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« Le bouddhisme est certainement une forme d’athéisme. Il faudrait peut-être apporter à ce jugement sommaire quelques précisions supplémentaires. Car il va considérer le concept de Dieu et ses contradictions internes avec une attention dénuée de toute passion ; il observera la même attitude devant le problème de l’existence de l’âme. Et l’analyse de ces notions, vivement recommandée à tous les bouddhistes, les amènera à la conclusion que les systèmes de pensée occidentaux sont inexacts et passablement incomplets. La position bouddhiste en face de la notion de Dieu considérée comme une Réalité Ultime n’est pas celle de l’agnosticisme comme on le prétend parfois. Ce n’est pas une attitude indécise non plus ; c’est, au contraire, une façon, très claire et tout à fait logique d’envisager la question. Quelle que soit la nature de la Réalité, il est impossible à notre intellect limité de la concevoir ; il s’ensuit que toute tentative faite pour la définir conduit nécessairement à des vues erronées sans profit et à une perte de temps. C’est pour cela que le Bouddha a toujours observé un « noble silence » à ce sujet. S’il y a une cause première à l’origine de toutes les causes, s’il y a une Réalité Ultime, une Lumière Illimitée et un Éternel Noumène derrière les phénomènes, ce doit être quelque chose d’absolument infini, inconditionné et dépourvu d’attributs. D’autre part, nous sommes des êtres finis, limités, conditionnés par d’innombrables attributs et, en un sens, également faits de ces attributs. Il en découle naturellement et logiquement que nous nous trouvons dans l’impossibilité absolue d’établir une définition quelconque et valable de Ce qui dépasse notre conscience limitée. Nous pouvons tout au plus émettre quelques suggestions par voie négative et utiliser des analogies ou des symboles. Mais Cela n’en demeure pas moins pour nous un domaine absolument inconnu et inexprimable tant que nous demeurons dans notre état actuel. « Le Tao que l’on peut définir n’est pas le Tao éternel[1] ».

 Quant à l’idée de l’existence, chez l’homme, d’une âme immortelle, le bouddhisme s’y oppose formellement (…). Tout ce qui est humain est soumis au changement et à la mort. L’Immortel n’est le bien exclusif d’aucun homme. »

Christmas Humphreys, Le Bouddhisme, Buchet / Chastel, Paris 1961, p. 111-112

 Cf. entrée Silence du Bouddha

 Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

[1] Tao Te King, v. 1

«Question : Certains disent (…) que l’esprit est par nature éternel. Cela veut dire en substance que bien que votre corps, en tant qu’il est né, soit condamné à disparaître, il en va tout autrement de votre essence spirituelle. Si vous comprenez que votre corps renferme une essence spirituelle non soumise à la naissance et à la mort, vous faites de celle-ci votre nature foncière. Ainsi, le corps n’est qu’une forme éphémère, il meurt ici pour renaître là, indéfiniment. L’esprit par contre est éternel, immuable dans le passé, le présent et le futur. (…) Cet enseignement correspond-il vraiment aux paroles des Buddhas et des patriarches?

 Réponse: la vue que vous venez d’exposer n’a absolument rien à voir avec la loi bouddhique. C’est la vue de l’hérésie Senika. Selon cette vue, (…) lorsque le corps disparaît, (la) nature spirituelle, se dépouillant [de son enveloppe corporelle], renaît autre part. (…) Elle est donc dite immortelle et permanente. Telle est cette vue hérétique.

Ainsi donc, étudier cette vue en la faisant passer pour la Loi bouddhique est plus absurde que de prendre des morceaux de tuile ou des cailloux pour un trésor. L’indignité qui résulte de cette erreur stupide n’a pas d’équivalent. C’est contre elle que le maître dynastique chinois Huizhong mettait fortement en garde ses disciples. N’est-il pas absurde d’assimiler à la Loi profonde des Bouddhas cette vue perverse selon laquelle l’esprit est permanent tandis que les caractères spécifiques périssent? (…) Sachez que ce n’est là que la vue fausse de l’hérésie Senika, et abstenez-vous d’y prêter l’oreille.»

Dôgen, Bendôwa (« Propos sur le discernement de la Voie »), in:

Bernard Faure, Dôgen, La vision immédiate, Le Mail, 1987, pp. 95-96

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