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Vous avez dit « non-attachement »?

Un commentaire d’Eric rommeluère, qui inaugurera le 15 octobre 2011 les « Rencontres de Mariemont », un cycle de conférences sur le bouddhisme auquel participeront en 2012 Stephen Batchelor (12 mai), Philippe Cornu et Yvan Beck (20 octobre).

Source: « J’ai deux kôans à vous dire », le blog d’Eric Rommeluère. Visitez aussi le site de son association, « Un zen occidental ».

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« Nous cherchons à vivre et pourtant la vie est toujours donnée. L’expérience du juste-s’asseoir nous renvoie à la dimension immédiate et présente de la vie. Tant que nous surimposons, que nous imposons quelque chose à la méditation, nous nous empêchons de réaliser sa dimension de plénitude. L’assise ne peut donc être une méditation que l’on qualifierait de thérapeutique ou même de spirituelle. Ajouter « juste » dans l’expression « juste s’asseoir, shikantaza, est une manière de briser tous les ajouts. C’est en osant laisser échapper toutes ses attentes que cette présence à soi, réelle, vivante, vivifiante, pourra surgir. Il ne s’agit même pas d’abandonner telle ou telle idée. Il s’agit réellement de s’abandonner en entier. La méditation est don pur. Le véritable don n’a aucune peur, il ne retient rien, il n’est entravé par rien. Il est amour. Il est ouverture. L’assise se réalise en tant qu’assise lorsque je m’engage totalement dans la dimension du don. « Totalement » signifie s’asseoir sans faux-semblant, sans arrière-pensée. Même les croyances sur la méditation, les espoirs devraient être abandonnés. L’intrépidité est ici requise, sinon la méditation restera morne, étouffée et l’on continuera à vivre dans le mondes de ses croyance. Il ne s’agit pas seulement de se défaire de ses attentes les plus grossières, les plus visibles, comme de vouloir soigner telle ou telle maladie, mais des attentes les plus subtiles, les plus invisibles. Celles que l’on doit finalement traquer au fond de soi pour les dépasser et se convertir au monde de la vie. »

Éric Rommeluère, Les bouddhas naissent dans le feu, Seuil, 2007, p. 90

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

Le site web du Centre Shikantaza vient de s’enrichir d’une galerie vidéo. Actuellement, celle-ci propose quelques documents publiés sur YouTube et sur DailyMotion:

– une interview de Tokuda Senseï dans l’émission brésilienne «Alternativa Saúde» (en portugais);
– l’émission que «Voix Bouddhistes» avait consacrée à Tokuda Senseï en 1998;
– une émission «Sagesses Bouddhistes» consacrée aux «Fous du Dharma», dans laquelle l’enseignant zen français Éric Rommeluère parle brièvement de Tokuda Senseï;
– des liens vers une vingtaine d’anciennes émissions de «Sagesses Bouddhistes», sous la forme d’un «Jukebox».

Nous espérons pouvoir l’enrichir de temps à autre de nouvelles vidéos et/ou liens. Alors n’hésitez pas à aller y jeter un oeil de temps en temps!


« Au cours des siècles, des bouddhismes se sont (…) construits comme des théories complexes de la réalité. Ils se sont élaborés, affinés, parfois affrontés, mais la voie du Bouddha porte en elle bien autre chose qu’une simple théorie ou doctrine. Elle (…) est ouverture au réel, ouverture à l’esprit insaisissable (…).

À dire vrai, la voie du Bouddha ne peut se réduire à un système de pensée destiné à nous conforter, à nous rassurer (si nous y croyons), ou, inversement, à nous irriter, à nous défier (si nous n’y croyons pas).

Question : si je suis bouddhiste, est-ce que j’adhère à un système de croyances, comme la loi du karma, la transmigration, etc. ? C’est-à-dire : est-ce que je me projette dans de nouvelles pensées auxquelles je vais m’identifier, que je vais m’approprier, est-ce que je convertis mes croyances en d’autres croyances ? (…)

Vous ne pouvez pas vous convertir au bouddhisme. Le bouddhisme, tant qu’il reste perçu, vécu comme un simple système explicatif, n’est en rien la voie de l’Éveillé. Non, il ne s’agit pas d’adopter de nouvelles grilles de lecture à la place d’autres, de croire à la réincarnation plutôt qu’à la résurrection. C’est tout le contraire. Il faut tout laisser s’écrouler et faire l’expérience directe du dépouillement et de la nudité.»

Éric Rommeluère, Les bouddhas naissent dans le feu, Paris, Éditions du Seuil, 2007, p. 128-129

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

C’est pourquoi, dans le vide, il n’y a (…)

ni souffrance, ni origine, ni extinction, ni chemin.

Le Sûtra du Cœur de la Prajnâ Pâramitâ

Le Sûtra du Cœur semble nier non seulement les quatre nobles vérités mais aussi d’autres « fondamentaux » du bouddhisme tels les cinq agrégats ou (les douze liens de) la coproduction conditionnée. Le Sûtra du Cœur, un texte iconoclaste ? Ce serait négliger l’importance de ces trois mots : « dans le vide ». En fait, ce texte essentiel restitue le « cœur » de l’ensemble des enseignements mahayanistes sur la vacuité (Prajnaparamitasutra).

Partant de la « négation » des quatre nobles vérités (citation en exergue), le texte qui suit évoque le questionnement de l’homme et son besoin urgent de réponse face à la souffrance. Il met en garde contre le confort fallacieux des formules toutes faites et proclame l’absolue nécessité de « tourner le regard vers l’intérieur ». Ce faisant, il nous ramène au cœur et à l’essence de la pratique.

« Comme être humain, nos questions les plus fortes, celles qui nous mettent aux prises avec l’existence, ont besoin de trouver leurs réponses. Le monde doit se dévoiler à nous dans une plénitude de sens : que rien de fondamentalement questionnable ne demeure indéterminé. […] Le Bouddha [en quête de réponses, fuyant la demeure de son père, M.D.] se met en route dans la conscience initiale de ses peurs et de ses angoisses, celles de tout être humain, la mort, la vieillesse, la maladie, la souffrance. Elles l’ont amené non seulement à questionner, mais à rechercher des maîtres de vérité, ceux qui pourraient répondre à ces questions béantes comme des plaies ouvertes. La perception de la souffrance ouvre comme un « pourquoi ? » infini. Seules des réponses de vérité pourront refermer la plaie qui suinte et fait mal.

Les quatre nobles vérités annoncées par le Bouddha se présentent à la manière médicale, d’abord le diagnostic, puis la thérapie. On peut les résumer brièvement de la manière suivante : première vérité : il existe un mal-être ; deuxième vérité : il existe une origine à ce mal-être ; troisième vérité : il existe un bien-être qui éteint le mal-être ; quatrième vérité : il existe une voie pour réaliser ce bien-être. Les quatre nobles vérités peuvent, dans leur progression, dans leur logique, dans leur manière de poser et de résoudre le problème, nous satisfaire. Mais que satisfont-elles au juste, sinon ce besoin de réponse qui nous étreint ? La pensée s’ordonne et donne sens à ce magma insensé que l’on appelle détresse. Une lueur d’espoir a surgi. Mais finalement, lorsqu’on se contente de les lire, de les accepter, les quatre nobles vérités se déploient dans l’ordre d’une pensée extérieure à nous-mêmes. Elles apparaissent comme des principes, parlons même de dogmes, que l’on peut ou bien accepter ou bien refuser. Ces vérités, l’une après l’autre, et du fait même qu’elles s’enchaînent, deviennent autant de formules que chacun peut à loisir étudier, discuter, approuver ou contester.

Pourtant, la volonté de s’investir dans les objets de pensée, comme solution au problème est l’impasse. […] La pensée est utile, précieuse, indispensable même, et pourtant nous n’avons pas simplement besoin d’idées, mais d’une vie réelle et éclatante. Nous devons finalement apprendre l’art de tourner le regard vers l’intérieur. […] Au fond, Avalokiteshvara [Le Sutra du Cœur est pour l’essentiel la réponse que donne Avalokiteshvara à la question de Shâriputra : Comment pratiquer ? M.D.] nous somme d’abandonner les dogmes, les credo, toutes les croyances qui prédéterminent et dictent nos attitudes. L’homme n’a pas à se conformer à la pensée, sa pensée doit seulement être l’expression de l’expérience, c’est-à-dire de la vie. Il dit : ne cherchez rien en dehors de votre expérience, c’est là que tout se tient, entrez-y, l’idée d’un monde meilleur est une belle idée, mais ce n’est encore qu’une idée ! Aucune réalité extérieure n’existe au-delà de ce qui est. […] Dans son adresse à Shâriputra, Avalokiteshvara tranche à la racine toute volonté d’adopter le bouddhisme comme système. C’est une supplique à laisser de côté les théories et les principes. […] Il nous invite à renoncer à toutes les idées sur la sagesse pour tout simplement recommencer à vivre dans la joie du quotidien. »

Éric Rommeluère, Les bouddhas naissent dans le feu, Paris, Éditions du Seuil, 2007, p. 133-137

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