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Conseils aux adeptes de la procrastination[1]

Comment aborder les questions qui se posent parfois lorsque nous nous approchons du coussin

D’après Lama Palden Drolma, tricycle, 09 mars 2020

Tous les méditants connaissent la résistance à la méditation. C’est l’un des principaux obstacles à la pratique. En général, elle se manifeste tout particulièrement lorsque nous nous approchons de notre coussin. C’est généralement le moment où je me rends compte que j’ai oublié de sortir les poubelles. Je décide de le faire tout de suite, et en sortant les poubelles, je remarque que le jardin est vraiment sec, et je me souviens qu’on annonce de la chaleur. Il faut que j’arrose tout de suite, mais je dois d’abord débrancher le système d’irrigation automatique. Et j’ai oublié comment faire. J’appelle donc le vendeur, et ainsi de suite… jusqu’à ce que les 45 minutes que j’avais décidé de consacrer à la méditation se soient écoulées. Je me console en me disant que je pourrai méditer demain. Bien sûr, certaines tâches sont importantes et doivent être faites, mais nous devons faire en sorte que notre temps de méditation ne soit pas négociable.

Il y a de multiples raisons pour expliquer notre résistance à la pratique spirituelle mais on peut néanmoins en dégager quelques grands schémas. Nous pouvons reculer devant la perspective de méditer, en nous disant : « Mon esprit est trop occupé ; je ne pourrai jamais faire ça ». Ou bien nous sommes partagés entre l’envie de méditer et la crainte de perdre quelque chose : si je pratique l’assise et le lâcher prise, je pourrais perdre la motivation [dont j’ai bien besoin par ailleurs]. Si je médite, je n’arriverai plus à rien. Ou bien nous nous demandons : « Est-ce vraiment bien de prendre du temps pour soi ? » Ce type de pensées n’est souvent qu’à moitié conscient. Souvent, nous ne savons même pas pourquoi une partie de nous n’a pas envie de méditer. Derrière ces pensées et ces sentiments se cache parfois une sorte de peur. En général, les gens doivent faire preuve d’un surcroît de volonté ne serait-ce que pour s’asseoir. Un lama disait : « Vous pourriez tout aussi bien sortir deux coussins quand vous méditez – un pour vous et un pour votre résistance. Elle vous accompagnera très souvent. » Autrement dit, il est important de reconnaître toute résistance. Laissez-lui un peu d’espace, et continuez la méditation.

Au fur et à mesure que notre méditation s’installe dans notre quotidien, de nouveaux schémas se forment. Si nous considérons notre méditation quotidienne comme non négociable, au même titre que se brosser les dents, cela peut nous aider – de la même manière qu’un enfant peut résister à l’idée d’aller à l’école jusqu’à ce qu’il réalise que l’école est inévitable et accepte d’y aller tous les jours.

Méditer avec d’autres personnes une fois par semaine ou plus est également utile. D’une certaine manière, si nous nous organisons pour méditer avec d’autres personnes, cela a un effet bénéfique. Dans un groupe, l’intention combinée des méditants aide chaque individu. Le fait de retrouver le groupe, même si ce n’est qu’une fois par semaine, peut nous aider à maintenir notre engagement à méditer.

Une autre option consiste à prendre un peu de temps pour examiner cette résistance. Si elle se manifeste dans la méditation, ne l’évacuez pas trop rapidement, mais demandez-vous : « Qu’est-ce qui va / peut m’arriver ? » N’essayez pas de comprendre, d’analyser. Écoutez simplement et attentivement la réponse qui apparaît. Continuez à écouter, simplement. Ne rejetez aucune réponse. Les réponses qui viennent du subconscient n’ont souvent pas de sens au départ, mais de mon expérience, si nous continuons à suivre les fils sans juger, tout finit par devenir clair. Il est important, à cet égard, d’être bienveillant vis-à-vis de vous-même, tout comme vous seriez bienveillant, patient et gentil avec un petit enfant qui vous est cher. Se critiquer soi-même ne fait qu’ajouter à la difficulté.

On peut se dire : « Ces instructions sont trop nébuleuses, trop abstraites, et en plus, je ne sais pas comment faire pour lâcher prise ! » [C’est que les instructions nous indiquent une direction mais que la clarté et la compréhension n’apparaissent que dans le cheminement.] Lâcher prise est une compétence que nous devons développer. Tout d’abord, nous pouvons saisir les moments où nous lâchons prise naturellement, comme lorsque nous nous posons sur le canapé après une dure journée au travail, lorsque nous atteignons la destination de notre randonnée et faisons une pause, ou lorsque nous nous prélassons sur notre serviette à la plage. Si nous restons consciemment présents lors de ces expériences, nous pouvons voir que nous savons comment lâcher prise, mais nous devons cultiver cette capacité afin de pouvoir l’utiliser à tout moment.

La résistance peut aussi se manifester dans la crainte que le moi se désintègre ou se dissolve. Ce moi s’est donné beaucoup de mal depuis la petite enfance pour créer une structure de fonctionnement stratégique. Il peut se sentir menacé lorsqu’il s’engage dans une pratique spirituelle. Si nous nous traitons avec bienveillance, il est plus facile pour le moi de se sentir à l’aise et d’apprendre à se détendre dans le processus. Rien de négatif ne va se produire ! Nous n’allons pas nous perdre soudainement ou nous dissoudre dans le néant. Le moi finit par apprendre qu’il n’a pas besoin d’être aux commandes tout le temps. Il apprend que c’est bien de faire une pause !

La tendance à vouloir tout cloisonner est un autre problème qui peut se poser dans notre travail spirituel. Par exemple, nous pouvons placer notre pratique spirituelle dans une « case » spécifique, sans lien avec le reste de notre vie.[2]

Beaucoup de patients[3] m’ont décrit avoir eu un père violent à la maison envers sa femme et ses enfants, mais qui se comportait comme un citoyen modèle dans le monde. Les gens le trouvaient formidable. Nous pouvons nous aussi compartimenter différents aspects de nous-mêmes et présenter un visage différent à l’extérieur et à la maison. Le fait de cultiver l’ouverture et s’y reposer fait obstacle à l’hypocrisie et au cloisonnement. Le moi essaie de faire ce qui est le mieux pour nous, mais il lui manque des informations essentielles. Il a développé ses stratégies dès notre plus jeune âge. Nos convictions fondamentales sont issues de nos premières expériences. Puis nous avons continué à fonctionner sur cette base. Nous devons désormais être prêts à prendre conscience de qui nous sommes, en nous interrogeant profondément sur notre « système d’exploitation » et sur ce qui le sous-tend. Avec le temps, nous commençons à percevoir nos schémas, et lorsque nous voyons et comprenons leur nature erronée, nous pouvons les abandonner. C’est un processus qui demande du temps et de l’engagement.

A mesure que nous nous familiarisons avec la méditation, nous pouvons développer une attitude moins réactive, plus adéquate chaque fois que nous sommes confrontés à la contrariété, à l’émotion ou au désarroi De nouvelles possibilités apparaissent grâce à l’ouverture, à l’équanimité et à l’amour. Lorsque nous pratiquons l’assise, notre esprit se familiarise avec de nouvelles façons de percevoir, de nouvelles façons d’être et avec une présence plus profonde, plus intime. Lorsque notre méditation est intégrée dans notre vie quotidienne, elle se manifeste de plus en plus souvent dans le flux de nos expériences, d’instant en instant. Elle féconde et nourrit alors l’ensemble de notre vie. Nous agissons avec plus d’amour, de compassion et de sagesse.

Psychothérapeute professionnelle, Lama Palden Drolma a étudié dans l’Himalaya avec de grands maîtres tibétains, dont Kalu Rinpoché, qui l’a autorisée à devenir l’un des premiers lamas occidentaux.

[1] procrastiner : remettre sans cesse à plus tard, sans bonne raison

[2] Souvenez-vous, pour celles et ceux qui ont vu le film Zen for nothing, de la séquence où le personnage central évoque les différents cadres dans lesquels nous nous enfermons comme autant de compartiments séparés, non reliés, non intégrés.

[3] Lama Drolma est psychothérapeute.

OUBLIEZ LA COHÉRENCE

« Nos idées sur ce que devrait être la méditation ne sont que des pensées de plus. »

Ken McLeod, tricycle, 29 mars 2018

Dans la tradition du Zen Sōtō, on n’enseigne pas à compter pendant la méditation comme cela se pratique parfois dans d’autres branches du Zen. Le propos de Ken McLeod (1948), lui-même  traducteur, auteur et enseignant du bouddhisme tibétain, n’en est pas moins pertinent pour tout méditant et, singulièrement, ceux qui se posent le genre de questions abordées ci-dessous.

Un enseignant zen discutait avec un collègue au sujet d’une élève. « Je suis assez intrigué par cette élève. Je lui ai dit de se concentrer sur la respiration et de compter ses inspirations jusqu’à dix, puis de recommencer. Or, elle ne cesse de me répéter qu’elle n’arrive jamais à dépasser le chiffre de cinq avant d’être distraite. Dès qu’elle remarque qu’elle est distraite, elle recommence. Elle se dit qu’elle doit faire quelque chose de mal, vu qu’elle n’arrive jamais au-delà de cinq. Je ne comprends pas pourquoi elle pense cela ».

 Que se passe-t-il ici ?

L’élève se dit qu’elle n’y arrive pas. Elle pense probablement : « Je place mon attention sur ma respiration et je commence à compter, mais je suis distraite et je n’arrive jamais au-delà de cinq. Je dois mal m’y prendre ».

L’enseignant, lui, se dit probablement : « Elle pratique très bien. Chaque fois qu’elle remarque qu’elle est distraite, elle revient à sa respiration et recommence ».

Des malentendus comme celui-ci sont assez fréquents dans l’interaction entre enseignants et élèves. Dans le cas présent, l’élève est déterminée à atteindre un objectif tandis que l’enseignant est intéressé par sa volonté de continuer à faire un certain effort. L’élève pratique dans l’idée que si elle parvient à se concentrer sur dix respirations d’affilée, elle aura développé une certaine régularité dans sa méditation. Elle est déterminée à atteindre cet objectif. L’enseignant, lui, ne considère pas cet objectif comme important. Cinq, dix, vingt-et-une respirations – peu importe. Ce qui compte pour l’enseignant, c’est que l’élève revienne à l’attention chaque fois qu’elle constate qu’elle est distraite.

Nous pensons que la constance, la stabilité de l’esprit et l’attention soutenue sont des qualités que nous pouvons développer dans notre méditation. Mais quand je regarde de près ma propre expérience méditative, je ne trouve aucune de ces qualités. Subjectivement, ma méditation est un gâchis. Des choses surgissent tout le temps de façon inattendue. Les pensées apparaissent et disparaissent, parfois comme un troupeau d’éléphants, parfois comme des fourmis, parfois comme de la brume. Chaque émotion est une sirène qui cherche à nous envoûter.[1] Un avion passe au-dessus de nos têtes, une voiture démarre ou le système d’arrosage se met en marche. Parfois, je suis bien dans l’assise et parfois non, car je suis conscient de la chaleur, de la tension ou de l’agitation dans différentes parties de mon corps. Lorsque mon esprit est happé par l’une de ces pensées, sentiments ou sensations, je suis dans un autre monde et je ne me rends compte qu’après coup que j’ai été distrait.

J’ai cessé d’essayer d’avoir une attention constante, stable, ou même claire. Quand je remarque que mon esprit est ailleurs, je « reviens » tout simplement dans l’ici-et-maintenant. C’est tout.

Ce que je trouve dans ma pratique, c’est une capacité en constante évolution à être conscient des pensées, des sentiments et des sensations en tant que pensées, sentiments et sensations. Cette capacité à être présent est-elle constante ? Non, mais la présence semble toujours être là quand je « reviens ».

Bien que j’aie trouvé le moyen de m’asseoir chaque jour plus ou moins à la même heure, cela me demande toujours un effort. Parfois, ça va bien, parfois non, mais sait-on vraiment ce qui est « bien » ? La plupart du temps, bien semble signifier « je me sens bien ». Cela signifie-t-il que ma pratique est bonne ? J’ai remarqué que je n’apprends pas grand-chose quand je me sens bien. Mais j’apprends beaucoup quand j’ai des difficultés. Alors, quel type de bien recherchons-nous ?

Quand j’enseignais, j’étais constamment à l’affût des idées que se font parfois les pratiquants, idées qui risquent de les faire trébucher dans leur pratique. Mon propre entêtement m’avait appris combien de telles idées peuvent être problématiques, et combien il est difficile de les déloger ou de les laisser passer.

Lorsque nous avons une idée sur ce que devrait être la pratique, nous constatons presque toujours que l’expérience est différente de nos attentes, et nous supposons alors que nous avons raté quelque chose. Nous faisons davantage d’efforts. Nous essayons de corriger ce que nous prenons pour des erreurs. Nous en parlons éventuellement avec d’autres pratiquants. Certains d’entre eux semblent avoir le même problème, mais ils ne parviennent pas non plus à comprendre ce qui ne va pas. Nous pouvons parler avec notre enseignant, qui ne comprend pas non plus nécessairement notre problème ou ne pense pas qu’il soit important.

Frustrés, nous allons voir d’autres enseignants. Nous étudions différents textes et traités. Nous apprenons toutes sortes de pratiques, de stratégies, et nous sommes attentifs à un tas de « pièges ». Tout cela pour rien : notre expérience ne correspond toujours pas à idée que nous nous faisons de la pratique.

Et dans tout cela, nous ne réalisons jamais l’énormité de nos suppositions : nous pensons savoir ce que la pratique devrait être.

Pour moi, le plus difficile a été de reconnaître que mes idées et mes hypothèses sur la pratique n’étaient que des pensées – des pensées persistantes, des pensées inattaquables, des pensées qui font autorité, mais en fin de compte, de simples pensées. Peu à peu, plus par la force des choses que par une quelconque approche intelligente, j’ai appris à les reconnaître en tant que pensées. Et je peux à présent les considérer comme telles – du moins la plupart du temps.

Ce que je suggère, c’est que vous appreniez comment poser votre attention, que ce soit dans l’expérience de la respiration, dans le flux de l’expérience ou dans la conscience elle-même. Ensuite, entraînez-vous à revenir à l’attention chaque fois que vous prenez conscience que vous êtes perdu. Et alors, faites-le ! Posez votre attention et (re)posez-vous. « Revenez » et (re)posez-vous. Encore et encore. [« Il n’y a rien à faire ! » dit Joshin Sensei]

Ne cherchez pas la cohérence. Ne cherchez pas la stabilité. Ne recherchez pas la concentration, ni aucune qualité particulière. Chacun de ces éléments est une sorte de chimère qui vous conduira dans un labyrinthe de confusion.

Comme le dit Niguma, l’un des ancêtres de la tradition tibétaine Shangpa Kagyu :

 

Ne pensez pas ni à votre enseignant ni à votre pratique.

Ne pensez pas à ce qui est réel ou non réel.

Ne pensez à rien du tout.

Ne contrôlez pas votre expérience de méditation.

Restez simplement avec les choses telles qu’elles sont.

[1] Dans l’Odyssée d’Homère, Ulysse résiste au chant envoûtant des sirènes en se faisant attacher au mât de son navire tandis que les marins reçoivent l’ordre de se boucher les oreilles pour ne pas l’entendre.

Parmi les activités qui nous sont plus facilement accessibles au temps du confinement, il y a très certainement la méditation. J’aime bien le terme « assise » pour la méditation, qui suppose que l’on « se pose ». L’assise permet de « revenir à soi » plutôt que d’alimenter l’angoisse. Être au contact de notre angoisse dans la méditation n’a bien entendu rien à voir avec le fait d’être submergé par l’angoisse à longueur de journée. La pandémie qui nous touche aujourd’hui nous donne l’occasion de mieux comprendre cela et, ainsi, de mieux comprendre notre pratique. C’est pourquoi dans la série des articles que nous vous proposons dans ce contexte particulier, nous jugeons utile d’inclure des textes qui nous amènent à une réflexion sur notre propre pratique de la méditation.

MÉDITER AU TEMPS DU CONFINEMENT

Nous avons tous connu des moments où nous n’avions  aucune envie de méditer. Apprendre à travailler avec cette résistance est une partie essentielle de la maturation en tant que pratiquant du dharma. Le vrai problème n’est pas la résistance – quasi inévitable – mais la souffrance que nous éprouvons lorsque la résistance se présente.

En tant que bouddhistes, nous avons souvent une vision idéalisée de nous-mêmes. Nous nous voyons assis, quotidiennement, sur notre zafu, attentifs à ce qui se déroule « ici et maintenant », nous éveillant à la sagesse[1] et à la compassion, sans aucune distraction. C’est une image séduisante à laquelle il est très facile de s’attacher.

Cependant, cette vision illusoire nous rend vulnérables et nous risquons de nous effondrer au moindre obstacle, même le plus banal : nous oublions de méditer un jour, ou nous nous sentons trop irrités pour rester assis pendant toute la durée de la pratique, ou nous déprimons et décidons de regarder un film plutôt que de nous asseoir, etc. Au lieu de nous rappeler que nous sommes humains, nous avons le sentiment de tricher, d’être paresseux, et nous éprouvons du malaise. Cela bloque notre curiosité [notre aptitude à rester présent à ce qui est] et notre créativité, qui pourraient toutes deux nous permettre de résoudre le problème et de nous sentir mieux.

La première étape consiste à nous défaire de nos attentes irréalistes et à avoir une relation authentique avec notre méditation. Dans toute relation, il y a des hauts et des bas. Parfois, nous aimons la méditation, parfois nous sommes frustrés et nous nous demandons pourquoi nous nous donnons la peine de méditer. Il y a des périodes où nous pouvons pratiquer quotidiennement et où nous nous sentons bien, tandis qu’à d’autres moments, en raison des inévitables facteurs de stress de la vie, nous pouvons passer des jours, des semaines ou des mois à lutter pour retrouver le chemin de la pratique. Nous devons accepter que cela fasse partie du processus.

L’étape suivante consiste à cultiver la résilience, c’est-à-dire la capacité de rebondir en nous interrogeant sur notre résistance. Vous êtes fatigué(e) ? Pour le moment, vous avez peut-être plus besoin de sommeil que de méditation. Avez-vous moins de temps à consacrer à votre travail, à votre famille ou à d’autres obligations ? Peut-être avez-vous besoin pour l’instant de réévaluer le temps que vous consacrez à la méditation. Au lieu de viser vingt minutes ou une heure, pourriez-vous vous contenter de cinq minutes et considérer que cela suffit ? Vous avez des doutes ? Peut-être avez-vous besoin de parler à des amis du Dharma ou à un enseignant pour recevoir du soutien. N’hésitez pas à ajuster votre pratique à votre situation – c’est beaucoup plus humain que de vous forcer ou de vous battre.

Enfin, nous devons réduire notre attachement au coussin et nous souvenir du véritable objectif de la méditation : transformer notre esprit. Nous pouvons le faire n’importe où. (…) Nous pouvons faire preuve d’attention dans la rue ou durant les activités de la vie quotidienne – cuisiner, nettoyer, se brosser les dents.

Ces réajustements bienveillants nous permettent de développer de la compassion pour nous-mêmes et pour les autres qui vivent la même chose – et peut-être même de contribuer à un monde meilleur en aidant d’autres personnes en difficulté. Ce qui est de toute façon le but de la pratique.

D’après Mindy Newman, Tricycle, Printemps 2020

 

[1] A méditer : Wisdom inclines toward the good but is not attached to it. It shies away from what is not good, but has no aversion to it. – La sagesse (s’)oriente vers le bien mais ne s’y attache pas. Elle (s’)éloigne de ce qui n’est pas bon, mais n’en conçoit pas de l’aversion. Sayada U Teganiya

Bonjour à toutes et à tous,
Nous venons d’apprendre que Danielle Rodot, notre première conférencière, ne pourrait malheureusement pas nous rejoindre ce samedi 19 octobre pour des raisons indépendantes de sa volonté.
Après mûre réflexion, nous avons donc décidé de remplacer la conférence du matin par une période de méditation.
Si vous souhaitez y participer mais que vous n’avez encore jamais pratiqué la méditation dans un contexte zen, il vous suffit de nous prévenir lors de votre inscription. Nous vous invitons alors à venir au Centre à 10h pour recevoir quelques explications (prévoir une tenue confortable permettant de s’asseoir en tailleur).
L’intervention de Danielle est donc reportée à une date ultérieure, dans le cadre d’une journée qui sera intégralement dédiée à l’éducation.
L’après-midi, Michel Dubois, enseignant zen, nous parlera de son expérience d’aumônier bouddhiste à la prison de Fresnes (France), et plus largement de son engagement social en tant que bouddhiste.

En fin de journée, il nous fera l’amitié d’animer un « cercle de parole », tel que ceux qu’il a mis en place dans son centre de zen de Montreuil et avec les détenus. Le principe sera expliqué ce jour-là aux personnes qui le souhaitent, et libre à elles de participer ou non, bien sûr !!!

Cette journée est ouverte à toutes et à tous. N’hésitez donc pas à en parler aux personnes susceptibles d’être intéressées !

Au programme de cette première édition :

10h00 (Accueil)

10h30 – 12h00 Méditation zen (zazen)

Sur le temps de midi, nous vous proposons un lunch (sur réservation uniquement) et une promenade autour du mur d’enceinte de la prison, afin d’y découvrir deux projets artistiques soutenus par la Fondation Mons 2025 :

– Le projet poétique Ivre d’histoires, mené par Olivier Sonck avec des détenu.e.s et des habitant.e.s du quartier

– Un projet photographique réalisé par sept détenu.e.s guidé.e.s par l’artiste Mara De Sario

Mara De Sario nous fera d’ailleurs la gentillesse de venir nous présenter ce projet et de partager avec nous quelques réflexions sur cette expérience en milieu carcéral.

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14h00 – 16h00

LE MUR DE LA PRISON D’EN FACE

Michel Dubois, enseignant zen et aumônier à la prison de Fresnes

16h00 – 17h30

CERCLE D’ECOUTE ET DE PAROLE (Facultatif)

Animé par Michel Dubois

Adresse : 10, rue Roland de Lassus à 7000 Mons (1er étage)

Infos et réservations : secretariat@shikantaza.be

NOMBRE DE PLACES LIMITE

INSCRIPTION INDISPENSABLE

PAR VIREMENT de 15 €

(ou 25 € si vous prenez le lunch – réservation obligatoire !!!)

AU COMPTE BE75 0013 8686 2651 de ASBL SHIKANTAZA

AVANT LE 17 OCTOBRE

Communication : RB 19/10

Il existe de très nombreuses façons de présenter la méditation. La manière la plus répandue actuellement est d’expliquer les bienfaits qu’elle procure : méditer vous rendra moins stressé, plus calme, ou vous permettra d’obtenir tel ou tel bénéfice…
Certes, la méditation aide profondément ceux qui s’y engagent régulièrement et nous comprenons mieux, chaque jour, comment elle le peut.
Mais à l’instant où nous avons un but, nous commençons à nous crisper : soit nous avons peur de ne pas y arriver soit, à l’inverse, nous sommes excités à l’idée de relever un nouveau défi. 
Mais ces attitudes n’ont strictement rien à voir avec le geste même de s’asseoir. Au contraire, elles l’empêchent. Il serait préférable de dire d’emblée que la méditation consiste à prendre un moment pour ne rien faire. Absolument rien. On s’assoit pour rien. On reste là, simplement présent à ce qui est. C’est tout. 
Et c’est cette radicalité qui fait de la méditation un acte si profond et si novateur. 
Il faut y insister — si vous voulez méditer il faut être prêt à entrer en rapport à ce qui est là, maintenant. A ce que vous vivez. Ne cherchez rien. N’ayez aucun projet. Prenez le risque de laisser la méditation faire ce qu’elle doit faire.
Car c’est bien là l’un des renversements majeurs. Au lieu de vouloir faire que les choses soient comme nous le voulons, suivant des projets souvent limités, voire parfois malencontreux, nous laissons la pratique œuvrer en nous. 
Et étrangement, nous voyons que les fruits qu’elle nous offre ne sont pas ceux que nous avions prévus. Toute personne engagée dans la pratique découvre avec surprise comment la pratique la transforme. Et même après vingt-ans de pratique, vous serez surpris.
Méditer, c’est laisser derrière soi le projet de vouloir faire les choses de façon parfaite pour plutôt apprendre à faire confiance.

Pourquoi est-ce que je présente la méditation comme un moment où l’on ne fait rien ?

Je n’ai pas toujours présenté la méditation ainsi. J’ai un temps décrit que méditer consistait à revenir au moment présent. 
Mais malgré mes efforts pour montrer que ce geste est naturel, je voyais tellement de gens frustrés, qui se sentaient coupables d’être submergés par leurs émotions ou leurs pensées ou par quelques tensions corporelles… Ils voulaient tout de suite correspondre à l’idéal du pratiquant parfait. Et, n’y arrivant pas, ils étaient déçus.
Mais c’est l’idée même d’un pratiquant idéal qui est fausse. Méditer consiste en réalité à se relier à notre situation.
A rencontrer nos faiblesses, nos manquements — enfin tout ce qui fait une vie humaine. Du reste, l’une des meilleures manières de guérir les déceptions, les trahisons, les abus, les préjudices, les traumatismes que nous avons vécus, est d’accepter d’entrer en relation à ce qui, en nous, est blessé. On ne peut méditer que si l’on est prêt à renoncer à nos projets et idéaux. Que si on accepte de ne rien faire. De laisser être ce qui est. De rencontrer ce qui est là. De s’ouvrir à la vie.

Est-ce que ne rien faire n’est pas un acte de paresse ?

Nullement. Mais cette inquiétude très courante, mérite que l’on s’y arrête. Car elle révèle bien cette obsession que nous avons de devoir réussir quelque chose et surtout d’être volontariste (et non paresseux). Quand nous confondons l’agitation, l’occupation avec le fait de faire quelque chose pour de bon, il n’est pas du tout du certain que cette attitude soit féconde. Nous nous activons beaucoup, mais ce que nous faisons est-il vraiment important et bénéfique ? (suite du texte : fiche « Méditation (11) »)

  1. Midal, Un dimanche pour ne rien faire, À propos du dimanche 13 mars 2016

Cliquer pour accéder à Lettre-mars-2016.pdf

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