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« L’attention juste (skr : smŗti, Pāli : sati, qui signifie aussi ‘mémoire’ ou ‘attention vigi-lante’), septième aspect du Noble Sentier Octuple, est généralement décrite comme la pleine conscience du corps, des sensations, du mental et des objets mentaux,  libre de ‘tout souci mondain’. Les textes anciens décrivent la Voie comme suit :

Allant ou venant, regardant devant ou derrière soi, pliant ou étirant ses membres, portant ses robes et son bol, mangeant, buvant, mâchant ou avalant, déféquant ou urinant, marchant, étant debout ou assis, se couchant ou s’éveillant, parlant ou observant le silence, le moine sur la Voie agit avec une conscience claire.’ (Satipatthāna-sutta)

La pleine conscience est étroitement liée à ‘la garde de la porte des sens’. Face à toutes les sensations provenant des cinq sens, à toutes les activités mentales et tous les sentiments connexes, le pratiquant est censé se prémunir contre la saisie ou l’attachement – et cela n’est possible qu’en restant en permanence dans la pleine conscience.

Il est possible de ‘s’exercer’ soi-même à la pleine conscience en recourant à des formes spécifiques de méditation, la pratique de base étant la respiration consciente. Assis bien droit, les jambes croisées dans la fameuse po-sition du lotus, le pratiquant suit le flux de sa respiration : ‘Inspirant longuement, il sait que son inspiration est longue; ou expirant longuement, il sait que son expiration est longue. Si son inspiration est courte, il sait que son inspiration est courte; si son expiration est courte, il sait que son expiration est courte.’ Il est très important de ne pas réguler sa respiration, de ne pas intervenir, mais, simplement, d’observer son va-et-vient, faisant ainsi l’expérience (et l’apprentissage) de la non-saisie, du non-attachement : ‘Ainsi il demeure libre, ne s’attachant à rien dans le monde.’ Cette clarté sereine est ensuite étendue aux sentiments : ‘Ressentant une sensation agréable, un bhikkhu sait : ‘Je ressens une sensation agréable’. Ressentant une sensation douloureuse, il sait: ‘Je ressens une sensation douloureuse’’’, etc. Le pratiquant observe en pleine conscience l’apparition et la disparition des sensations agréables, désagréables ou neutres et, se contentant de les observer, il ou elle évite de s’en saisir. La pratique s’étend ensuite à l’esprit : il observe simplement l’apparition des états mentaux liés à l’avidité, la haine ou l’illusion, ainsi que ceux libres de ces aspects négatifs, sans souci de « faire » quoi que ce soit les concernant – car observer en pleine conscience, sans intervenir, c’est déjà en soi pratiquer le non-attachement censé conduire à la ‘purification’ espérée. Le Canon Pāli évoque à ce propos ‘la voie directe … qui supprime peine et chagrin, … et mène à la réalisation du Nirvāna’.

Une des méditations sur la mort consiste à considérer la brièveté de la vie à travers cette pensée : ‘Oh, si je n’avais plus qu’à vivre le temps d’une inspiration suivant une expiration ou le temps d’une expiration suivant une inspiration, je tournerais mon esprit vers les enseigne-ments du Bienheureux ! Je pourrais ainsi réaliser une grande chose.’ Quelle est cette ‘grande chose’ à réaliser dans la brièveté du dernier souffle? Pour le bouddhisme, il s’agit de vivre cette ultime respiration en pleine conscience !

Les techniques de méditation visant à cultiver la pleine conscience, particulièrement dans la respiration, ont été largement remises en honneur au XXè s. par le bouddhisme Theravāda. Ces techniques ressemblent étonnamment au zazen, le type de méditation Zen qui n’est pas basée sur la pratique des kōans, mais est décrite comme ‘seulement s’asseoir’ (lit. ‘méditation assise’). D’autres formes d’activités religieuses, telles la récitation ou la pratique de certains rituels, sont fréquemment considérées comme des supports de développement de la pleine conscience, même si tel n’est pas leur objectif immédiat. Pour la grande majorité des écoles bouddhistes, l’art de vivre au quotidien consiste à combiner pleine conscience et équanimité. »

 

P. Schmidt-Leukel, Understanding Buddhism, Dunedin Ac. Press, Edinburgh, 20124, p. 56f.

(Tr. MD)

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« L’attention juste (sati) est le fruit du samadhi[1]. Dans le samadhi, l’esprit parvient à apprécier toutes les choses en se focalisant sur elles. Dans l’attention juste, le sati, nous nous contentons simplement d’apprécier toutes les choses. Aucune concentration  particulière de l’esprit n’est nécessaire. L’attention juste est le miracle qui transforme chaque aspect de la vie.

La plupart des gens passent à côté du meilleur de leur existence, qui est à portée de leurs mains alors qu’ils sont occupés à faire autre choses. Nous arrivons à notre travail le matin après avoir traversé un certain nombre d’événements intéressants, voire même dangereux, comme de se frayer un passage dans une circulation intense, l’esprit ailleurs durant tout le trajet. Il s’est focalisé sur d’autres choses – emploi du temps, rêves, réminiscences, détente, etc.

L’attention juste consiste à harmoniser l’esprit avec le corps, et non l’inverse. En règle générale, quand nous allons quelque part, l’esprit y arrive avant le corps. Dans la pratique de l’attention juste, l’esprit reste là où se trouve le corps, et le corps demeure accaparé par l’esprit. Au début, cela implique de ralentir son rythme. Ainsi, l’attention juste, c’est être là, sans penser à rien de particulier. Elle ne se fixe pas sur des objets particuliers, mais elle demeure un samadhi : le samadhi du moment présent.

Quelle est la chose la plus importante que vous ayez à faire dans votre vie ? C’est celle que vous faites en ce moment même. Quoi que vous fassiez, si vous ne vivez pas pleinement ce moment, alors vous avez perdu une occasion qui ne se représentera jamais. Vécu pleinement, ce moment est un moment d’illumination complète. Si on le traverse dans un nuage, alors il ne s’agira que d’une autre période de brouillard.

Qui est la personne la plus importante dans votre vie ? C’est celle qui se trouve avec vous en ce moment même. Peut-être a-t-elle besoin de votre aide, ou de votre caractère paisible ? Peut-être a-t-elle besoin d’un mot de vous, ou bien de votre écoute ? Peut-être a-t-elle besoin que vous vous interdisiez toute intrusion dans sa vie ? Quels que soient ses besoins, cette personne est la plus importante de votre vie. C’est cela l’attention juste. »

 

David Brazier, Bouddhisme et psychothérapie, JC Lattès, 2000, pp. 84-85


[1] « Samādhi (sk . et pal.), … , jap. zanmai, sanmai: “recueillement”, “absorption méditative”. Terme générique qui distingue tout état de méditation profond obtenu après la stabilisation de l’esprit, lorsque celui-ci demeure focalisé sur un seul point ou sur un objet unique, et que les notions de « sujet » et d’ « objet » s’évanouissent. On ne peut donc plus parler vraiment de « concentration de l’esprit sur son objet » puisque seule demeure l’expérience méditative elle-même. L’état de samādhi mène au stade des différents dhyāna. » (Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Seuil, Paris, 20062, p. 499 – Note MD) Les quatre dhyāna correspondent à des stades de progression dans le samādhi.

 Pouvez-vous définir la pleine conscience et expliquer comment nous nous interrompons tant de fois dans notre pratique ?

– Dans ma langue « pleine conscience » se dit « chánh niêm ». La pleine conscience signifie que vous êtes vraiment présent dans l’instant. Lorsque vous mangez, vous savez que vous êtes en train de manger. Lorsque vous marchez, vous savez que vous êtes en train de marcher. L’opposé de « la pleine conscience » est « l’oubli ». Vous mangez mais vous n’en savez rien, votre esprit est ailleurs. Lorsque vous ramenez votre esprit à ce qui se passe dans l’ici et le maintenant, c’est de la pleine conscience, et la pleine conscience peut vous apporter beaucoup de vie, de plaisir et de joie. Par exemple, si vous avez une orange et si vous savez comment passer du temps dans la pleine conscience avec votre orange, le plaisir que vous aurez à la manger sera un millier de fois plus grand que si vous mangez votre orange tout en pensant à d’autres choses ou en vous tracassant pour d’autres choses ou en vous laissant enfermer dans votre colère ou votre désespoir. La pleine conscience est ainsi cette énergie qui vous aide à être avec ce qui est là, quelle que ce soit cette chose. Supposons que nous entendions un bruit. Vous pouvez choisir d’utiliser le bruit comme objet de pleine conscience. « En inspirant, je sais qu’il y a beaucoup de bruit et en expirant, je souris à ce bruit ». Je sais que les personnes qui font du bruit ne sont pas toujours en paix et je ressens de la compassion pour elles, ainsi, si vous pratiquez la respiration consciente et que vous utilisez la souffrance qui est là comme objet de votre pleine conscience, vous pouvez aider l’énergie de la compréhension et de la compassion à s’éveiller en vous. Au cours d’une retraite, une femme se plaignait parce que sa compagne de chambrée ronflait et cela l’empêchait de dormir. Elle s’apprêtait à prendre son sac de couchage et à aller dans la salle de méditation lorsqu’elle se souvint soudain de mon enseignement et décida de rester et d’utiliser le bruit comme cloche de la pleine conscience pour faire naître en elle la compassion : « En inspirant, je suis consciente du ronflement, en expirant, je lui souris ». Dix minutes plus tard, elle dormait profondément. C’était merveilleux.

 

Thich Nhat Hanh, http://www.buddhaline.net/L-art-de-maitriser-une-tempete

 

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