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« Contrairement aux idées reçues de certains commentateurs occidentaux, l’enseignement de la Terre pure ne représente pas une dérive monothéiste du bouddhisme. Car il se situe exclusivement dans le cadre du Grand Véhicule et, à ce titre, ignore toute interprétation qui ferait du Buddha Amida un souverain suprême (ishvara). En ce sens, le bouddhisme de la Terre pure est donc tout aussi athée (aishvarika) que le reste du bouddhisme. L’établissement par Amida de sa terre pure et la naissance des êtres en ce champ de buddha se déroulent exclusivement dans le cadre de la loi du karma, autrement dit de la chaîne de réaction des causes et des effets des actes. Comme l’explique le maître chinois Tanluan (476-542), la Terre pure est pure parce que les vœux et les pratiques du futur Amida, du temps où il était bodhisattva, étaient purs également.

Pas plus qu’aucun autre buddha, Amida n’est capable de modifier le karma établi des êtres. Par contre, conformément à l’idéal de bienveillance et de compassion du Grand Véhicule, il leur fournit un cadre et une méthode leur permettant de réaliser l’éveil, même pour les plus incapables d’entre eux. Les textes canoniques décrivent ainsi Amida comme un instructeur dans sa terre pure, mais jamais comme un juge ni même comme un sauveur. Car, si les êtres dans l’illusion commettent des fautes, c’est toujours au sens de la loi du karma, et elles ne sauraient donc être tenues pour des péchés, puisque ceux-ci supposent la désobéissance à une volonté divine. C’est pourquoi la notion d’une grâce de pardon ne s’applique pas non plus à Amida, ni à son œuvre.

En tant que champ de buddha, la Terre pure elle-même ne saurait être qualifiée de paradis (svarga), comme on le voit encore trop souvent dans les ouvrages occidentaux. Car dans le bouddhisme, ce terme sert exclusivement à désigner les multiples séjours des dieux (deva), répartis en pas moins de vingt-sept paradis. Mais ces derniers font encore partie du cycle des naissances et des morts : malgré la longévité incommensurable qu’ils peuvent goûter dans leur paradis, les dieux finissent tous par mourir pour renaître dans l’une des cinq autres destinées[1]  du cycle des naissances et des morts, que ce soit celle des hommes, des titans, des esprits affamés, des animaux ou des enfers. En outre, le bonheur réalisé dans la Terre pure n’a rien de commun avec le bonheur « extérieur », qui est celui des sens ; il n’est pas plus de bonheur « intérieur » goûté par les moines que leurs méditations auraient fait naître dans l’un des paradis des dieux. Le bonheur de la Terre pure est dit « bonheur de la Loi », car c’est le bonheur impérissable du nirvâna, né de la sagesse qui perçoit la vraie nature des choses. Bref, d’une manière générale, la Terre pure d’Amida est définie comme étant au-delà du cycle des naissances et des morts. »

Jérôme Ducor, Shinran, Un réformateur bouddhiste dans le Japon médiéval,

Infolio éditions, 2008, p. 25-27

 

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalamma Sutta.


[1] Cf. Entrée “Roue de la vie”

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