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Parmi les activités qui nous sont plus facilement accessibles au temps du confinement, il y a très certainement la méditation. J’aime bien le terme « assise » pour la méditation, qui suppose que l’on « se pose ». L’assise permet de « revenir à soi » plutôt que d’alimenter l’angoisse. Être au contact de notre angoisse dans la méditation n’a bien entendu rien à voir avec le fait d’être submergé par l’angoisse à longueur de journée. La pandémie qui nous touche aujourd’hui nous donne l’occasion de mieux comprendre cela et, ainsi, de mieux comprendre notre pratique. C’est pourquoi dans la série des articles que nous vous proposons dans ce contexte particulier, nous jugeons utile d’inclure des textes qui nous amènent à une réflexion sur notre propre pratique de la méditation.

MÉDITER AU TEMPS DU CONFINEMENT

Nous avons tous connu des moments où nous n’avions  aucune envie de méditer. Apprendre à travailler avec cette résistance est une partie essentielle de la maturation en tant que pratiquant du dharma. Le vrai problème n’est pas la résistance – quasi inévitable – mais la souffrance que nous éprouvons lorsque la résistance se présente.

En tant que bouddhistes, nous avons souvent une vision idéalisée de nous-mêmes. Nous nous voyons assis, quotidiennement, sur notre zafu, attentifs à ce qui se déroule « ici et maintenant », nous éveillant à la sagesse[1] et à la compassion, sans aucune distraction. C’est une image séduisante à laquelle il est très facile de s’attacher.

Cependant, cette vision illusoire nous rend vulnérables et nous risquons de nous effondrer au moindre obstacle, même le plus banal : nous oublions de méditer un jour, ou nous nous sentons trop irrités pour rester assis pendant toute la durée de la pratique, ou nous déprimons et décidons de regarder un film plutôt que de nous asseoir, etc. Au lieu de nous rappeler que nous sommes humains, nous avons le sentiment de tricher, d’être paresseux, et nous éprouvons du malaise. Cela bloque notre curiosité [notre aptitude à rester présent à ce qui est] et notre créativité, qui pourraient toutes deux nous permettre de résoudre le problème et de nous sentir mieux.

La première étape consiste à nous défaire de nos attentes irréalistes et à avoir une relation authentique avec notre méditation. Dans toute relation, il y a des hauts et des bas. Parfois, nous aimons la méditation, parfois nous sommes frustrés et nous nous demandons pourquoi nous nous donnons la peine de méditer. Il y a des périodes où nous pouvons pratiquer quotidiennement et où nous nous sentons bien, tandis qu’à d’autres moments, en raison des inévitables facteurs de stress de la vie, nous pouvons passer des jours, des semaines ou des mois à lutter pour retrouver le chemin de la pratique. Nous devons accepter que cela fasse partie du processus.

L’étape suivante consiste à cultiver la résilience, c’est-à-dire la capacité de rebondir en nous interrogeant sur notre résistance. Vous êtes fatigué(e) ? Pour le moment, vous avez peut-être plus besoin de sommeil que de méditation. Avez-vous moins de temps à consacrer à votre travail, à votre famille ou à d’autres obligations ? Peut-être avez-vous besoin pour l’instant de réévaluer le temps que vous consacrez à la méditation. Au lieu de viser vingt minutes ou une heure, pourriez-vous vous contenter de cinq minutes et considérer que cela suffit ? Vous avez des doutes ? Peut-être avez-vous besoin de parler à des amis du Dharma ou à un enseignant pour recevoir du soutien. N’hésitez pas à ajuster votre pratique à votre situation – c’est beaucoup plus humain que de vous forcer ou de vous battre.

Enfin, nous devons réduire notre attachement au coussin et nous souvenir du véritable objectif de la méditation : transformer notre esprit. Nous pouvons le faire n’importe où. (…) Nous pouvons faire preuve d’attention dans la rue ou durant les activités de la vie quotidienne – cuisiner, nettoyer, se brosser les dents.

Ces réajustements bienveillants nous permettent de développer de la compassion pour nous-mêmes et pour les autres qui vivent la même chose – et peut-être même de contribuer à un monde meilleur en aidant d’autres personnes en difficulté. Ce qui est de toute façon le but de la pratique.

D’après Mindy Newman, Tricycle, Printemps 2020

 

[1] A méditer : Wisdom inclines toward the good but is not attached to it. It shies away from what is not good, but has no aversion to it. – La sagesse (s’)oriente vers le bien mais ne s’y attache pas. Elle (s’)éloigne de ce qui n’est pas bon, mais n’en conçoit pas de l’aversion. Sayada U Teganiya

Bonjour à toutes et à tous,
Nous venons d’apprendre que Danielle Rodot, notre première conférencière, ne pourrait malheureusement pas nous rejoindre ce samedi 19 octobre pour des raisons indépendantes de sa volonté.
Après mûre réflexion, nous avons donc décidé de remplacer la conférence du matin par une période de méditation.
Si vous souhaitez y participer mais que vous n’avez encore jamais pratiqué la méditation dans un contexte zen, il vous suffit de nous prévenir lors de votre inscription. Nous vous invitons alors à venir au Centre à 10h pour recevoir quelques explications (prévoir une tenue confortable permettant de s’asseoir en tailleur).
L’intervention de Danielle est donc reportée à une date ultérieure, dans le cadre d’une journée qui sera intégralement dédiée à l’éducation.
L’après-midi, Michel Dubois, enseignant zen, nous parlera de son expérience d’aumônier bouddhiste à la prison de Fresnes (France), et plus largement de son engagement social en tant que bouddhiste.

En fin de journée, il nous fera l’amitié d’animer un « cercle de parole », tel que ceux qu’il a mis en place dans son centre de zen de Montreuil et avec les détenus. Le principe sera expliqué ce jour-là aux personnes qui le souhaitent, et libre à elles de participer ou non, bien sûr !!!

Cette journée est ouverte à toutes et à tous. N’hésitez donc pas à en parler aux personnes susceptibles d’être intéressées !

Au programme de cette première édition :

10h00 (Accueil)

10h30 – 12h00 Méditation zen (zazen)

Sur le temps de midi, nous vous proposons un lunch (sur réservation uniquement) et une promenade autour du mur d’enceinte de la prison, afin d’y découvrir deux projets artistiques soutenus par la Fondation Mons 2025 :

– Le projet poétique Ivre d’histoires, mené par Olivier Sonck avec des détenu.e.s et des habitant.e.s du quartier

– Un projet photographique réalisé par sept détenu.e.s guidé.e.s par l’artiste Mara De Sario

Mara De Sario nous fera d’ailleurs la gentillesse de venir nous présenter ce projet et de partager avec nous quelques réflexions sur cette expérience en milieu carcéral.

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14h00 – 16h00

LE MUR DE LA PRISON D’EN FACE

Michel Dubois, enseignant zen et aumônier à la prison de Fresnes

16h00 – 17h30

CERCLE D’ECOUTE ET DE PAROLE (Facultatif)

Animé par Michel Dubois

Adresse : 10, rue Roland de Lassus à 7000 Mons (1er étage)

Infos et réservations : secretariat@shikantaza.be

NOMBRE DE PLACES LIMITE

INSCRIPTION INDISPENSABLE

PAR VIREMENT de 15 €

(ou 25 € si vous prenez le lunch – réservation obligatoire !!!)

AU COMPTE BE75 0013 8686 2651 de ASBL SHIKANTAZA

AVANT LE 17 OCTOBRE

Communication : RB 19/10

Il existe de très nombreuses façons de présenter la méditation. La manière la plus répandue actuellement est d’expliquer les bienfaits qu’elle procure : méditer vous rendra moins stressé, plus calme, ou vous permettra d’obtenir tel ou tel bénéfice…
Certes, la méditation aide profondément ceux qui s’y engagent régulièrement et nous comprenons mieux, chaque jour, comment elle le peut.
Mais à l’instant où nous avons un but, nous commençons à nous crisper : soit nous avons peur de ne pas y arriver soit, à l’inverse, nous sommes excités à l’idée de relever un nouveau défi. 
Mais ces attitudes n’ont strictement rien à voir avec le geste même de s’asseoir. Au contraire, elles l’empêchent. Il serait préférable de dire d’emblée que la méditation consiste à prendre un moment pour ne rien faire. Absolument rien. On s’assoit pour rien. On reste là, simplement présent à ce qui est. C’est tout. 
Et c’est cette radicalité qui fait de la méditation un acte si profond et si novateur. 
Il faut y insister — si vous voulez méditer il faut être prêt à entrer en rapport à ce qui est là, maintenant. A ce que vous vivez. Ne cherchez rien. N’ayez aucun projet. Prenez le risque de laisser la méditation faire ce qu’elle doit faire.
Car c’est bien là l’un des renversements majeurs. Au lieu de vouloir faire que les choses soient comme nous le voulons, suivant des projets souvent limités, voire parfois malencontreux, nous laissons la pratique œuvrer en nous. 
Et étrangement, nous voyons que les fruits qu’elle nous offre ne sont pas ceux que nous avions prévus. Toute personne engagée dans la pratique découvre avec surprise comment la pratique la transforme. Et même après vingt-ans de pratique, vous serez surpris.
Méditer, c’est laisser derrière soi le projet de vouloir faire les choses de façon parfaite pour plutôt apprendre à faire confiance.

Pourquoi est-ce que je présente la méditation comme un moment où l’on ne fait rien ?

Je n’ai pas toujours présenté la méditation ainsi. J’ai un temps décrit que méditer consistait à revenir au moment présent. 
Mais malgré mes efforts pour montrer que ce geste est naturel, je voyais tellement de gens frustrés, qui se sentaient coupables d’être submergés par leurs émotions ou leurs pensées ou par quelques tensions corporelles… Ils voulaient tout de suite correspondre à l’idéal du pratiquant parfait. Et, n’y arrivant pas, ils étaient déçus.
Mais c’est l’idée même d’un pratiquant idéal qui est fausse. Méditer consiste en réalité à se relier à notre situation.
A rencontrer nos faiblesses, nos manquements — enfin tout ce qui fait une vie humaine. Du reste, l’une des meilleures manières de guérir les déceptions, les trahisons, les abus, les préjudices, les traumatismes que nous avons vécus, est d’accepter d’entrer en relation à ce qui, en nous, est blessé. On ne peut méditer que si l’on est prêt à renoncer à nos projets et idéaux. Que si on accepte de ne rien faire. De laisser être ce qui est. De rencontrer ce qui est là. De s’ouvrir à la vie.

Est-ce que ne rien faire n’est pas un acte de paresse ?

Nullement. Mais cette inquiétude très courante, mérite que l’on s’y arrête. Car elle révèle bien cette obsession que nous avons de devoir réussir quelque chose et surtout d’être volontariste (et non paresseux). Quand nous confondons l’agitation, l’occupation avec le fait de faire quelque chose pour de bon, il n’est pas du tout du certain que cette attitude soit féconde. Nous nous activons beaucoup, mais ce que nous faisons est-il vraiment important et bénéfique ? (suite du texte : fiche « Méditation (11) »)

  1. Midal, Un dimanche pour ne rien faire, À propos du dimanche 13 mars 2016

http://www.fabricemidal.com/newsletters/pdf/Lettre-mars-2016.pdf

La méditation est en rapport à la vie toute entière. C’est vraiment malencontreux de la penser comme une sorte de technique de bien-être. Nous la réduisons ainsi à un outil dont l’usage est limité et étroit.
Nous la privons surtout de ce qui peut nous permettre d’avancer. Car la méditation transforme en réalité l’entièreté de notre existence. Tous les aspects de notre vie sont travaillés par elle. En déplaçant profondément tout, elle nous aide moment après moment, jour après jour.
Mais le plus malencontreux, dans cette présentation instrumentalisée de la méditation, est que nous croyons qu’il faudrait grâce à elle ne plus être traversé par la nuit et être enfin irréprochable. Ce sont là des projets voués à un amer échec.
En réalité, la méditation nous permet de rencontrer les lions qui viennent nous visiter et elle nous engage à assumer notre fêlure.

Rilke évoque les lions pour nommer ce qui nous habite et qui n’est pas confortable. Parfois il évoque les dragons ou les monstres. Ce sont trois figures différentes. Et en effet, l’une des trois vient parfois nous visiter. Au lieu de parler de stress, d’angoisse, de tristesse, d’émotions conflictuelles, Rilke évoque des lions intérieurs. Il ne dit pas qu’il faudrait gérer son stress mais comment se relier à ces animaux menaçants. Cela semble déconcertant, peut-être même abstrait, c’est en réalité profondément aidant et simple.

Et en effet, nous sentons bien de temps à autre que quelque chose de sombre vient nous visiter. Face à cette épreuve nous adoptons généralement l’une des deux attitudes suivantes : vouloir l’écraser ou ne pas la considérer.

Autrement dit, soit nous cherchons à vaincre nos lions intérieurs, ce qui correspond aux discours de nombreuses approches psychologiques qui prônent la volonté et la maîtrise ; la pratique viserait dans ce dessein à mieux contrôler l’inconnu.

Soit nous adoptons l’autre stratégie et nous cherchons à ignorer ces créatures. Nous vivons alors à côté de nous-mêmes, à côté de ces forces qui nous habitent. Dans cette ignorance, sans même nous en rendre vraiment compte, nous passons notre temps à être angoissé qu’elles viennent par surprise.

Ignorer ce qui est sombre en nous, ne fait en réalité que nous rendre inauthentique, comme ces personnages de films toujours jeunes, souriants, plein de maquillage — complètement faux et qui au fond d’eux savent qu’ils sont faux.

De nombreuses approches encouragent une telle attitude y compris des approches spirituelles. Il faudrait s’identifier à la joie, au bonheur, au confort, à la lumière…Reconnaître la non-dualité, l’amour divin… Pris par un tel discours, nous faisons comme si les lions intérieurs n’existaient pas.
Quand nous ne pouvons pas faire autrement que reconnaître leur emprise sur nous, nous le vivons, du coup, comme un échec cuisant.

Mais peut-être qu’à partir de ce que dit Rilke, nous pouvons découvrir qu’il existe une autre approche. Au lieu de chercher à vaincre ou à ignorer nos lions intérieurs, nous pourrions nous réconcilier avec eux.

Sans l’appui de Rilke, je n’aurais jamais osé employer ce terme tant il semble, ici, provocant. Qui aurait envie de se réconcilier avec ses ombres, ses monstres, ses dragons ou ses lions intérieurs ? Personne ! Au contraire, nous voulons tous qu’ils s’en aillent au plus vite ! Nous sommes prêts à faire de grands efforts pour être enfin sereins, calmes, protégés. (…)

Fabrice Midal, http://www.fabricemidal.com/newsletters/16-02.html

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Le sujet de la méditation est de dissoudre la fixation sur nous-même. À travers la méditation, nous commençons à prendre le pli de vivre avec une attitude sans saisie, donc sans attente de résultat, sans volonté d’atteindre quoi que ce soit.

Évitez de vous laisser prendre au piège des idées au sujet de vous-même, au sujet de la pratique ou au sujet du résultat de la pratique.

(1) Ne vous (r)accrochez pas à une identité figée de vous-même en tant que personne bonne ou mauvaise, capable ou incapable. Libérez-vous de toute idée sur vous-même, de tout souci vous concernant. Trop souvent pendant zazen nous nous racontons toutes sortes d’histoires sur le fait d’être bon ou mauvais, capable ou incapable. En fait, nous passons ainsi pas mal de temps à jouer la star de notre propre film. Ou bien nous passons notre temps à planifier, à nous désoler, à essayer d’améliorer les choses, etc. Bref, à renforcer notre centrage sur nous-même plutôt qu’à le ‘dissoudre’.

Au lieu de vous raccrocher à une identité limitée de vous-même, faites de votre mieux pour vous observer ce qui se passe, minute après minute. Si vous observez simplement au lieu de vous fixer sur une idée figée de vous-même, la méditation va commencer à mettre sérieusement à mal cette identité. Vous allez commencer à avoir des doutes sur le fait d’exister sur un seul mode; vous allez voir que  ‘qui vous êtes’ ou ‘comment vous êtes’ change, et change constamment. Vous arrivez déprimé au dojo, après dix minutes d’assise, vous vous souvenez des achats que vous avez faits le matin et vous voilà satisfait. Pendant kin hin, vous vous inquiétez de savoir qui est cette nouvelle personne devant vous. Que vous n’avez jamais croisée En vous rasseyant, vous vous lamentez sur le fait d’avoir mal au dos et deux minutes après, vous vous dites que le lendemain vous allez au cinéma et vous vous réjouissez. Le changement est continuel. Cela n’a rien d’anormal. Il suffit à chaque fois de revenir à la concentration sur l’ici-et-maintenant.

Observez simplement ce qui se passe, sans attente concernant ce que vous êtes censé être. Cette pratique, parfois appelée pratique du ‘non-soi’, consiste à lâcher toutes les attentes. Observez comment les pensées, les émotions changent. La méditation est le véhicule parfait pour voir comment nous changeons constamment.

(2) Ne faites pas de votre méditation un événement spécial. N’entrez pas dans une attitude de grand sérieux et de solennité. Ne saluez pas avec ostentation. Ne vous accrochez à aucune notion concernant la pratique. Méditer, c’est simplement s’asseoir sans idée préconçue sur la pratique. Nous suivons simplement les instructions, sans imaginer que la méditation doit être comme ceci ou comme cela. Nous observons sans juger, sans rien ajouter (= lâcher prise).

(3) Laissez tomber toute attente vous concernant. C’est une instruction simple. Pratiquez sans espoir de quelque sorte. L’espoir s’accompagne souvent de la peur. Peur que notre attente ne soit pas satisfaite. Si vous pratiquez avec espoir et peur, si vous pratiquez pour devenir ce que vous voudriez être, même s’il s’agit de devenir plus calme, plus aimant, plus empli de compassion, vous vous préparez des lendemains difficiles.

Si, après avoir médité, vous remarquez quelque chose que vous ressentez comme un résultat – par exemple, votre esprit est détendu, vous vous sentez plus ouvert à l’autre – relevez cela simplement comme une manifestation de l’impermanence et laissez passer. Ce n’est pas que de tels ressentis soient négatifs, mais si nous nous y accrochons, ils ne sont d’aucune utilité.

 

D’après Pema Chödron, La pureté en trois points, http://pema.free.fr/pch01.php3

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