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Du 29 juillet au 3 août 2006, Lama Puntso et Lama Shédroup ont proposé au centre bouddhiste Karmapa un programme sur les émotions : « Transformer nos émotions en sagesse ». Interview de Yasmine Kaplun

YK : Lama Shédroup, pourquoi avoir choisi avec Lama Puntso, le thème des émotions perturbatrices comme sujet d’un enseignement de 6 jours ?

Lama Shédroup : Car ce sont les voiles qui nous empêchent de voir les choses comme elles sont, c’est un filtre qui fait partie des raisons qui nous empêchent d’atteindre l’éveil.

Les émotions nous font croire que telle est la réalité. Il s’agit d’un thème classique de l’enseignement du Bouddha.

C’est un enseignement qui touche tout le monde, les débutants comme les bouddhistes avancés.

Beaucoup de personnes sont démunies face à leurs mouvements émotionnels. Dans l’enseignement du Bouddha, il y a une vision sur les émotions qui nous permet de reconnaître, de travailler avec elles et d’aboutir au lâcher prise.

Dans l’enseignement du Bouddha le “lâcher prise” est le résultat d’un entraînement.

L’enseignement du Bouddha demande une vraie mise en pratique par chacun, pas seulement une compréhension intellectuelle.

YK : Vous avez une façon très moderne et très pratique de présenter l’enseignement du Bouddha qui est pourtant fort ancien.

Lama Shédroup : Tout un chacun ne peut adapter les textes, cela nécessite de bien connaître les textes de base puis de les transmettre dans le monde actuel.

YK : Lama Shédroup, n’est-ce pas illusoire de vouloir se détourner de toute émotion négative afin de ne garder que les positives ?

Lama Shédroup : Notre tendance à classer les émotions en “bonne” ou “mauvaise” émotion n’entre pas dans la vision bouddhiste. Ce qui importe c’est de savoir si l’émotion nous apporte plus ou moins d’harmonie, plus ou moins de souffrance.

Le travail sur les émotions est progressif. Première étape : reconnaître les émotions perturbatrices qui nous entraînent vers la souffrance puis étudier la nature de l’émotion, ce qui ne veut pas dire la supprimer ou la rejeter. Juste essayer de ne pas se laisser emporter par cette dernière.

Par exemple, la colère s’élève en moi, je ne la vois pas, elle se développe comme une agressivité latente. Si je n’ai aucun entraînement, je suis victime de l’émotion.

Si je la détermine et la reconnais avant qu’elle n’apparaisse sous une forme violente, peut-être pourrai-je l’arrêter et apaiser l’émotion.

Calmer son esprit ne veut pas dire être neutre ou ne rien ressentir, cela veut dire seulement de réa-gir avec sagesse. Il ne s’agit pas de ne plus avoir de colère mais d’entrer en relation différemment avec cette dernière.

YK : Ne serait-ce pas un peu comme tendre la joue gauche quand on vous gifle la joue droite ?

Lama Shédroup : L’éveil ne consiste pas à avoir un comportement figé de non réaction automa-tique mais plutôt de reconnaître l’émotion et d’avoir le choix. Quelle est la meilleure façon de réagir pour soi, pour les autres dans la situation donnée ?

Il n’y a pas de réponse stéréotypée dans le bouddhisme, si on estime que cela est juste dans la situation, alors on tendra la joue gauche, si on estime, au contraire que la situation requiert une claque en retour, alors ce sera l’action juste sur le moment. Ne nous attachons pas aux principes moraux. À chaque situation correspond une réaction différente juste. Chaque situation est unique, avoir une réflexion dans l’instant, un recul et adopter la meilleure réaction pour soi et pour les autres, voilà le message.

YK : Combien de fois n’avons-nous pas tenté de ne plus entrer dans la colère ? Cela s’avère en réalité bien difficile. Que pouvez-vous nous dire sur la réalisation de ce vœu ?

Lama Shédroup : La pratique spirituelle est un long entraînement, il faut du temps, il s’agit de ne pas se décourager et de s’entraîner pour le futur, ne pas relâcher son entraînement, échanger avec d’autres personnes qui suivent également ce chemin.

http://www.meditationfrance.com/archive/2006/1005.htm

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L’éthique est le fondement de tout développement,

que ce soit dans la vie professionnelle

ou dans une démarche spirituelle.

 

« Parler du bouddhisme et de la vie professionnelle, nous met naturellement face à une première ambiguïté. Le bouddhisme est une voie de libération de la souffrance par un profond travail d’introspection alors que le but de l’entreprise est de produire des biens ou des services ; pour survivre et se développer, elle cherche à créer de la valeur en générant du profit. Pour le dire sans nuance : alors que l’un questionne le désir, l’autre cherche à le nourrir. Comment ces deux-là peuvent-ils se rencontrer et collaborer utilement ?

La pratique bouddhiste a plusieurs perspectives. Une des façons de la définir est de l’aborder en termes des trois entraînements : l’éthique, la méditation et le discernement. L’éthique peut se résumer au fait de ne pas nuire, individuellement ou collectivement. La méditation consiste à dévoiler la lucidité et la clarté de l’esprit, et à le pacifier. Quant au discernement, il permet de voir les situations telles qu’elles sont, le jeu de causes et de circonstances. Le Bouddha a enseigné ces trois entraînements pour permettre à chacun de dissiper la maîtrise ou l’ignorance qui nous caractérise tous et qui est la cause première de notre insatisfaction, de notre souffrance.

Une autre perspective de la pratique bouddhiste, outre le processus de libération, consiste à ‘embellir le monde’ c’est-à-dire de mettre en œuvre des moyens pour générer des circonstances favorables aux humains, de leur procurer de meilleures conditions de vies. En ce sens, on peut trouver dans le bouddhisme des valeurs et des méthodes qui permettent un mieux vivre dans l’entreprise et, surtout, de développer une dimension éthique de façon très concrète dans l’organisation et dans les relations tant en interne que vers l’extérieur. Il s’agit de faire de notre vie professionnelle une démarche éthique. C’est l’éthique qui est le fondement de tout développement, que ce soit dans la vie professionnelle ou dans une démarche spirituelle. Ainsi, j’ai rencontré, dans mes interventions en entreprise, des équipes managériales dont la préoccupation était de maintenir un appareil de production générant du profit, mais qui ne dérogeait pas à l’éthique à tous les niveaux : qualité du produit, qualité de vie dans l’entreprise et respect du client. C’était pour eux, un défi quotidien.

La vision que propose le bouddhisme et les méthodes qui y sont associées sont applicables pour qui veut améliorer la vie au travail. Il ne s’agit pas d’avancer masqué, mais il est inutile de poser un label ‘bouddhiste’ sur une approche qui, finalement, est une façon profondément humaine et lucide d’aborder les situations. S’inspirer des enseignements du Bouddha est une chose, devenir bouddhiste en est une autre.

Il me semble que ce n’est pas trahir une transmission authentique vieille de 2600 ans que de s’en inspirer pour permettre aux humains de devenir plus humains. L’erreur consisterait à prendre l’un pour l’autre et à réduire le bouddhisme à un développement personnel. Les deux ont leur raison d’être. »

Lama Puntso, Bouddhisme et vie professionnelle, regard bouddhiste 06, pp. 27-28

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