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« 6.1.          Dans le monastère, nous devrions suivre le conseil du psaume qui dit : ‘Je surveillerai ma conduite, afin de ne pas pécher par ma langue. J’ai mis une garde à ma bouche, je me suis tu dans l’humilité et me suis même abstenu des paroles bonnes.’ Ici le psalmiste montre que, si l’on doit parfois se retenir de paroles bonnes par souci du silence, combien plus doit-on renoncer aux paroles mauvaises à cause des souffrances que nous vaut ce genre de péchés. De fait, il est si important de cultiver le silence que, même pour les sujets concernant les valeurs sacrée et les conseils spirituels, la permission de parler ne sera que rarement accordée aux disciples parfaits car il est écrit : ‘Dans le flot des paroles, tu n’évitera pas de tomber dans le péché.’ Le même livre nous rappelle ailleurs : ‘La mort et la vie sont au pouvoir de la langue’. Il revient, en effet, au maître de parler et d’enseigner ; se taire et écouter convient au disciple.

« 6.2.          C’est pourquoi, s’il y a des choses à demander au supérieur, qu’on le fasse avec respect et déférence. Quant aux facéties, aux paroles oiseuses ou portant à rire, nous les condamnons et bannissons en tout temps et en tout lieu. Que le disciple ouvre la bouche pour de tels propos, nous ne le permettons pas. »

La Règle de Saint Benoît in P. Henry (éd.), Le Dharma de Saint Benoît, Kunchab 2002, p.181

 

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Le silence qui suit l’audition d’une symphonie de Mozart est encore du

Mozart ; le silence auquel aboutit un mystique chrétien est un silence

chrétien, et le silence du Bouddha est la quintessence du bouddhisme.

P.-F. de Béthune

 

« Dans la tradition du ch’an chinois (qui deviendra le zen au Japon) le rapport aux textes sacrés est très particulier. (…) L’école ch’an s’est en effet développée en réaction contre une évolution du bouddhisme chinois devenu très scholastique et où les érudits discutaient sans fin sur les diverses interprétations des textes, ajoutaient commentaire sur commentaire, au risque de négliger l’expérience. Aussi la définition de la méthode ch’an, un quatrain attribué à son fondateur Bodhidarma (contemporain de saint Benoît), est-elle très abrupte : ‘Une transmission spéciale, en dehors des Écritures, ne s’appuyant ni sur les textes ni sur les mots : aller directement au cœur de l’homme, voir sa vraie nature et devenir Éveillé.’

On ne s’étonnera donc pas que l’élément le plus important de la méthode spirituelle zen soit le zazen, la méditation silencieuse et sans objet pratiquée hors du temple, dans le zendo, la ‘salle [de la méditation]’. Cette pratique prend beaucoup plus de temps que la récitation des sutras. Le soir en particulier, après une journée de travail manuel éprouvant et un bain, les moines se rassemblent dans le zendo pour plusieurs heures de méditation. L’obscurité descend peu à peu et le silence se fait toujours plus profond. C’est le moment le plus important, celui où les moines approchent le plus du cœur du bouddhisme qui est pur silence ou vacuité (ku).

Le zazen est d’abord une attitude physique, une posture du corps qui assure un maximum de silence. Le bouddhisme fait confiance au corps car une telle posture paisible permet de rester longtemps immobile et le silence du corps contribue grandement au silence des pensées, des sentiments, de l’imagination et même de la volonté. En effet, il ne s’agit pas de vouloir obtenir quoi que ce soit, mais simplement de coïncider avec la vie qui traverse la respiration en ce moment. C’est ainsi seulement que l’on peut ‘aller directement au cœur de l’homme’. On ne peut atteindre le ‘cœur’ (shin ou koroko) qu’en le dénudant de tout ce qui l’enveloppe et l’étouffe. La pratique du zazen pendant de longues heures s’appelle effectivement sesshin, littéralement : ‘toucher le cœur’. Les pensées, les réflexions, les sensations et les volitions sont importantes et indispensables dans la vie courante, mais si, pendant le zazen, on peut quelquefois remonter (pour ainsi dire) en amont de tout cela, et atteindre la source de l’être, tout le reste en est comme purifié et régénéré. Et c’est la pratique du silence qui permet alors qu’affleure l’essentiel, débarrassé de tout revêtement adventice.

La grande différence qui distingue la tradition du zen de toutes celles de l’Occident apparaît ainsi clairement : alors qu’en Occident l’on fait d’abord confiance à la Parole, le zen fait d’emblée confiance au Silence. Les deux démarches spirituelles vont donc en sens inverse : dans le zen il ne s’agit pas, comme en christianisme, de développer et approfondir la méditation des textes sacrés, pour atteindre par étapes à la contemplation et à une compréhension intuitive de la Vérité. Au contraire, c’est la plongée directe dans le silence qui purifie l’esprit et permet la prise de conscience intuitive des vérités du bouddhisme. Le silence n’est donc pas seulement un environnement pour la parole ; il n’offre pas seulement de belles marges à l’énoncé de la doctrine : il est au centre de l’attention du méditant, parce que le bouddhisme zen croit en la fécondité du silence. »

 

P.-F. de Béthune o.s.b., Prière chrétienne et prière bouddhique, paru dans Chemins de dialogue, n° 35 (2010) et repris dans la revue Voies de l’Orient, n° 130, janvier – mars

2014, pp. 26-29 / Site Web des Voies de l’Orient : http://www.voiesorient.be


« La vérité que je crois détenir est toujours

plus petite que la vérité elle-même. » Dennis Gira

 

Théologien chrétien et spécialiste du bouddhisme, Dennis Gira est également une référence dans le domaine du dialogue interreligieux. Dans son ouvrage, Le Dialogue à la portée de tous… (ou presque), aux éditions Bayard, il propose et développe cinq règles pour établir un vrai dialogue avec l’autre, aussi bien dans le domaine du religieux que du culturel, du philosophique et du politique. Extrait d’un entretien avec Élodie Maurot (La Croix).

M. : Vous passez [dans ce livre] un long moment à définir le dialogue. Est-ce parce que l’on se trompe souvent à son sujet ? 

G. : Oui, et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles certains croyants se découragent devant le dialogue interreligieux. J’entends parfois dire : « Comment dialoguer alors que tant de différences nous séparent ? » C’est pour moi le signe évident que l’on s’est trompé sur ce qu’est le dialogue. On le confond avec une négociation, qui a pour objectif d’arriver à une forme de consensus.

Au contraire, le dialogue ne s’effraie pas des différences parce qu’il ne vise pas un accord qui nécessiterait des compromis. D’ailleurs, sur quoi et au nom de quoi un chrétien, un bouddhiste, un musulman ou un hindou pourrait-il se sentir autorisé à faire des compromis ? En revanche, grâce au dialogue, les croyants peuvent arriver à une meilleure compréhension de leur histoire, de leur culture et découvrir leur interlocuteur. D’autres confusions sont fréquentes : faire du dialogue un débat, où il y a un gagnant et un perdant, ou encore une simple conversation, qui engage beaucoup moins que le dialogue.

M. : Pour vous, le dialogue nécessite une ascèse. En quel sens employez-vous ce mot ? 

G. : L’ascèse n’a ici rien à voir avec la pénitence, la mortification ou un mépris quelconque à l’égard du corps. Avec ce mot, je veux signaler que le dialogue exige un style, une manière d’être, qui est une attention aux autres et à soi. Il s’agit de cultiver certaines dispositions, ce que j’appelle les cinq « amis » du dialogue : le respect, l’amitié, l’humilité, la patience et l’écoute. L’ascèse ne réside pas dans des exercices compliqués, qui mèneraient à l’écart de la vie commune. C’est ne jamais oublier que la vérité que je crois détenir est toujours plus petite que la vérité elle-même. Cela paraît simple mais exige une grande vigilance.

M. : Quel vous paraît être le plus grand obstacle à la rencontre ? 

G. : La peur, parce qu’elle fait construire des forteresses. […]

M. : Quels conseils donnez-vous à ceux qui veulent entrer dans un dialogue ? 

G. : Le premier est de ne pas chercher chez les autres ce qui est important pour nous. Je donne souvent l’exemple de mes amis américains qui, lorsqu’ils venaient en visite au Japon et entraient chez un de mes amis japonais, cherchaient toujours la table haute. Or dans une maison japonaise, cette table est absente… C’est une règle d’or : ne cherchez pas la table dans la maison japonaise !

Ne cherchez pas chez les autres ce qui est important chez vous, sinon vous ne découvrirez jamais ce qui est important pour eux. Celui qui veut dialoguer doit aussi reconnaître les limites du langage, malgré l’usage de mots communs, et juger la tradition de l’autre par ses « sommets » et non par ses « sous-produits ».

 

Source : http://www.la-croix.com/Debats/Opinions/Debats/Dennis-Gira-Laissons-l-autre-nous-dire-qui-il-est-_NP_-2012-07-06-828019

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