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– ‘Quand nous faisons de la douleur un ennemi, nous la solidifions.

Et cette résistance est le point de départ de notre souffrance.’

 – ‘Nous devons d’abord comprendre que notre douleur et notre souffrance

sont vraiment notre voie, notre maître.’

 

«  En général, nous n’avons pas très envie d’avoir affaire à la douleur. La plupart des êtres vivants partagent cette aversion. Il semble que ce soit un élément naturel et même intelligent dans le processus de l’évolution. Pourtant, les êtres humains semblent être les seules créatures à pouvoir transformer leur douleur en ce que l’on appelle communément ‘souffrance’. Imaginez que votre conjoint vous quitte. Il y a en vous un vide très douloureux, lourd de peur et de nostalgie. Les croyances ne cessent d’affluer : ‘Personne ne sera jamais là pour moi’, ‘Pourquoi la vie est-elle si dure ?’, ‘À quoi tout cela sert-il de toute façon ?’ Bien entendu, votre impulsion naturelle est de refuser de rester en contact avec ce vide douloureux fait de rejet et de solitude. Il y a évidemment souffrance. Comment la douleur est-elle devenue souffrance ? Que se passe-t-il réellement dans l’instant ?

Ou bien imaginez que vous vous réveillez en ayant mal partout. Les jours deviennent des semaines et les semaines deviennent des mois, tandis que la douleur et le mal-être sont de plus en plus débilitants. L’esprit hurle, aspirant au répit : ‘Pourquoi cela m’arrive-t-il ?’, ‘C’est trop dur !’, ‘Que va-t-il m’arriver ?’ Il y a, naturellement, une grande résistance à la douleur physique et au mal-être, et il y a de la souffrance. Mais comment la douleur est-elle devenue souffrance ? Que se passe-t-il réellement dans l’instant ?

Le processus commence avec notre tendance naturelle à éviter la douleur. Il s’agit là d’une réalité : nous n’aimons pas la douleur. Nous souffrons parce que nous conjuguons notre aversion instinctive pour la peur avec la croyance profonde que la vie ne devrait pas être douloureuse. Cette croyance nous fait résister à la douleur et nous renforçons ainsi précisément ce que nous essayons d’éviter. Quand nous faisons de la douleur un ennemi, nous la solidifions. Et cette résistance est le point de départ de notre souffrance.

Comme nous l’avons dit, quand nous ressentons de la douleur, nous résistons presque toujours immédiatement. À l’inconfort physique, nous ajoutons très vite une épaisseur de jugements négatifs : ‘Pourquoi cela m’arrive-t-il ?’, ‘Je ne peux pas le supporter’, etc. Que nous exprimions ces jugements à voix haute ou non, nous y croyons vraiment, ce qui renforce leur force dévastatrice. Au lieu de les voir comme un filtre greffé sur la situation réelle, nous les acceptons sans les remettre en question, comme une vérité. Cette croyance aveugle en ce que disent nos pensées solidifient encore davantage notre ressenti physique de la douleur et lui donne la lourdeur dense de la souffrance. Alors, même si nous acceptons intellectuellement la première Noble Vérité du Bouddha – que la vie est source de souffrance -, quand la souffrance nous arrive à nous, nous souhaitons rarement avoir affaire à elle.

Comment poursuivre notre vie de pratique quand nous sommes dans la douleur ? Appliquer des phrases comme : ‘Ne faire qu’un avec la douleur’, ou ‘Il n’y a pas de soi !’ (et donc personne qui souffre), n’est ni réconfortant ni utile. Nous devons d’abord comprendre que notre douleur et notre souffrance sont vraiment notre voie, notre maître. Même si cela ne suffit pas à nous faire aimer notre douleur ou notre souffrance, cela évite tout de même que nous les considérions comme des ennemis à vaincre. Avec cette compréhension – qui marque un tournant majeur dans notre vision de la vie -, nous pouvons commencer à travailler sur les couches de douleur et de souffrance qui représentent une part si importante de notre existence. »

 

Ezra Bayda, Vivre le Zen, Poche Marabout, 2014, pp. 144-147. Traduction Jeanne Schut

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Dans le Sallatha sutta (le soutra des deux flèches), le Bouddha raconte l’histoire d’un homme touché par une flèche et qui ressent à la fois de la douleur et de la colère. Il ressent donc deux douleurs : une douleur physique et une douleur mentale. C’est comme si l’homme avait reçu une première flèche et, immédiatement après, une seconde.

De la même façon, nous nous torturons quand nous n’acceptons pas ce qui arrive ou que nous n’acceptons pas les autres. La seconde flèche atteint un endroit déjà blessé par la première flèche. Être touché deux fois au même endroit rend la douleur insupportable.

En fait, en refusant d’accepter la première flèche, nous nous lançons nous-mêmes la seconde.

 

La rigidité par rapport à nos attentes engendre des désirs spécifiques et très précis. Nous désirons la réussite ou la reconnaissance, et nous nous torturons nous-mêmes. Nous nous créons des désirs et nous tentons de les réaliser. Mais il y aura inévitablement des échecs entraînant des tourments et de la peine.

Face aux blessures, nous ne savons pas comment faire. Au lieu de regarder, simplement et objectivement, ce qui nous arrive, nous remuons le couteau dans la plaie. Il suffirait d’observer les faits, de regarder la réalité et non pas nos désirs.

 

Le Bouddha complète son histoire au sujet des deux flèches en imaginant que la personne ne reçoit pas la seconde flèche. Elle est touchée par la première et ne ressent ni tristesse ni colère, elle ne se lamente pas. Elle ne ressent que la douleur physique. Elle n’est pas affectée par la douleur mentale.

 

Tout ceci se réfère à l’acceptation qui consiste à voir les choses telles qu’elles sont, sans rejeter, condamner ou réagir. C’est seulement en acceptant que nous pouvons agir utilement.

L’acceptation n’est pas la passivité, c’est le point de départ de toute action sage. C’est comprendre que les choses sont comme ça, les reconnaître, ne pas se torturer à leur sujet. À partir de là, en tenant compte de la situation, notre action peut être juste. Nous pouvons agir efficacement et guérir notre souffrance et celle des autres. Nous ne rajoutons pas de la souffrance à celle qui existe déjà et nous laissons la paix se manifester.

 

D’après http://vipassanasangha.free.fr/t22_seconde_fleche.htm

« Je suis devant la douleur comme un cheval rétif devant une rivière. Grosse de courants dangereux, d’obstacles et de dangers, cette rivière m’effraie, et j’essaye de toutes mes forces de ne pas y entrer. Je ne veux pas y aller, je me bloque, je refuse, et pourtant il n’y a pas d’autre chemin à ce moment-là devant moi. Ou plutôt, car mon image n’est pas tout à fait juste, je suis déjà dans le cours de la rivière, et je suis déjà en train de me débattre de peur de m’y noyer.

Tout naturellement, la douleur m’effraie : je sais qu’elle va me dépouiller de mes repères et de mes projets. La douleur nous met à nu : comme un torrent forçant une digue, elle arrache au passage nos certitudes, elle nous montre fragiles, là où nous nous pensions forts.

Alors je cherche un raccourci, un chemin de traverse qui m’évitera cette épreuve de la douleur ; parfois je tente de fermer les yeux, de la nier, de faire « comme si » elle n’existait pas ; d’autres fois, je m’y laisse engloutir, pensant que si je m’y perds, si je disparais, il n’y aura plus personne pour subir cette douleur.

Mais ces deux tentatives sont des leurres : pour parvenir à la non-douleur, il n’y a pas d’autre chemin qu’accepter la douleur. La fin de la douleur se trouve dans la douleur même.

Le Bouddha a dit que, pendant notre vie, nous sommes frappés de deux flèches : la première, celle à laquelle nul n’échappe, est la douleur physique – maladie, invalidité, amoindrissement dû à la vieillesse – ou morale – regrets, séparation, deuils. Mais la seconde, qui la suit, est la peur de cette douleur ; et celle-là, lorsque nous la reconnaissons, peut être évitée. La flèche de la douleur prend de multiples formes, mais il n’est pas de vie qui en soit exempte. Elle est inévitable. Mais la flèche de la peur, celle-là, nous en sommes à la fois auteur et victime. Cette flèche s’appelle « Non ».

La flèche nous fait refuser ce qui est : emportée par la rivière, je suis encore en train de dire : « Je ne veux pas », alors que ma lutte pour ne pas sombrer ne peut passer que par le « oui », total, assumé, prononcé de tout mon être.

 

 Jôshin Luce Bachoux, Comme un cheval rétif…, in :

La Vie, 14 avril 2011, p. 56-57

 

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