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La pleine conscience ne suffit pas pour vivre une existence équilibrée en plein milieu de la tempête qu’est la vie contemporaine. Il ne suffit pas d’être conscient pour se frayer un chemin à travers le cyclone de vos journées. Elle ne suffit pas pour vous aider à faire les choix difficiles. Et voici le vrai problème : cela n’a jamais été censé être suffisant.

 Quand le Bouddha enseignait la pleine conscience, il l’a toujours enseignée comme faisant partie d’un tout. Il n’a jamais dit : « Faites attention à votre respiration et vous serez libéré de la souffrance. » Plutôt « Faites attention à votre respiration pour stabiliser l’esprit, puis regardez votre vie ».

Regardez votre vie. De près. Remarquez vos états d’esprit. Observez votre cœur. Et aussi, si vous voulez être heureux, assurez-vous que vous prenez vraiment soin des choses. Comme la bonté, et la douceur, et l’amour, et la compassion. En fait, le Bouddha a dit que la bonté, et non la pleine conscience, est la base d’une vie heureuse.

 

Extrait de How Not to Be a Hot Mess: A Survival Guide for Modern Life, par Craig Hase et Devon Hase © 2020.

COVID 19 ET LUMEÇON

Un message de Stéphane Olivier, Directeur Général du CHU Ambroise Paré

Dans la Cité du Lumeçon, on aime, par tradition, le Combat.

En ce moment-même, les équipes de nos hôpitaux en livrent trois en même temps.

Le premier de ces combats est un rude corps-à-corps contre une maladie méconnue et fourbe. L’efficacité des médicaments est incertaine. L’évolution des malades surprend parfois : un patient qu’on croyait sorti d’affaire meurt en deux heures, sans qu’on sache pourquoi. A chaque fois, c’est une claque pour l’équipe. Les Saint-Georges de cette bataille sont les infectiologues. Leurs chinchins: des infirmiers, des aides-soignants, des médecins issus des spécialités les plus diverses.

Il y a aussi le combat contre l’ennemi invisible, le virus. Malgré le manque révoltant de masques et de blouses, les collègues font de leur mieux pour protéger de la bestiole leurs patients les plus vulnérables, leurs collègues, leurs familles, eux-mêmes. Plusieurs ont été presque terrassés, fiévreux, alités, puis se sont remis sur pieds et ont rejoint l’arène. Dans ce deuxième combat, les personnages essentiels sont les hygiénistes, les acheteurs et surtout les techniciens de surface.

Le troisième combat est peut-être le plus discret et le plus terrible à la fois. C’est la lutte pour préserver l’humanité des soins. Quand les visites sont interdites, quand les cadavres sont contagieux, les équipes font face à d’horribles dilemmes éthiques. A cette vieille dame qui va mourir, faut-il autoriser la visite d’un mari fragile ? Ce linceul pestilentiel, faut-il l’ouvrir, au risque de contaminer un collègue, pour permettre à la famille de voir une dernière fois un visage abîmé ? Ici, les héros sont des psychologues, des assistants sociaux ou encore des ergothérapeutes.

D’autres héros de l’hôpital sont ceux qui habillent, équipent, informent, nourrissent ou coordonnent les collègues. Et en guise de chambourlettes, nous sommes heureux et fiers d’accueillir les amis experts de MSF.

Notre Lumeçon contre le virus n’est donc pas belliqueux, mais solidaire. Chacun y joue un rôle indispensable et se sent galvanisé par les encouragements du grand public, même si la foule est confinée plutôt que massée sur notre belle Grand’Place.

Je n’ai jamais été aussi fier de mes collègues. Et les Montois, ouais, et les Montois ne périront pas !

(suite aux attentats terroristes de Paris, le 13/11/2015)

Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.

Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus.

Antoine Leiris sur FB

 

« Aime ton ennemi »

« Dans toutes les grandes religions, l’éthique de la compassion est un magnifique chemin de développement spirituel : le croyant laisse de côté l’égocentrisme et approfondit son enracinement dans une vie plus compatissante. Ce processus est présent dans tous les enseignements – parfois plus explicitement ici que là. Par exemple, quand quelqu’un vous fait du mal, il y a l’étape initiale où l’on ne rend pas coup pour coup. C’est l’éthique de la retenue. La deuxième étape, c’est quand on pardonne pleinement cet acte à notre encontre. Et au-delà du pardon, il y a la possibilité d’une compassion ou d’un amour actif pour l’agresseur.

Ce principe est magnifiquement illustré dans cette autre parole célèbre de Jésus :

Il a été dit : œil pour œil, dent pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui l’autre aussi. Si quelqu’un veut te citer en justice pour avoir ta tunique, abandonne-lui aussi ton manteau. Si quelqu’un veut te contraindre à faire un mille avec lui, fais-en deux. Donne à qui te demande, et n’esquive pas celui qui veut t’emprunter.

Il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu pourras haïr ton ennemi. Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis [faites du bien à ceux qui vous haïssent], priez pour ceux qui vous [maltraitent et vous] persécutent. (Matthieu, 5:38-44)

Quand je pense à ce passage des Évangiles, je me souviens d’une rencontre avec mon cher collègue Lopön-la, moine au monastère Namgyal dans le palais Potala. Après la chute du Tibet en 1959, Lopön-la fut emprisonné par la Chine pendant dix-huit ans. Mais il put finalement émigrer en Inde en 1980. Comme nous nous étions connus au Tibet, nous nous retrouvions parfois autour d’un thé pour discuter. Il me raconta qu’en deux ou trois occasions, il s’était vraiment senti en danger. En danger de mort, pensai-je, et je lui demandai : « Quelle sorte de danger ? » Il me répondit : « Celui de perdre ma compassion envers les Chinois. » Quand j’entendis cette réponse, je m’inclinai simplement. Il n’est pas étonnant que certains Tibétains se soient mis en colère contre les communistes chinois qui les ont privés de leur pays, de leur liberté, de leur joie de vivre et de leur pratique spirituelle traditionnelle. Moi-même, j’ai ressenti de la colère en entendant toutes ces terribles histoires d’abus et de tragédie dont ont souffert les Tibétains en fuite dans l’Himalaya. Mais le chemin de la perfection spirituelle n’est pas celui-là… et réagir ainsi ne fait que perpétuer le cycle des souffrances, comme le bouddhisme pourrait le dire. L’histoire de Lopön-la, que j’adore raconter, est un témoignage extraordinaire : il nous enseigne qu’il est possible de vivre selon l’éthique de la compassion, même dans les circonstances les plus pénibles. »

Le Dalaï-Lama, Islam, Christianisme, Judaïsme… Vers la Fraternité des religions,  Éditions J’ai lu, 2011, pp. 144-146 / Traduction de l’anglais (USA) : Julien Thèves

« Qu’est-ce qu’une ‘bonne vie’ ? Nous pouvons dire : ‘Voilà une bonne voiture’ ou : ‘Voilà une belle œuvre d’art’ parce que nous avons conscience de leur qualité, mais qu’est-ce qu’une vie de qualité ? Le Bouddha a clairement souligné que avijja, l’ignorance, était la principale cause du manque de qualité dans notre vie. ‘Ignorance’ ici ne signifie pas un manque de connaissances en mathématiques ou en physique ; il s’agit du manque de connaissance des choses telles qu’elles sont réellement, c’est-à-dire du sens réel de notre vie. Son contraire, vijja, signifie s’intéresser profondément à notre condition humaine, développer un esprit curieux et pénétrant pour comprendre la vie. Qu’est-ce que ce corps ? Qu’est-ce que cet esprit ? Que sont les sensations, les sentiments, les perceptions, les pensées ? Qu’est-ce que la conscience sensorielle ? Où est notre individualité ?

L’une des choses qui nous permet de nous intéresser à la vie, au lieu de nous laisser pousser au gré des événements, consiste à prendre conscience du fait que nous sommes mortels. Il y a des choses qui sont irréfutables pour tous et l’une d’entre elles est que, dans la mesure où nous sommes nés, nous vieillissons chaque jour et un jour nous mourrons. La vie humaine passe de la naissance au vieillissement, à la maladie et à la mort. Mais le fait est que, à moins de nous engager profondément dans une voie spirituelle, nous réfléchissons rarement à cette évidence.

Or ne pas réfléchir à ces choses a une grande influence sur nos valeurs, nos choix et nos intérêts dans la vie. Les choses que nous aimons et que nous détestons sont conditionnées par l’absence de prise en compte de notre mortalité. C’est quand nous sommes pleinement conscients que la mort nous guette que chacune de nos actions prend son sens et sa dignité. On croit souvent que la vie n’a pas de sens parce que nous sommes mortels mais, en réalité, la vie a du sens parce qu’elle peut s’arrêter n’importe quand. Si nous sommes conscients du fait que la vie est brève, fragile et précieuse, nous voyons que nous n’avons pas le temps de nous complaire dans des humeurs capricieuses, des émotions mesquines, des jalousies ridicules et des colères intempestives. Par contre, quand nous oublions que nous risquons de mourir à tout moment, nous permettons à tous ces sentiments d’envahir notre esprit au point que nous perdons toute notion de ce qui est et de ce qui n’est pas important.

Le monde humain offre tout un panel d’émotions plus ou moins agréables mais qui ont toutes le pouvoir de nous enseigner le Dhamma, c’est-à-dire la vérité de l’impermanence — l’instabilité et l’insécurité inhérentes à la vie humaine — et du non-soi. En tant qu’êtres humains, nous avons la capacité de nous poser, de regarder autour de nous, d’apprendre de nos expériences et de réaliser la Vérité. Cette vie humaine est extrêmement précieuse car nous pouvons l’employer à transcender toute souffrance et tout le cycle des renaissances. En réponse à ce don de vie, nous pouvons apporter une grande attention à nos actes : notre manière d’agir dans le monde physique et dans l’univers social qui est le nôtre, ainsi que notre manière d’utiliser notre esprit et notre faculté de sagesse.

Les enseignements du Bouddha proposent un entraînement à sila (les vertus morales), samadhi (la méditation de la concentration qui apporte le calme du mental) et pannya (la sagesse). C’est un programme d’éducation pour toute la vie, que nous poursuivons jusqu’à notre dernier souffle. A chaque occasion, en toutes situations, nous nous efforçons d’agir et de parler de manière à exprimer la bonté, la sagesse et la compassion et nous continuons sans cesse à développer ces nobles qualités dans notre cœur.

Le Bouddha a enseigné quatre qualités fondamentales ou « demeures divines » (brahmavihara). La première est metta, un sentiment de gentillesse et de bienveillance envers tous les êtres. La seconde est karuna, la compassion que l’on ressent naturellement quand on prend conscience de la souffrance à laquelle doivent faire face tous les êtres vivants. Ensuite vient mudita, le fait de se réjouir du bonheur des autres — sentiment qui élève le cœur, au contraire de la jalousie. Et puis upekha, l’équanimité, le calme de l’esprit : savoir accepter que l’on ne peut pas toujours aider autrui mais rester présent et disponible si jamais l’occasion se présente de le faire.

En cultivant ces vertus et en étant conscients de notre mortalité, au lieu de réagir aux situations et aux idées erronées que nous entretenons sur qui nous sommes, et comment nous voulons être perçus, nous pouvons nous laisser guider par notre bonne volonté et notre sensibilité, et ressentir ce qu’il est juste et approprié de faire ou de dire en toutes circonstances. »

 

Vénérable Ajahn Jayasaro, disciple du Vénérable Ajahn Chah, Tradition de la Forêt

Extrait d’un enseignement donné au monastère international de Wat Pah Nanachat

(Thaïlande), le 10 mai 2000, in : http://www.dhammadelaforet.org (Tr. Jeanne Schut)

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