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« Aime ton ennemi »

« Dans toutes les grandes religions, l’éthique de la compassion est un magnifique chemin de développement spirituel : le croyant laisse de côté l’égocentrisme et approfondit son enracinement dans une vie plus compatissante. Ce processus est présent dans tous les enseignements – parfois plus explicitement ici que là. Par exemple, quand quelqu’un vous fait du mal, il y a l’étape initiale où l’on ne rend pas coup pour coup. C’est l’éthique de la retenue. La deuxième étape, c’est quand on pardonne pleinement cet acte à notre encontre. Et au-delà du pardon, il y a la possibilité d’une compassion ou d’un amour actif pour l’agresseur.

Ce principe est magnifiquement illustré dans cette autre parole célèbre de Jésus :

Il a été dit : œil pour œil, dent pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui l’autre aussi. Si quelqu’un veut te citer en justice pour avoir ta tunique, abandonne-lui aussi ton manteau. Si quelqu’un veut te contraindre à faire un mille avec lui, fais-en deux. Donne à qui te demande, et n’esquive pas celui qui veut t’emprunter.

Il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu pourras haïr ton ennemi. Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis [faites du bien à ceux qui vous haïssent], priez pour ceux qui vous [maltraitent et vous] persécutent. (Matthieu, 5:38-44)

Quand je pense à ce passage des Évangiles, je me souviens d’une rencontre avec mon cher collègue Lopön-la, moine au monastère Namgyal dans le palais Potala. Après la chute du Tibet en 1959, Lopön-la fut emprisonné par la Chine pendant dix-huit ans. Mais il put finalement émigrer en Inde en 1980. Comme nous nous étions connus au Tibet, nous nous retrouvions parfois autour d’un thé pour discuter. Il me raconta qu’en deux ou trois occasions, il s’était vraiment senti en danger. En danger de mort, pensai-je, et je lui demandai : « Quelle sorte de danger ? » Il me répondit : « Celui de perdre ma compassion envers les Chinois. » Quand j’entendis cette réponse, je m’inclinai simplement. Il n’est pas étonnant que certains Tibétains se soient mis en colère contre les communistes chinois qui les ont privés de leur pays, de leur liberté, de leur joie de vivre et de leur pratique spirituelle traditionnelle. Moi-même, j’ai ressenti de la colère en entendant toutes ces terribles histoires d’abus et de tragédie dont ont souffert les Tibétains en fuite dans l’Himalaya. Mais le chemin de la perfection spirituelle n’est pas celui-là… et réagir ainsi ne fait que perpétuer le cycle des souffrances, comme le bouddhisme pourrait le dire. L’histoire de Lopön-la, que j’adore raconter, est un témoignage extraordinaire : il nous enseigne qu’il est possible de vivre selon l’éthique de la compassion, même dans les circonstances les plus pénibles. »

Le Dalaï-Lama, Islam, Christianisme, Judaïsme… Vers la Fraternité des religions,  Éditions J’ai lu, 2011, pp. 144-146 / Traduction de l’anglais (USA) : Julien Thèves

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« J’essaie d’indiquer ici qu’il existe un grand débat sur la nature exacte de l’éveil. Fondamentalement, du point de vue bouddhiste, la nature de la libération véritable et de la liberté spirituelle doit être comprise comme une qualité de l’esprit, une liberté à l’encontre des aspects négatifs et de la pollution de l’esprit.

Selon Chandrakirti, célèbre maître indien de l’école de la Voie du Milieu, la libération ou la délivrance véritables ne peuvent survenir que sur la base de la compréhension de la nature ultime de la réalité, c’est-à-die la vacuité. Nous nous trouvons ici en présence d’une conception plus fine du nirvana, émergeant d’une profonde compréhension de la vacuité. C’est l’intuition de la nature ultime de la vacuité qui permet d’éliminer la pollution mentale. De surcroît, notre ignorance de cette nature ultime de la réalité se trouve à la racine de nos méconnaissances, de nos confusions et de nos illusions. Finalement, c’est la vacuité de l’esprit en son état parfait qui représente la vraie libération. Ainsi, la base de la vraie libération est la vacuité ; l’illumination par laquelle nous éliminons nos confusions est celle de la vacuité. Le stade final, parfait, grâce auquel nous obtenons la libération est la vacuité de l’esprit.

Lorsque nous disons que la nature ultime de l’esprit est la libération, nous n’évoquons pas la nature ultime de l’esprit en général, mais le stade auquel l’individu parvient en surmontant les polluants et les aspects négatifs de son esprit. La délivrance véritable comporte deux dimensions : l’une, la libération totale à l’égard des polluants mentaux, et l’autre, la libération totale de l’existence inhérente. Nous pouvons l’illustrer par le premier verset de la Sagesse fondamentale de la Voie du Milieu (Mulamadhyama-kakarika) de Nagarjuna[1] :

 

Je me prosterne devant le Bouddha Parfait,

Le meilleur maître, qui enseigna que

Tout ce qui est dépendant-émergeant est

Incessant, non né,

Non annihilé, non permanent,

Sans aller ni venir,

Sans distinction, sans identité,

Libre de construction conceptuelle.

 

Nagarjuna rend hommage au Bouddha en disant que le Bouddha a enseigné le principe de la dépendance originelle et de la vacuité. Il décrit la délivrance comme la pacification totale de toute élaboration conceptuelle ; quand toute élaboration conceptuelle sera pacifiée, il y aura une délivrance véritable. »

 

SS le Dalaï-Lama, Transformer son esprit, Le Livre de Poche, 2002, pp. 61-62


[1] Autres traductions (note MM)

« Hommage aux bouddhas / Qui, enseignant l’interdépendance / – Pas de mort ni de naissance, / Ni néant ni éternité, / Ni arrivée ni départ, / Ni identité ni différence -, / Apaisent les fixations. » (Stephen Batchelor, Versets jaillis du centre, Kunchab 2002, p. 67)

« Sans rien qui cesse ou se produise, sans rien qui soit anéanti ou qui soit éternel, sans unité ni diversité, sans arrivée ni départ, telle est la coproduction conditionnée, des mots et des choses apaisement béni. Celui qui nous l’a enseignée, l’Éveillé parfait, le meilleur des instructeurs, je le salue. » (Guy Bugault, Stances du milieu par excellence, Gallimard 2002, p.35)

Extrait du commentaire de Guy Bugault : « Ces stances … commencent  abruptement par ce que les exégètes chinois ont appelé les huit « non » de Nagarjuna. Il s’agit plus exactement de quatre paires de (dé-)négations, conduisant à un rejet de la pensée dualisante et des dichotomies mentales. (…) Mais il y a plus (…) : la coproduction conditionnée est assimilée à une non-production (…) Or, c’est cela qui intéresse Nagarjuna : l’Instructeur qu’il célèbre est moins celui qui a prononcé le Sermon de Bénarès que celui qui a révélé la doctrine de la coproduction conditionnée, aspect le plus profond de la deuxième noble vérité. » (G.B., ibidem, pp. 35-36)

« L’un des faits les plus probants de l’histoire multiconfessionnelle de l’Inde est la quasi-absence de guerres explicitement interreligieuses pendant plusieurs millénaires. Après sa fameuse conquête de Kalinga, le premier empereur indien Ashoka embrassa la foi bouddhiste. Mais il fit en sorte que l’État lui-même demeure pleinement tolérant envers les trois grandes religions indiennes de l’époque : le bouddhisme, le jaïnisme et l’hindouisme. Dans sa cour, comme parmi ses principaux ministres, il y avait des membres des trois grandes religions. Tout l’héritage de l’exemplaire tolérance indienne en matière religieuse est contenu dans le douzième édit d’Ashoka, gravé sur la pierre avant le début de notre ère. »

S.S. le Dalaï-Lama, Islam, Christianisme, Judaïsme, Paris, J’ai lu, 2011, p. 52-53

Douzième édit d’Asoka :

« Le roi ami des dieux au regard amical honore toutes les sectes, les samanes et les laïques, tant par des libéralités que par des honneurs variés. Mais ni aux libéralités ni aux honneurs l’ami des dieux n’attache autant de prix qu’au progrès dans l’essentiel de toutes les sectes. Le progrès de l’essentiel est de diverses sortes : mais le fond, c’est la retenue du langage, de façon qu’on s’abstienne d’honorer sa propre secte ou de dénigrer les autres sectes hors de propos ; et dans telle ou telle occasion, que ce soit légèrement. Il faut même rendre honneur aux autres sectes à chaque occasion. En faisant ainsi, on grandit sa propre secte en même temps qu’on sert l’autre. En faisant autrement, on nuit à sa propre secte en même temps qu’on dessert l’autre.

Quiconque en effet rend honneur à sa propre secte ou en dénigre une autre, toujours par foi à sa propre secte, dans l’idée de la mettre en bonne lumière, celui-là au contraire nuit le plus à sa propre secte. C’est la réunion qui est bonne, de façon qu’on écoute la Loi les uns des autres et qu’on y obéisse.

C’est là en effet ce que veut l’ami des dieux, pour que toutes les sectes soient instruites et enseignent à bien agir. Partout les dévots doivent dire : l’ami des dieux n’attache ni aux libéralités ni aux honneurs autant de prix qu’au progrès dans l’essentiel de toutes les sectes.

Nombreux sont ceux employés à cet objet ; surintendants de la Loi, surintendants surveillants des femmes, préposés aux fermes, et d’autres corps d’agents. Le résultat en est le progrès de la secte propre à chacun et la mise en lumière de la Loi. »

Jules Bloch, Les inscriptions d’Asoka, Paris, Les Belles Lettres, 2007,

p. 121-124 (Traduction 1943)

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalamma Sutta.

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