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« Cet été-là, on déplora plusieurs suicides au monastère de Vesali. L’Éveillé en demanda les causes et apprit que ces moines avaient manifesté une forte aversion envers leur corps et s’étaient montré las de vivre après une méditation sur la nature impermanente et corruptible du corps.

Fort attristé, le Bouddha convoqua une assemblée de tous les bhikkhus et déclara :

– Bhikkus, nous méditons sur l’impermanence et la disparition de tous les dharmas afin d’en discerner la véritable nature et ne plus être leur esclave. L’Illumination et la Libération ne peuvent être atteintes en échappant au monde mais en regardant en profondeur la véritable nature de tous les dharmas. Ces frères n’ont pas compris cela et ont commis l’acte insensé de s’enfuir. Ils ont violé le précepte intimant de ne pas tuer.

Bhikkhus, une personne libérée ne s’attache ni ne ressent de dégoût envers les dharmas. L’attachement et l’aversion sont deux entraves qui nous lient. Une personne libre les transcende afin de demeurer dans la paix et le bonheur et ne se cramponne pas à des vues limitées sur l’impermanence et le non-soi. Bhikkhus, étudiez et pratiquez l’enseignement intelligemment dans un esprit de non-attachement.

Et le Bouddha leur enseigna la pratique de la respiration consciente pour les aider à se régénérer. »

 

Thich Nhat Hanh, Sur les traces de Siddharta, POCKET, pp. 327-328

« Quarante-deux tibétains se sont immolés par le feu depuis mars 2011 » en guise de protestation contre la répression chinoise annonce en page 16 le journal Le Soir du 15 août 2012.

Comment ce geste extrême est-il perçu par le bouddhisme ?

« Comme toutes les institutions, écrit Bernard Faure, le bouddhisme resta ambivalent envers (…) le suicide – ou cette forme particulière de suicide que consiste le « don de soi » ou auto-immolation.

De nombreux textes canoniques condamnent le suicide (…). On trouve pourtant, dans le premier bouddhisme comme dans le Grand Véhicule, divers cas de suicides qui semblent plutôt faire l’objet d’une approbation silencieuse, quand il ne s’agit pas d’une approbation marquée. (…) Les Jatakas ou « Vies passées du Buddha » contiennent ainsi de nombreuses légendes dans lesquelles le futur Buddha se sacrifie pour sauver un être vivant. »

 Bernard Faure rapporte un peu plus loin les propos de deux bouddhistes éminents, Walpola Rahula et Thich Nath Hanh, concernant les suicides protestataires de moines et de nonnes en 1963, dans le contexte de la guerre du Vietnam. Pour Walpola Rahula, « un tel acte, tout héroïque qu’il soit, est en désaccord avec la doctrine « authentique » du Buddha ». Thich Nath Hanh quant à lui « oppose d’une part le suicide ordinaire, acte d’autodestruction résultant du désespoir ou d’un désir de non-existence, et à ce titre condamné par le bouddhisme ; et d’autre part l’immolation par le feu, fondée sur la compassion et non sur un désir de non-existence. »

 « A première vue, ajoute Bernard Faure, l’immolation de soi-même ressemble beaucoup à un suicide. Comment s’expliquer qu’elle ait pu connaître une telle vogue dans le bouddhisme ?

Le terme « auto-immolation » est employé de préférence à celui de « suicide » pour souligner le caractère religieux d’un acte qui s’inscrit dans une longue tradition. Parmi les plus célèbres exemples de « don de soi » ou de suicide religieux commis par altruisme, on peut mentionner le cas où le bodhisattva [le futur Buddha], s’étant réincarné en lièvre dans une lointaine vie antérieure, se jette dans le feu pour nourrir un ascète affamé. »

 Concernant les auto-immolations qui se sont multipliées au Tibet entre mars 2011 et août 2012, le tibétologue américain Robert Barnett explique dans le même article du Soir cité plus haut : « Les immolations se sont développées comme une forme de protestation politique parce que les autres modes de contestation ont échoué. Si une manifestation connaît des débordements, elle offre une occasion supplémentaire aux Chinois de réprimer les contestataires. En retournant la violence contre eux seuls, les Tibétains ont trouvé un moyen de protester en évitant tout dommage collatéral. »

Citations :

Céline Zünd, Pourquoi les Tibétains s’immolent-ils ? in : Le Soir, 14-15 août 2012 ;

Bernard Faure, Bouddhisme et violence, Paris, Le Cavalier Bleu, 2008, p. 103-111

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