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« Être en bonne santé au plan psychologique, c’est retrouver notre morale fondamentale et vivre selon ses préceptes. Les formulations concrètes de la morale, telles que des listes de préceptes, sont des poteaux indicateurs qui nous indiquent la direction de notre bonheur.

En accord avec la croyance dans le Buddhata[1], la conception Zen de la morale est très différente de celle qui prévaut en Occident. En règle générale, la conception occidentale est de considérer l’individu comme un être naturellement égoïste et donc potentiellement dangereux et destructeur. La raison d’être des préceptes moraux, c’est d’établir un mur de clôture autour de ce danger. Le concept fondamental est que l’être naturel est immoral et que la morale est là pour protéger la société. Cette vision des choses conduit à une approche légaliste dans laquelle les préceptes moraux sont des formules dont la transgression entraîne une punition. Dans ces conditions, les gens se plongent dans d’interminables interprétations de textes pour voir tout ce qu’ils peuvent faire impunément. Ils considèrent la morale comme un filet de pêche qui attrape les personnes mauvaises pour s’en débarrasser.

La conception Zen – et, selon moi, elle reflète ici celle du taoïsme – est que l’être naturel est moral et que les gens se conduisent souvent de manière immorale parce que leur nature profonde (Buddhata) a été déformée ou obscurcie par le conditionnement. Celui-ci est le fruit de l’ignorance, et l’ignorance est encouragée par une société corrompue. C’est pourquoi il est nécessaire de retrouver « le visage que nous avions avant d’être conçus ». La morale, loin d’être une protection de la société contre l’être naturel, est considérée comme un poteau indicateur qui montre à l’individu le chemin menant à sa nature originelle bienheureuse, qui prévalait avant la corruption. Dans cette conception des choses, la morale n’est pas un mur restrictif : elle est l’échelle grâce à laquelle une fuite est possible – le poteau indicateur qui pointe vers notre véritable nature. C’est une approche fondée sur l’intuition. Ce ne sont pas tant les mots inscrits sur le poteau indicateur qui importent que la direction qu’il indique. L’érudition et le juridisme ne font que nous retenir au carrefour, alors que ce dont nous avons besoin, c’est de trouver la route qui nous permettra de rentrer chez nous. Le filet de pêche est tissé de nos propres conceptions et opinions. Si nous sommes capables de nous en débarrasser, nous pourrons alors nager librement dans l’océan du Bouddha.

[Il n’est pas inutile de préciser ici que] la conception Zen ne coïncide pas avec l’idée du « bon sauvage » rousseauiste, parce que, en pratique, les « sauvages » sont tout aussi susceptibles de vivre en société et d’être corrompus par celle-ci que n’importe qui d’autre. La « nature » à laquelle se réfère le Zen n’est pas un état sauvage, mais plutôt l’état primordial de l’esprit lui-même lorsqu’il est libéré d’une pollution fortuite. »

David Brazier, Bouddhisme et psychothérapie, JC Lattès, 2000, pp. 53-4

Traduction de l’anglais Loïc Cohen

[1] Buddhata; Buddha Nature i.e. the potential for attaining Buddhahood, or enlightenment. In the absolute sense, it is unproduced and immortal. Every sentient being possesses the Buddha Nature, but it requires to be cultivated in order to be revealed.

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