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Selon l’Aggañña Sutta, qui reprend un mythe explicatif de l’évolution1 du monde, celui-ci était à une époque très lointaine habité par des êtres ‘créés par leur propres pensées, nourris de joie, irradiant leur propre lumière, se mouvant dans l’espace’ (MW2). L’apparition de l’avidité va causer la disparition progressive de ces êtres subtils et affecter gravement l’environnement. Il arriva en effet qu’une ‘une terre savoureuse se répandit (à la) surface de l’eau (…). Cette terre savoureuse était pourvue d’une belle couleur, d’une bonne odeur et d’une bonne saveur. Sa couleur était comme celle du beurre fondu (…). Sa saveur était comme celle du miel sans défaut.’ (MW2). Lorsque les êtres se mirent à consommer cette substance avec une avidité croissante, leur corps subtil devint de plus en plus grossier, la terre savoureuse se fit de plus en plus rare. Avec la solidification des corps, des formes diverses apparurent, certaines belles, d’autres pas. Ainsi naquirent la vanité et le mépris. Après la disparition complète de la terre savoureuse, des champignons se mirent à pousser, puis diverses plantes comestibles qui toutes disparurent pour les mêmes raisons. La différenciation des sexes apparut et la reproduction sexuelle remplaça la naissance spontanée. Lorsqu’une forme de riz apparut, qui arrivait à maturité en une nuit, les humains se mirent à le stocker, afin d’éviter le labeur journalier. Mais la vitesse de croissance du riz ne suivait pas la demande liée au stockage. Pour éviter les conflits, la terre fut répartie entre les familles. Cette privatisation mise en place, certains, plus avides que d’autres, se mirent à s’approvisionner sur la terre du voisin. Ainsi, vol, violence et mensonge se répandirent dans la société. Il fut alors décidé d’élire un roi pour remettre de l’ordre, juger et punir les malfaiteurs. La société devint toujours plus complexe et compliquée, Le sol de plus en plus pauvre, le riz sauvage de plus en plus rare jusqu’à disparaître, comme les autres comestibles, et il fallut désormais travailler dur pour le faire pousser et le récolter. La dégénérescence morale eut donc non seulement des conséquences graves pour l’environnement mais également pour les humains et les êtres subtils.

  1. Et non pas ‘création’, le bouddhisme ne connaissant pas de ‘créateur’.
  2. Traduction française de l’Aggañña Sutta : Môhan Wijayaratna, Dīgha-nikāya, Tome III, LIS 2008, pp. 769 – 788
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« Un après-midi, Kassapa (s’adressa) au Bouddha :

– Gautama, l’autre jour vous avez parlé de la méditation sur le corps, les sentiments, les perceptions, les formations mentales et la conscience. J’ai pratiqué cette méditation et je commence à comprendre comment nos sentiments et nos perceptions influencent la qualité de notre vie. J’ai vu qu’il n’y avait aucun élément permanent dans les cinq rivières[1]. J’en suis venu à admettre que la croyance en un soi séparé est erronée mais je ne saisis pas pourquoi il faut suivre un chemin spirituel si le soi n’existe pas ? Qui est libéré alors ?

– Kassapa, acceptez-vous l’idée que la souffrance existe ?

– Oui

– Êtes-vous d’accord pour dire que la souffrance a des causes ?

– Tout à fait, Gautama.

– Kassapa, quand les causes de la souffrance sont présentes, la souffrance est présente. Quand les causes de la souffrance ont disparu, la souffrance a aussi disparu.

– Oui, je comprends cela.

– La cause de la souffrance est l’ignorance, une façon erronée de voir la réalité. Penser que ce qui est impermanent est permanent est de l’ignorance. Penser qu’il y a un soi alors qu’il n’y en a pas, c’est cela l’ignorance d’où naissent l’avidité, la colère, la peur, la jalousie et d’innombrables autres souffrances. Suivre le Chemin de la Libération consiste à pratiquer la vision profonde afin de réaliser véritablement la nature de l’impermanence, l’absence d’un soi séparé et l’interdépendance de toutes choses. Ce chemin permet de vaincre l’ignorance. Une fois celle-ci terrassée, la souffrance est transcendée. C’est la vraie libération. Il n’y a aucun besoin d’un soi pour atteindre cette libération. »

 

Thich Nhat Hanh, Sur les traces de Siddharta, POCKET, 1998, pp. 150


[1] The five skandhas are the five elements that comprise a human being. These five elements flow like a river in every one of us. In fact, these are really five rivers flowing together in us: the river of form, which means our bodies; the river of feelings; the river of perceptions; the river of mental formations; and the river of consciousness.

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