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« Lorsque l’esprit s’examine lui-même, que peut-il apprendre sur sa propre nature ? La première chose qu’il remarque, ce sont les innombrables chaînes de pensées qui traversent notre esprit, que nous le voulions ou pas, et que nourrissent nos sensations, notre imagination, nos souvenirs et nos projections d’avenir. Cependant, n’y a-t-il pas aussi une qualité « lumineuse » de l’esprit, qui éclaire notre expérience, quel que soit son contenu ? Cette qualité, c’est la faculté cognitive fondamentale qui sous-tend toute pensée. Ce qui dans la colère voit la colère sans être la colère ni s’y laisser entraîner. Cette simple présence éveillée peut-être appelée ‘conscience pure’ car on peut l’appréhender même en l’absence de concepts et de constructions mentales.

La pratique de la méditation montre que si nous laissons nos pensées se calmer, nous pouvons demeurer quelques moments dans l’expérience non conceptuelle de cette conscience pure. C’est cet aspect fondamental de la conscience, libre des voiles de la confusion, que le bouddhisme appelle ‘nature de l’esprit’.

Cette notion n’est certes pas évidente. On conçoit que des psychologues, des spécialistes des neurosciences et des philosophes s’interrogent sur la nature de la conscience, mais en quoi sa compréhension peut-elle affecter notre expérience personnelle ? C’est pourtant bien à notre esprit que nous avons affaire du matin au soir, et c’est lui qui, en fin de compte, détermine la qualité de chaque instant de notre existence. Si le fait de mieux connaître sa nature véritable et de comprendre ses mécanismes influe de manière cruciale sur cette qualité, on saisit mieux l’importance de s’interroger sur celui-ci. Sinon, faute de comprendre son propre esprit, on demeure étranger à soi-même.

Les pensées surgissent de la conscience pure et s’y dissolvent à nouveau, comme les vagues s’élèvent de l’océan et s’y résolvent, sans jamais devenir autre chose que l’océan lui-même. Il est essentiel de réaliser cela si l’on veut s’affranchir des automatismes habituels de pensées qui engendrent la souffrance. Identifier la nature fondamentale de la conscience et savoir y reposer dans un état non duel et non conceptuel est l’une des conditions essentielles de la paix intérieure et de la libération de la souffrance.

(…)

À mesure que nous nous familiarisons avec la nature de l’esprit et que nous apprenons à laisser les pensées se défaire dès qu’elles surviennent – comme une lettre écrite avec le doigt à la surface de l’eau -, nous progresserons plus aisément sur le chemin de la liberté intérieure. Les pensées automatiques n’auront plus le même pouvoir de perpétuer notre confusion et de renforcer nos tendance habituelles. Nous déformerons de moins en moins la réalité et les mécanismes mêmes de la souffrance finiront par disparaître.

Disposant des ressources intérieures qui nous permettent de gérer nos émotions, notre sentiment d’insécurité fera place à la liberté et à la confiance. Nous cesserons d’être préoccupés exclusivement par nos espoirs et nos craintes, et nous serons disponibles pour tous ceux qui nous entourent, accomplissant ainsi le bien d’autrui en même temps que le nôtre. »

Matthieu Ricard, L’art de la Méditation, NiL, 2008, pp. 129-130

NB Dans cet ouvrage, M.R. propose des méditations et textes courts de maîtres spirituels permettant d’approfondir la réflexion.

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