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«  Dès lors que s’opère la rencontre avec le maître, et avec la voie dans toutes ses manifestations, nous allons de découverte en découverte. Et l’une des grandes missions d’un maître – si ce n’est la plus grande mission -, c’est de nous amener à trouver notre propre maître intérieur. C’est-à-dire de nous permettre d’accéder à cette dimension de notre intériorité qui n’est autre que le maître qui est en nous. Le maître qui nous guide sur la voie du Bien évite ainsi que nous le considérions comme autre chose qu’un serviteur, ou comme celui qui exerce la lieutenance divine. Cette théophanie de Dieu dans le maître (tajalliyât, en arabe) présenterait en effet un danger certain, car le disciple pourrait céder à la tentation de l’idolâtrie, et se livrer à une fascination sans limite. La vraie mission d’un maître consiste donc aussi à nous entraîner non pas vers une vénération de lui-même pour lui-même, mais à opérer en nous une ouverture intérieure qui seule permet que grandisse notre amour pour lui.

C’est ainsi qu’un disciple manifeste souvent vis-à-vis du maître un amour spirituel dont l’intensité peut inspirer une certaine incompréhension. Et cet amour peut paraître d’autant plus surprenant que le maître reste un homme en tous points semblable aux autres hommes. Il m’est arrivé de rencontrer au Maroc de grands théologiens et intellectuels qui ne comprenaient pas que leurs confrères, aussi réputés qu’eux-mêmes, pussent concevoir une admiration sans limite pour mon maître, lui qui, à leurs yeux, ne semblait pas posséder des qualités exceptionnelles.

Un maître spirituel reste tel qu’en lui-même, il ne joue pas de rôle, il ne compose pas ; il adapte son comportement en fonction des besoins propres à chaque situation ; dans telle situation il peut être conduit à parler, cependant que dans telle autre il gardera le silence, même si certains disciples souhaitent entendre des propose venant de lui… En fait, la communication essentielle se situant au niveau de ce que nous appelons le cœur à cœur, son intention n’est jamais de satisfaire à l’image que les autres attendent de lui. Dans une relation de maître à disciple, une alchimie secrète permet en effet que la perception que nous avons de notre maître évolue, grâce à la vision qui nous est donnée de son intériorité, c’est-à-dire de ce qui constitue en propre sa réalité spirituelle. »

Faouzi Skali, Le face à face des cœurs, Le Relié, 1999, pp. 40-1

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