions sont au cœur de notre vie, pourtant quand elles s’en mêlent, la communication peut se compliquer. Durant cette matinée, nous aborderons des clefs essentielles pour comprendre nos émotions, les accueillir avec bienveillance et non-jugement. Accueillir ses propres émotions étant le fondement d’une communication saine.

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Florence Simonnet est formatrice aux intelligences émotionnelle et relationnelle depuis 2006. Elle pratique le zen et propose des liens entre la psychologie occidentale et la philosophie bouddhiste.

Elle intervient dans les crèches, les écoles et les centres de formation sur le thème des émotions et de la communication bienveillante.

L’atelier sera organisé à partir de cinq participants. Le nombre maximum de participants est limité à dix.

Le montant de l’inscription (20 €) est à verser préalablement sur le compte 001-3868626-51 de SHIKANTAZA avec la mention « Atelier 20 décembre ».

Contact : info@shikantaza.be

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