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« L’un des faits les plus probants de l’histoire multiconfessionnelle de l’Inde est la quasi-absence de guerres explicitement interreligieuses pendant plusieurs millénaires. Après sa fameuse conquête de Kalinga, le premier empereur indien Ashoka embrassa la foi bouddhiste. Mais il fit en sorte que l’État lui-même demeure pleinement tolérant envers les trois grandes religions indiennes de l’époque : le bouddhisme, le jaïnisme et l’hindouisme. Dans sa cour, comme parmi ses principaux ministres, il y avait des membres des trois grandes religions. Tout l’héritage de l’exemplaire tolérance indienne en matière religieuse est contenu dans le douzième édit d’Ashoka, gravé sur la pierre avant le début de notre ère. »

S.S. le Dalaï-Lama, Islam, Christianisme, Judaïsme, Paris, J’ai lu, 2011, p. 52-53

Douzième édit d’Asoka :

« Le roi ami des dieux au regard amical honore toutes les sectes, les samanes et les laïques, tant par des libéralités que par des honneurs variés. Mais ni aux libéralités ni aux honneurs l’ami des dieux n’attache autant de prix qu’au progrès dans l’essentiel de toutes les sectes. Le progrès de l’essentiel est de diverses sortes : mais le fond, c’est la retenue du langage, de façon qu’on s’abstienne d’honorer sa propre secte ou de dénigrer les autres sectes hors de propos ; et dans telle ou telle occasion, que ce soit légèrement. Il faut même rendre honneur aux autres sectes à chaque occasion. En faisant ainsi, on grandit sa propre secte en même temps qu’on sert l’autre. En faisant autrement, on nuit à sa propre secte en même temps qu’on dessert l’autre.

Quiconque en effet rend honneur à sa propre secte ou en dénigre une autre, toujours par foi à sa propre secte, dans l’idée de la mettre en bonne lumière, celui-là au contraire nuit le plus à sa propre secte. C’est la réunion qui est bonne, de façon qu’on écoute la Loi les uns des autres et qu’on y obéisse.

C’est là en effet ce que veut l’ami des dieux, pour que toutes les sectes soient instruites et enseignent à bien agir. Partout les dévots doivent dire : l’ami des dieux n’attache ni aux libéralités ni aux honneurs autant de prix qu’au progrès dans l’essentiel de toutes les sectes.

Nombreux sont ceux employés à cet objet ; surintendants de la Loi, surintendants surveillants des femmes, préposés aux fermes, et d’autres corps d’agents. Le résultat en est le progrès de la secte propre à chacun et la mise en lumière de la Loi. »

Jules Bloch, Les inscriptions d’Asoka, Paris, Les Belles Lettres, 2007,

p. 121-124 (Traduction 1943)

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalamma Sutta.

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Et quel roi dans le monde trouverait-on

Comme Asoka bouleversé, pour avoir fait

 une petite guerre, pendant toute sa vie

en faisant contrition et pénitence ?

Henri Michaux, Un barbare en Asie, 1933

« À l’heure où l’Occident se trouve confronté à la possibilité de nouvelles « guerres saintes », le bouddhisme semble offrir un exemple rassurant de religion pacifique. En réalité, les rapports du bouddhisme et de la guerre sont complexes. Dans les pays où il constituait l’idéologie officielle, il fut tenu de soutenir l’effort de guerre. Il existe également dans le bouddhisme tantrique un arsenal important de techniques magiques visant à soumettre les démons. Il fut toujours tentant d’assimiler les ennemis à des hordes démoniaques, et de chercher à les soumettre par le fer et le feu rituel.

(…)

En résumé, sans nier l’importance, au cœur même du bouddhisme, d’un idéal de paix et de tolérance fondé sur de nombreux passages scripturaux, il ne manque pas d’autres sources pour affirmer que la violence et la guerre sont permises lorsque le Dharma bouddhique est menacé par les infidèles. Dans le Kâlachakra-tantra par exemple, texte auquel se réfère souvent le dalaï-lama, les infidèles en question sont des musulmans qui menacent l’existence du royaume mythique de Shambala. Par ailleurs, les conquérants mongols et les guerriers japonais qui leur résistaient étaient les uns comme les autres de fervents bouddhistes.

À ceux qui rêvent d’une tradition bouddhique monologique et sereine, il faut opposer, par souci d’objectivité, cette part d’ombre. Toutefois, même dans les cas avérés d’intolérance, le bouddhisme est surtout coupable de n’avoir pas su garder suffisamment ses distances vis-à-vis des idéologies politiques, voire nationalistes, ou du milieu social dont il était issu. Dans l’ensemble, il a toutefois été beaucoup plus nuancé en ce domaine que les autres grandes religions ou idéologies. »

Bernard Faure, Le bouddhisme, idées reçues, Le Cavalier Bleu, 2010, pp. 97-101

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