You are currently browsing the tag archive for the ‘Pardon’ tag.

‘Pardonner n’est pas excuser, mais

abandonner la soif de vengeance.’

 

« Lorsqu’on évoque l’idée du pardon, il faut établir une distinction entre punition et vengeance. La société a le devoir de protéger ses membres, mais elle n’a pas le droit de se venger. Tuer est un mal absolu, qu’il s’agisse de meurtre ou d’exécution légale. Punir devrait consister à neutraliser et à empêcher de nuire, ce qui n’implique ni la vengeance ni les représailles. Riposter revient à retourner la haine contre l’agresseur, perpétuer la fureur sous le couvert de la justice. Au contraire, il y a une grande dignité à considérer les criminels sans se laisser submerger par la haine. Répondre au mal par la fureur et la violence est souvent envisagé comme une réaction courageuse, voire héroïque. Mais le vrai courage, c’est ne pas réagir par la haine. En 1998, un couple d’Américains se rendit en Afrique du Sud pour assister au jugement de cinq adolescents qui avaient sauvagement assassiné leur fille dans la rue. Ils regardèrent les meurtriers droit dans les yeux et leur dire : ‘Nous ne voulons pas vous faire ce que vous avez fait à notre fille.’ De même, le père de l’une des victimes de l’attentat à la bombe d’Oklahoma déclara la veille du verdict : ‘Je ne veux pas d’un mort de plus.’ Il ne s’agissait pas de parents insensibles. Ils avaient parfaitement compris l’inutilité de l’enchaînement de la haine. Ainsi, pardonner n’est pas excuser mais abandonner la soif de vengeance. Celle-ci ne peut réparer le mal commis ni en diminuer l’intensité a posteriori. Elle ne fait que provoquer davantage de tourments. Elle conduit à détruire à son tour, à nuire. En fin de compte, tout le monde est perdant. La paix intérieure aussi bien qu’extérieure vole en éclats. Le Dalaï-lama dit souvent que ni lui ni la majorité de son peuple n’éprouvent de haine envers les Chinois. C’est un exemple exceptionnel de pardon individuel et collectif, si l’on sait que l’invasion chinoise au Pays des Neiges et les persécutions ultérieures ont coûté la vie à un million de Tibétains sur les six millions existants. »

 

Mathieu Ricard, in Simon Wiesenthal, Les fleurs de soleil, Albin Michel, 2004, pp. 230-232

Publicités

« Lorsqu’on parle de pardon, au niveau formel, cela concerne trois aspects auxquels nous nous entraînons.

1) Demander pardon aux autres: ‘Qui que ce soit que j’aie blessé, déçu, trompé ou abandonné – intentionnellement ou non : je demande pardon.’ Ce faisant, il est important de penser aux personnes que nous avons blessées, une par une.

2) Se pardonner soi-même: ‘De la même façon que j’ai blessé des gens, je me suis aussi blessé, déçu, abandonné – intentionnellement ou non : je me pardonne.’ Bien sûr, cela est particulièrement efficace dans des cas très concrets, par rapport à des choses très précises, des actes, des situations, des attitudes.

3) Pardonner aux autres: ‘Moi aussi j’ai été blessé, déçu, trompé ou abandonné par d’autres – intentionnellement ou non : je pardonne, j’offre mon pardon.’ Ici encore, plus on est concret, plus la réflexion est immédiate et reliée à des personnes et des évènements précis, plus c’est efficace.

Cela ne signifie pas que nous puissions tout de suite pardonner, immédiatement. C’est une pratique. Parfois il nous faut plusieurs années avant de pouvoir pardonner, quand il s’agit de blessures particulièrement graves et profondes. Mais le plus important, c’est qu’il s’agit de mettre fin à sa propre souffrance et de se libérer de l’emprisonnement que constituent la colère ou la haine et de se libérer de l’attachement aux vieilles blessures.

Deux anciens prisonniers de guerre se rencontrent après plusieurs années et ils échangent des souvenirs, parfois douloureux, de l’époque où ils étaient prisonniers. L’un demande à l’autre : ‘Et toi en fait, après toutes ces années, est-ce que tu as pardonné à tes ennemis, à ceux qui t’ont torturé ?’ ‘Jamais je ne ferai cela !’, répondit l’autre.
À quoi le premier répondit : 
’Alors tu es toujours leur prisonnier.’

Le pardon, c’est une part essentielle de la bonté du cœur. Mais c’est quelque chose que l’on ne peut pas forcer. C’est plutôt un processus permanent d’acceptation des sentiments difficiles et de lâcher-prise sur les schémas intérieurs étroits et négatifs. Quelqu’un a formulé cela d’une façon peut-être un peu étrange mais finalement très juste en disant: ‘Le pardon, cela signifie abandonner tout espoir d’un meilleur passé.’

Eva Kor, qui a survécu au camp d’Auschwitz, écrit : ‘De tout mon être, je crois que chaque personne humaine a le droit de vivre sans la douleur du passé. La plupart des gens ont un grand problème avec le pardon parce que la société demande vengeance. Nous devons témoigner du respect aux victimes et honorer leur souvenir mais je me demande toujours si mes proches, qui sont morts, voudraient vraiment que je vive jusqu’à la fin de ma vie avec la douleur et la colère.
Je le fais pour moi-même. Le pardon n’est rien d’autre qu’un acte d’auto-guérison, qui me donne à moi-même une grande force. Moi, j’appelle ça un remède miracle : ça ne coûte rien, ça marche et ça n’a pas d’effets secondaires.’

Il s’agit ici d’admettre la colère et la haine en nous-même, sans bien sûr s’y perdre, et de les sonder, de regarder exactement ce qui se passe. De la même façon que le fait de cultiver le pardon, tout cela ne semble pas à première vue avoir beaucoup à voir avec metta, avec la bonté du cœur. Mais c’est une illusion, peut-être parce que nous croyons que metta, la bonté du cœur, a quelque chose à voir avec des sentiments bons et agréables, que nous voudrions répandre autour de nous, que nous voudrions rayonner. C’est possible aussi. Mais la bonté du cœur est justement cette capacité de notre cœur à entrer en contact avec chaque expérience, avec chaque situation, avec chaque personne, et de les accueillir, d’être présent à elles. Et c’est justement très utile dans la méditation. Bien sûr, c’est souvent assez difficile, c’est exigeant et ce n’est certainement pas agréable. Mais c’est justement là-dedans que réside la grande force, le grand pouvoir de la bonté. »

 

Fred Von Allmen, La bonté du cœur, juin 2010, tr. Fabienne Hourtal, http://www.vipassana.fr/Textes/FredVonAllmenLa%20bonte.html

Le pardon est le fruit de la compréhension. Ce n’est pas parce que vous voulez pardonner que vous pouvez le faire ! Vous pouvez avoir beaucoup de bonne volonté pour pardonner et cependant en être incapable parce que l’amertume est toujours là, la souffrance est toujours là. Avec la meilleure volonté du monde, vous n’y arrivez pas. Pour moi, le pardon devrait être le résultat du regard profond, de la compréhension.

Vous savez, pendant les années soixante-dix, quatre-vingt, nous avons reçu, à notre bureau de Paris, de très mauvaises nouvelles du Vietnam et des camps de réfugiés. Un matin, j’ai appris l’histoire d’une petite fille, une boat people[1] de onze ans. Elle avait été violée par un pirate, en mer, et lorsque son père a tenté de s’interposer, ils l’ont jeté dans l’océan. Après avoir été violée, la petite fille s’est jetée à l’eau et s’est noyée. Ce sont des nouvelles que nous avons reçues par courrier ce matin-là. Nous recevions fréquemment ce genre de nouvelles. J’étais fâché. En tant qu’être humain, vous avez le droit d’être fâché, mais en tant que pratiquant, vous n’avez pas le droit de ne pas pratiquer. Je ne pus avaler mon petit-déjeuner, c’était trop pour moi. J’ai pratiqué la méditation marchée dans le bois voisin. J’essayais d’entrer en contact avec les arbres, les oiseaux, le ciel bleu pour me calmer et j’ai commencé par m’asseoir et méditer. Pendant la méditation, je me voyais en petit garçon, en bébé, né dans la zone côtière de Thaïlande. Mon père était un pauvre pêcheur et ma mère une femme qui n’avait pas reçu d’instruction. La pauvreté existait chez nous depuis plusieurs générations. (…) Quand j’ai eu quatorze ans, j’ai dû prendre la mer avec mon père pour gagner ma vie, c’était très dur. Lorsque mon père mourût, j’ai dû reprendre l’affaire. Il y avait un autre pêcheur qui me dit qu’il y avait parmi les « boat people » beaucoup de Vietnamiennes emportant avec elles leurs richesses, de l’or, des bijoux. Si nous pouvions juste en profiter une seule fois, nous prendrions un peu d’or et sortirions de notre éternelle pauvreté. Étant un pauvre pêcheur sans instruction, je me suis laissé tenté et donc je l’ai accompagné pour voler les « boat people ». Lorsque je vis un pêcheur qui avait une relation sexuelle avec une femme, je fus tenté de faire pareil. J’ai regardé autour de moi, n’ai vu aucun policier, aucune menace et je me suis dit : « Essaie juste une fois ». C’est ainsi que je devins [le temps d’une méditation] un pirate violant une petite fille.

Supposons maintenant que vous êtes sur ce bateau et que vous avez un fusil. Vous me tirez dessus et je meurs. Vous ne m’aidez pas. Parce que, dans ma vie, personne ne m’a jamais aidé. Personne n’a jamais aidé mon père, ma mère. On m’a élevé comme un garçon sans instruction. Toute ma vie, j’ai joué avec des enfants délinquants. J’ai grandi comme ça, comme un pauvre pêcheur. Personne ne m’a jamais aidé, aucun politicien, aucun éducateur. C’est pourquoi je suis devenu pirate. Si vous me tirez dessus, je meurs. Cette nuit, pendant la méditation, je me suis vu en pirate, en jeune pêcheur devenant pirate. J’ai réalisé que le long de la côte thaïlandaise, cette nuit, quelques centaines de bébés sont nés et si, aujourd’hui, personne ne les aide à avoir de l’instruction, personne ne les aide à avoir une vie décente, alors parmi ces centaines de bébés, il y aura, dans vingt ans, plusieurs pirates. Quand j’ai vu ça, ma colère vis-à-vis des pirates a fondu en moi. J’ai commencé à comprendre que si j’étais né comme ce petit garçon, dans un village de pêcheurs, je serais devenu pirate. [Comprenant cela, ma] colère commença à se dissiper et au lieu de me sentir fâché contre ce pêcheur, j’éprouvai de la compassion à son égard et fis le vœu de faire ce qui était en mon pouvoir pour aider les bébés nés la nuit dernière le long de la côte thaïlandaise. Et la forme d’énergie appelée colère s’est transformée en énergie de compassion. Cela est possible grâce à la méditation. Le pardon ne saurait pas être obtenu sans cette forme de compréhension et la compréhension est le fruit du regard profond. Je l’appelle méditation. »

 

Thich Nhat Hahn, http://www.buddhaline.net/L-art-de-maitriser-une-tempete


[1] Ici : réfugiés fuyant le Vietnam dans de petites embarcations vers Hong-Kong, l’Australie ou ailleurs, après la conquête du Sud-Vietnam par le Nord-Vietnam en 1975

Entrez votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par e-mail.

décembre 2017
L M M J V S D
« Nov    
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031

Twitter : en deux mots… (ou 140 caractères)

  • (suite aux attentats terroristes de Paris, le 13/11/2015) Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être... fb.me/7Hekiq1w9 1 week ago