Sukkha (sanscrit, pali) est parfois traduit en français par bonheur. En réalité, il s’agit d’un des états mentaux associés à l’absorption méditative. Dans ce sens, on le traduit généralement par ‘joie’, ‘félicité’, etc. Il n’y a en fait pas de mot sanscrit ou pali pour traduire le mot ‘bonheur’ tel que nous l’entendons couramment, et qui correspond plus ou moins à la satisfaction de nos désirs les plus divers. « Ah, si je pouvais m’offrir une maison à la montagne … » ou « Ah, si je rencontrais l’âme sœur, qu’est-ce que je serais heureux ! ». Le seul mot disponible en sanscrit est sukkha, qui étymologiquement ne signifie pas vraiment ‘bonheur’, mais plutôt ‘absence de souffrance’. Le ‘bonheur’, en sanscrit, c’est l’absence de souffrance.

Le choix du bonheur

« Être heureux, d’après moi, c’est souffrir moins. Sans transformation de la souffrance intérieure, le bonheur reste inaccessible.

Bon nombre de gens le recherchent à l’extérieur d’eux-mêmes, mais le véritable bonheur ne peut venir que de l’intérieur. Notre culture nous enseigne que le bonheur est déterminé par la richesse, le pouvoir et la position sociale. Cependant, si l’on observe de près la vie des gens riches et célèbres, on s’aperçoit que la plupart ne sont pas heureux et finissent souvent par mettre fin à leurs jours.

Le Bouddha, les moines et les nonnes de son temps, ne possédaient que trois robes et un bol. Mais ils étaient très heureux, parce qu’ils disposaient de quelque chose d’extrêmement précieux : la liberté.

Selon les enseignements du Bouddha, la condition essentielle au bonheur est la liberté, non pas sur le plan politique, mais sur celui de l’être profond. Il s’agit de se libérer de ces constructions mentales que sont la colère, le désespoir, la jalousie et l’illusion. Le Bouddha les considérait comme des poisons qui, lorsqu’ils subsistent dans nos cœurs, rendent le bonheur impossible.

Pour se libérer de la colère, il faut pratiquer, que l’on soit chrétien, musulman, bouddhiste, hindou ou juif. Nous ne pouvons demander au Bouddha, à Jésus, à Dieu ou à Mahomet d’extirper la colère de notre cœur à notre place. Il existe des instructions précises sur le moyen de transformer l’avidité, la colère et la confusion qui nous affectent. En suivant ces instructions et en apprenant à maîtriser notre souffrance, nous pourrons aider les autres à faire de même. »

 

Thich Nhat Hanh, La colère, POCKET, 2002, p. 7 s.