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« Le mot interdépendance est une traduction du mot sanskrit pratitya samutpada qui signifie ‘être par co-émergence’ et peut s’interpréter de deux façons complémentaires : ‘Ceci surgit parce que cela est’, ce qui revient à dire que rien n’existe en soi, et ‘ceci, ayant été produit, produit cela’, ce qui signifie que rien ne peut-être sa propre cause. Lorsqu’on dit qu’un phénomène ‘surgit en dépendance de…’, on élimine ainsi les deux extrêmes conceptuels que sont le nihilisme et le réalisme matérialiste. En effet, puisque les phénomènes surgissent, ils ne sont pas non existants, et puisqu’ils surgissent ‘en dépendance’, ils ne recouvrent pas une réalité douée d’existence autonome. Il faut donc comprendre que la production en interdépendance n’implique aucun des extrêmes que désignent les mots éternité, néant, venue au monde, disparition, existence et inexistence de quelque chose qui existerait en soi.

Une chose ne peut surgir que si elle est reliée, conditionné et conditionnante, co-présente et co-opérante, et en transformation continuelle. L’interdépendance est intimement liée à l’impermanence des phénomènes et fournit un modèle de transformation qui n’implique pas l’intervention d’une entité organisatrice[1]. Une rivière ne peut pas être faite d’une seule goutte, une charpente d’une seule poutre. Tout dépend d’une infinité d’autres éléments. C’est aussi le sens du mot ‘tantra’, qui indique une notion de continuité et ‘le fait que tout soit lié en un ensemble, tel que rien ne puisse venir séparément[2]’. En bref, il est impossible qu’une chose existe ou naisse par elle-même. Pour ce faire, elle devrait surgir du néant, mais, comme disent les textes : ‘Un milliard de causes ne pourraient faire exister ce qui n’existe pas’[3]. Le néant ne sera jamais le substrat de quoi que ce soit. »

  1. Ricard, Trinh Xuan Thuan, L’infini dans la paume de la main, Nil, 2000, pp. 91s.

[1] http://www.demotivateur.fr/article-buzz/quand-ils-ont-amen-s-ces-loups-dans-le-parc-ils-n-auraient-jamais-imagin-tout-ce-qui-se-produirait-ensuite–1439

[2] Fabrice Midal, Les mythes et dieux tibétains, Le Seuil, 2000

[3] Shantideva, La marche vers l’Éveil, Padmakara, ch. 9, verset 146. Nouvelle version 2007, p.189 : ‘Même par centaines de millions, Les causes ne peuvent pas modifier ce qui n’existe pas.

JE CROIS …

… que les phénomènes n’ont aucune sorte d’existence intrinsèque qui puisse être démontrée. Que tout ce qui est un ensemble composite d’éléments divers est par essence impermanent. Que la souffrance fait partie intégrante de toute existence marquée par la confusion et l’ignorance. Que le bonheur authentique est présent une fois que la confusion et l’ignorance sont définitivement éliminées, et remplacées entièrement par la bonté, la bienveillance et la sagesse.[1]

Ces quatre croyances me définissent en tant que bouddhiste et constituent le socle sur lequel s’appuient d’autres croyances. Par exemple, je crois les enseignements lorsqu’ils pointent du doigt l’ego, le souci excessif du moi, le souci constant de la recherche de reconnaissance, d’approbation, de confort et de plaisir, comme autant de marteaux qui enfoncent irrémédiablement en nous les ‘clous barbelés’ de la souffrance. Et j’ai cru mon maître, le regretté grand maître tibétain Gendun Rinpotché, lorsqu’il a répondu à une question de ma mère par ces mots : « Oui, lorsque vous atteindrez l’illumination, vous le saurez. Comment ? Parce que toute souffrance aura cessé ».

Les maîtres bouddhistes et les enseignements qui m’ont particulièrement touchée m’ont encouragée à creuser, interroger, étudier. Et, progressivement, j’ai bien dû l’admettre : essayer de fonder le bonheur sur l’égo, c’est comme essayer de construire une tour sur des sables mouvants. Mais lâcher prise – ah, lâcher prise ! – est la voie la plus directe, la plus simple vers ce que je m’évertue à obtenir en suivant les méthodes les plus éculées et les plus inefficaces comme affirmer avoir raison, essayer d’obtenir quelque chose sans rien donner en retour, choisir la solution de facilité ou prendre la plus grosse part de gâteau.

Qu’est-ce que je m’entraîne à lâcher ? Pas l’enthousiasme, ni l’humour, ni la créativité ou la curiosité. Je m’entraîne à moins me centrer sur moi-même et à lâcher toutes les ramifications que cela peut avoir. Pas que ce soit facile. Je suis la chose la plus importante de mon univers. Retirez-m’en, que reste-t-il ?

Comment est-ce que je m’y entraîne ?

J’essaie de me souvenir que chaque être vivant est lui aussi le centre de son propre univers – de la mite au singe en passant par le maquereau. Vous êtes vous aussi l’épicentre de votre univers.

J’essaie de me prendre moins au sérieux. J’essaie de me souvenir que chaque graine semée germera et portera un jour ses fruits.

J’essaie de m’imaginer dans la peau des autres. Et de les aimer pour leurs qualités et pour l’étincelle de lumière qui sous-tend la confusion. Difficile d’apprécier plutôt que de juger, mais de temps à autre, cela se passe comme cela. Et quand c’est le cas, je suis heureuse.

Parfois, je m’entraîne au travers de la méditation, faisant encore et encore l’apprentissage que la plénitude et les bienfaits du présent ne peuvent être appréciés à leur juste valeur que lorsque je suis prête à laisser mon esprit lâcher le passé et l’avenir.

Et parfois je m’entraîne en me rappelant et en acceptant l’inéluctabilité de l’impermanence et de la mort, qui rendent le miracle de l’instant présent encore plus lumineux.

J’essaie de me souvenir de la chance que j’ai, d’aider et d’attendre moins. J’essaie de comprendre les enseignements du Bouddha, de l’illumination, et de mettre ma compréhension en pratique. C’est un chemin sinueux, rarement facile, mais c’est un véritable chemin.

 

Pamela White, http://www.tricycle.com/insights/slow-true-path

 

[1] Tous ceux qui acceptent ces ‘quatre sceaux’ sont bouddhistes. Dans leur formulation philosophique, les quatre sceaux des préceptes (les trois sceaux de l’existence conditionnée plus celui concernant la sortie de la souffrance) s’expriment comme suit : 1. Tous les phénomènes composés sont impermanents. 2. Tout ce qui est corrompu (c.-à-d. conditionné) est souffrance. 3. Tous les phénomènes sont dépourvus de soi 4. Le nirvâna est paix. Consulter: Ph. Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Seuil. [Note en bas de page : MM]

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