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Un des axes de pratique et de réflexion de Shikantaza est d’encourager le dialogue interreligieux, notamment par la lecture1 et les conférences2. Il ne s’agit pas de « faire » du dialogue à tout crin, à tout prix, mais de saisir toute occasion de rencontre lorsque celle-ci se présente naturellement. Et de diffuser la parole de celles et ceux qui, dans d’autres traditions, partagent un même souci d’un vivre-ensemble fécond dans le respect et la fraternité.

En tant que Président de l’UBB, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes généreuses, à l’esprit ouvert, issues de toutes les grandes traditions religieuses ou philosophiques. Parmi elles, dans les coulisses de « Controverses », Éric De Beukelaer, à l’époque porte-parole de la Conférence des évêques de Belgique. Il signe dans Le Soir de ce 14 janvier une carte blanche sur les récents événements tragiques en France.

1 http://www.shikantaza.be/lectures/83-livres-d-introduction-3).

2 http://www.shikantaza.be/lectures/80-conferences

Respecter les sensibilités religieuses: pas au nom de la peur

Eric De Beukelaer, le curé-doyen de Liège rive-gauche, explique pourquoi, en tant que croyant, il respecte la caricature de Dieu.

 Parmi les églises du centre de Liège dont je suis curé, il y a la splendide collégiale Saint-Jacques. Ses stalles gothiques du quatorzième siècle sont représentatives de l’art décoratif du Moyen Âge, avec des miséricordes et des parcloses aux représentations satiriques. Ma préférée est celle d’un petit singe portant la mitre. Preuve que les aïeux de Charb et Cabu travaillaient au cœur même des édifices religieux. Les choses ont-elles changé? Ce vendredi matin, je me retrouve à la sacristie de la cathédrale de Liège avant l’office du matin. L’actualité parisienne plombe l’ambiance. Pour dérider l’atmosphère, je raconte la blague qu’Alex Vizorek lança quelques minutes plus tôt sur les ondes de la radio RTBF Première. Evoquant la visite d’Angela Jolie au Vatican, ce diablotin ponctua: «Au lendemain de l’attentat, le pape reçoit une bombe.» Franc éclat de rire de la part de mes confrères chanoines à la moyenne d’âge plus que canonique. Pas mort, le sens de l’humour de ces vénérables ecclésiastiques.

Est-on pour autant obligé de rire de tout? Non, bien sûr. Pierre Kroll – avec qui j’échange régulièrement et dont j’apprécie l’humour – sait que j’ai du mal à rire de ses caricatures du Christ en croix. Sans doute que cela remue en moi une fibre trop sensible. Y pense-t-il en taillant ses crayons? Je ne sais. Mais jamais je n’inviterai à le censurer. Alors que dire de la une de Charlie Hebdo, en plein débat sur le mariage homosexuel, avec un dessin des trois Personnes de la Trinité en train de se sodomiser l’une l’autre? Cela ne me fait pas rire, mais dois-je pour autant me mettre en colère – voire devenir violent? Négatif. D’abord parce que je suis démocrate et que la liberté d’expression est un des socles de notre Etat de droit. Ensuite parce que je suis croyant et que je ne puis concevoir que Dieu soit affaibli ou offensé par pareille grivoiserie potache.

Les assassins de Charb, Cabu et leurs frères de plumes croyaient avoir vengé le prophète de l’islam. En réalité, ils avaient une image bien falote du Très-Haut. Ahmed Merabet, le policier abattu à bout portant devant le journal satirique, a quant à lui rendu un véritable hommage de croyant musulman. Alors oui, la satire de Charlie Hebdo est corrosive et, à l’époque des caricatures du prophète, j’étais de ceux qui invitaient au respect des sensibilités religieuses. Mais pas au nom de la peur.

S’il est parfois utile et civique de mettre un frein à sa langue pour ménager son voisin, il est grave de se forcer à le faire par peur de représailles. Charlie Hebdo, c’est l’esprit de Voltaire. Incisif et parfois même injuste – mais vif. Et comme le dit si bien la phrase attribuée à Voltaire, mais qu’il n’a jamais dite: «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire.» Si je ne me reconnais guère du style d’expression de Charlie Hebdo, je refuse donc qu’il soit contraint au silence par le bruit des kalachnikovs. Tel est mon credo de démocrate et plus encore de croyant. Voilà pourquoi, avec tant d’autres croyants de toutes traditions et autant d’agnostiques ou d’athées, j’ai scandé depuis mercredi dernier et scanderai encore: «Je suis Charlie».

Le Soir, 14 janvier 2015

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Traditionnellement dans le zen, on célèbre le 8 décembre l’Eveil du Bouddha. Selon la tradition en effet, le Bouddha réalisa l’Eveil au matin du 8ème jour du 12ème mois de l’année (calendrier chinois),  après 7 jours de méditation ininterrompue. « Après de nombreuses années de pratique ascétique, Shâkyamuni s’assit en zazen sous l’arbre de la Bodhi. A l’aube du 8 décembre, il vit l’étoile du matin et parvint à l’Éveil. Il devint alors le Bouddha Shâkyamuni. Il n’était plus une personne ordinaire, il avait atteint l’Éveil grâce auquel tous les êtres humains pourront être libérés. » (Source : site en français de la Sotoshu). Les pratiquants du zen qui le peuvent participent ce jour-là à une cérémonie. Celle-ci marque la fin d’une retraite de 7 jours précédant cet anniversaire.

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Nous vous proposons, cette année, de prendre part à une retraite non résidentielle à l’occasion de Rohatsu, du lundi 2 au dimanche 8 décembre.

 Le principe

Durée : 7 jours (par exemple, dans notre cas, du lundi au dimanche)

Pratique commune : au centre, chaque jour, de 19h à 20h30 environ. Les rencontres des samedi et dimanche pourront être programmées plus tôt avec l’accord de chacun. 8 décembre: cérémonie de commémoration de l’Eveil du Bouddha.

Pratique individuelle : chaque jour, les participants observent leur esprit, leurs réactions, les expériences qu’ils vivent au travail, à la maison, etc. sous l’angle particulier du thème de la retraite.

Conditions de participation : chacun s’engage à participer à l’ensemble des soirées au centre. Une seule exception est permise (impossibilité matérielle, familiale …), mais elle ne concerne ni le premier ni le dernier jour de la retraite.

Soirées au dojo : méditation, témoignage individuel (5′ maximum, pas de réponses, pas de commentaires des autres participants, pas de recherche de solution, seulement une écoute respectueuse), introduction au thème du lendemain, cérémonie et chants en français.

Ce type de retraite nous « oblige » à cultiver la pleine conscience, l’écoute, la confiance et le respect mutuels, le non-jugement. Il n’y a pas d’obligation systématique de communiquer, de « dire tout » (« If you don’t feel safe, don’t share », « Si vous ne vous sentez pas en confiance, ne partagez pas »), mais un repli permanent dans le silence devrait faire l’objet d’une réflexion, par la personne concernée, mais aussi en tant qu’obstacle à l’esprit même de la retraite.

Vous pouvez, si vous le souhaitez, vous inscrire dès à présent à cette retraite. Le coût est de 5 euros pour la semaine, comme d’habitude.

ATTENTION

– LE DOJO SERA RÉSERVÉ AUX RETRAITANTS DURANT TOUTE CETTE SEMAINE !!!

– LE NOMBRE D’INSCRIPTIONS EST LIMITÉ À 10 !

 Bien cordialement,

 Michel Mokusho

« Nous affirmons qu’il y a deux vérités :

La vérité relative et la vérité absolue.

L’absolu n’entre pas dans le champ d’expérience de l’intellect ;

L’intellect, explique-t-on, est la [vérité] relative. »[1]

 

 

« La prise de l’esprit d’Éveil ainsi que la pratique des perfections (paramita) du bodhisattva ont pour but in fine de développer la sagesse. Et la sagesse vise à trouver la vie juste qui nous délivrera de la souffrance. Et comment la sagesse nous délivre-t-elle ? Par la vision pénétrante de la vérité, ou plus exactement des deux facettes de la vérité: la vérité relative et la vérité ultime.

La vérité relative est la vérité de notre expérience de la vie, le monde des apparences dans lequel nous vivons. C’est une vérité relative à un point de vue, à un lieu et à un moment. Aujourd’hui par exemple, je suis dans tel lieu et j’accomplis telle action ou une autre. La vérité ultime est la vérité fondamentale des choses au-delà des apparences. Le relatif voile parce qu’on a l’impression que les phénomènes sont tout à fait réels alors qu’ils sont évanescents et impermanents comme un mirage ou des bulles d’eau. La vérité ultime est au-delà des apparences sensibles mais aussi des concepts intelligibles parce que le mental est considéré par la philosophie bouddhique comme une faculté sensorielle au même titre que la faculté visuelle ou la faculté auditive. La faculté mentale perçoit des idées, des concepts, des images mentales, des souvenirs, des espoirs, des désirs, toutes sortes de phénomènes mentaux, tout comme la faculté visuelle perçoit des formes visibles ou la faculté auditive des sons et des bruits. La faculté mentale qui pense, réfléchit et comprend des idées relève donc de la sphère du relatif. Et donc l’intellect masque la vérité ultime en ce qu’ [il peut avoir] l’impression tout à fait fausse de comprendre l’ultime par toutes sortes de raisonnements, et notamment tous les concepts d’existence et de réalité que nous avons naturellement tendance à alimenter dans notre ignorance complète de la vérité ultime.

Pour nous détacher de cet attachement à ces pensées d’existence ou de réalité solide des phénomènes, nous avons besoin de réfléchir et de méditer sur la vacuité. La vacuité d’existence ultime nous libère de l’illusion oppressante qui nous fait voir les phénomènes comme étant réels et solides.

« La vacuité est l’antidote contre les ténèbres

Des voiles émotionnel et cognitif.

Comment ne s’y habituerai-il point,

Celui qui atteindre l’omniscience sans tarder ? »[2]

Cette conscience de la vacuité s’établit progressivement. Il faut d’abord réaliser l’impermanence des objets, les analyser de façon de plus en plus subtile pour voir ensuite qu’ils sont complètement dénués d’existence. Ils ne sont pourtant pas un néant complet: ces phénomènes apparaissent et sont donc l’objet de la vérité relative. C’est pourquoi l’école de Shantideva est appelée « école du Milieu »: milieu entre l’extrême de l’être qui prête aux apparences une existence réelle et l’extrême du non-être ou néant qui refuse tout bien-fondé aux apparences. »

Anonyme, in : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bodhicaryâvatâra


[1] Shantideva, Bodhicaryâvatâra, Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère, 2007, ch. IX, 2, p.165

[2] ibidem ch. IX, 54, p. 174

« Bien que le Bouddha ne l’ait pas explicitement enseignée, la dévotion est depuis longtemps une pratique bouddhique centrale. Il ne fait aucun doute que celle-ci provient de la dévotion spontanée que les propres disciples du Bouddha ont ressentie pour leur maître bon, sage et compatissant. Après sa mort, les disciples ayant un penchant dévotionnel ont dirigé leur vénération sur les anciens éveillés de la communauté monastique et sur les reliques du Bouddha, qui furent conservées dans des monuments appelés stupas.

Alors que le bouddhisme se diffusait à travers l’Inde et finalement dans d’autres pays, l’objet primaire de la dévotion devint le Triple Joyau du Bouddha, du Dharma et du Sangha, c’est-à-dire du grand maître (et de ses successeurs), de l’enseignement lui-même (ou doctrine), et de la communauté de moines qui conservent et défendent l’enseignement.  À ce jour, tous les bouddhistes, religieux ou laïcs, prennent comme refuge le Triple Joyau, encore appelé Triple Refuge.

Finalement, dans certaines traditions du bouddhisme, la tendance humaine naturelle à vénérer et à idéaliser a donné naissance à des figures transcendantales qui personnifiaient des qualités spirituelles particulièrement désirables. En substance, selon ces traditions, l’adepte qui exprime une dévotion sincère à ces figures, en s’imaginant en train de fusionner avec elles et ce faisant en assumant ses qualités éveillées, peut progressivement transformer ses qualités négatives en qualités positives pour finalement obtenir l’Éveil complet pour lui-même et pour les autres.

L’étude et la réflexion aident à comprendre clairement l’enseignement du Bouddha, mais la dévotion forge une connexion sincère avec la tradition, ce qui permet à l’adepte d’exprimer son amour et son appréciation aux maîtres (et à l’enseignement) et en retour de ressentir leur amour et leur compassion. Même des traditions comme le Zen, qui semblent moins s’intéresser à la dévotion pour mettre l’accent sur l’importance de la vision profonde, possèdent de puissants courants sous-jacents qui se trouvent exprimés dans les rituels et les cérémonies, mais que les nouveaux adeptes ne perçoivent pas toujours tout de suite. En fait, certaines traditions, comme celle du bouddhisme de la Terre Pure, sont avant tout dévotionnelles. »

Landaw / Bodian, Le Bouddhisme pour les nuls, Éditions First, Paris 2007, p. 26-27

Vous, nos Dieux, qui –peut-être– êtes aux cieux,

Quels que puissent être vos noms,

Que ceux-ci soient respectés,

Que vos apports soient reconnus,

Que vos paroles supposées imprègnent enfin la Terre.

Soyez remerciés –s’il vous est dû– pour notre pain quotidien

Et pardonnez-nous nos moments de défiance

Comme nous vous pardonnons ces siècles de silence.

Ne nous laissez plus succomber aux penchants de l’homme–roi

Et délivrez-nous de l’absence d’idéal.

Ainsi en serait-il,

Si nous le voulions bien…

Alain Régis, 27 octobre 2012 à 8h32, http://www.atramenta.net/lire/priere-laique/38255

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