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Parmi les auteurs récemment évoqués dans ce contexte particulier figure notamment Tata Brach. L’interview qu’elle a accordée à Sigal Samuel (« Notre calme est contagieux ») nous a donné envie de reparcourir son ouvrage « L’acceptation Radicale ». Christophe André a rédigé pour ce livre une remarquable préface dont nous vous proposons ici de larges extraits.

S’ACCEPTER SOI-MÊME

C’est sans doute une étape fondamentale, sans doute la première.

En tant qu’humains, nous sommes imparfaits, incomplets, faillibles et fragiles. Cela peut nous irriter ou nous affliger si nous ne l’acceptons pas. Nous entrerons alors en guerre contre nous-même, par l’autocritique, l’auto-dévalorisation, et nous nous imposerons des contraintes et des régimes de vie destinés à nous rendre, le plus vite et le plus rapidement possibles, « meilleurs » (c’est à dire nous croyant protégés de toute critique ou autocritique). Cette violence est épuisante et souvent inutile. C’est ce que Tara Brach nomme dans ce livre la « transe de la déconsidération ».

En psychologie, on travaille souvent sur cette dimension de la personnalité qu’on appelle l’estime de soi, et qui recouvre le regard et le jugement que nous portons sur nous-même. Les souffrances de l’estime de soi sont parmi les plus répandues et les plus destructrices[1]. Ne pas s »accepter tel que l’on est peut entraîner deux types de réaction : la compensation, dans laquelle on va tenter de se rendre acceptables en contrôlant son image sociale (obsession du corps, de la performance, du statut, etc.) ; ou la soumission, dans laquelle on va se résigner à tout subir, à ne rien oser, à ne rien tenter, ne rien se permettre, car on pense qu’on ne le mérite pas. Dans les deux cas, la non-acceptation de ce que l’on est représente une obsession de soi (on est toujours focalisé sur ses défauts supposés, soit pour les compenser soit pour s’y limiter) et représente aussi une punition permanente, par pression ou dépression.

Mais au lieu de vouloir les suivre ou de s’y résigner, nous pouvons aussi accepter ces limites présentes en nous : il s’agit de transformer nos insatisfactions (« Je ne suis pas assez comme ceci ou trop comme cela, dans mon corps, mon caractère, ma vie, ma carrière… ; c’est à cause de  ce que je ne peux pas être vraiment aimé(e), respecté(e), satisfait(e) ») en regards neutres et en constat non jugementaux. Comme nous l’avons vu, cela ne signifie pas se réjouir de ses limites ou lâcher la bride à ses défauts. Mais regarder en face ce qui ne nous plaît pas en nous, comprendre d’où cela provient et comment cela se maintient, et choisir que faire : laisser les choses telles quelles (parce que d’autres chantiers nous attendent, parce qu’il n’est pas en notre pouvoir de faire quelque chose à ce moment) ou travailler pour le faire évoluer. Mais dans ce cas, l’acceptation signifie que ce travail sur nous-même se fera avec douceur et compréhension pour soi-même. Pas de l’orthopédie psychique, pas par des contraintes violentes, mais de la douceur et de la fermeté associée. Dans ce livre, Tara Brach utilise une belle image et nous parle de deux « ailes » : l’aile de la pleine conscience et celle de l’auto-compassion. La première nous apporte la lucidité et la seconde, la douceur. L’une et l’autre compte parmi les meilleures outils de transformation psychologique, pour que les choses changent et évoluent en nous : accepter, utiliser sa lucidité pour faire le bon diagnostic et utiliser la douceur pour appliquer les remèdes avec bienveillance et persévérance.

Si on s’accorde aujourd’hui à reconnaître à la pleine conscience de nombreuses vertus thérapeutiques, on sous-estime souvent la puissance de l’auto-compassion, qui est pourtant une capacité psychologique capitale, et un facteur de résilience de tout premier plan. Sans doute la confond-on avec l’auto-apitoiement, ce qu’elle n’est en rien : l’auto-compassion apprend à comprendre que nos souffrances sont le lot de tous les humains, là où l’apitoiement sur soi nous désole car il nous donne le sentiment d’être parmi les seuls à subir autant de malchances et de souffrances ; l’auto-compassion permet la consolation là où l’apitoiement sur soi entraîne vers la plainte, etc. Christophe André, préface à : Tara Brach, L’acceptation radicale, Belfond, pp.15 ss.

Ch. André est psychiatre à l’hôpital Saint-Anne à Paris. Il a notamment publié, avec A. Jollien et M. Ricard, Trois amis en quête de sagesse, actuellement disponible en poche (J’ai Lu).

[1] Cf. e.a. Ch. André, Imparfaits, libres et heureux. Pratiques de l’estime de soi, Odile Jacob, 2007

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