You are currently browsing the tag archive for the ‘Accueil’ tag.

Parmi les auteurs récemment évoqués dans ce contexte particulier figure notamment Tata Brach. L’interview qu’elle a accordée à Sigal Samuel (« Notre calme est contagieux ») nous a donné envie de reparcourir son ouvrage « L’acceptation Radicale ». Christophe André a rédigé pour ce livre une remarquable préface dont je vous propose de larges extraits dans cette rubrique des « Florilèges ».

QUE VEUT DIRE « ACCEPTER » ?

Étymologiquement, « accepter » vient du latin accipere : recevoir, accueillir. C’est clair : accepter ne veut pas dire se réjouir de tout ce qui arrive, ou l’approuver. Accepter un orage, une maladie, une adversité quelconque, ce n’est pas dire ou penser « bravo, c’est très bien comme ça ». Accepter, ce n’est pas dire « c’est bien », mais « c’est là ». Ce n’est pas, par exemple, souhaiter que l’injustice ou la violence existe, ou s’en réjouir, mais les regarder en face, constater leur existence, chercher à comprendre leurs rouages.

De même, acceptation ne signifie pas passivité ou résignation, ne signifie pas renoncement à l’action : simplement, on accepte que le réel soit le réel, on prend le temps de l’observer, d’observer son impact sur nous, de réfléchir. Au lieu de réagir impulsivement, régi par nos réflexes, notre tempérament, notre passé, on prend le temps de répondre : l’acceptation donne force, calme, lucidité et discernement. Du moins cette acceptation que nous pourrions appeler « active », celle qui est un choix délibéré, et non un masque de notre impuissance.

Enfin, l’acceptation est un préalable : un préalable à toute forme d’action lucide et efficace, la première étape d’un processus parfois long et complexe d’insertion dans le réel et l’action sur lui. En commençant par accepter, nous nous posons une série de questions : que se passe-t-il ? Que suis-je en train de ressentir à propos de cela ? Qu’ai-je envie de faire spontanément ? Est-ce une bonne idée ? Que puis-je faire d’autre, de mieux ? Etc.

 

POURQUOI EST-CE SI DIFFICILE D’ACCEPTER ?

De nombreuses raisons sont à la source de nos difficultés à accepter.

Cela peut être par réflexe : en général, nous avons du mal à accepter ce qui représente une souffrance pour nous. Face à la souffrance, nous avons tendance à nous raidir : s ‘il s’agit de souffrance physique, on bloque sa respiration et on contracte ses muscles (vous vous souvenez de votre dernière séance chez le dentiste ?) ; s’il s’agit de souffrance psychique, on raidit sa volonté. Tout cela est bien sûr inutile. Comme le note Simone Weil, « la volonté n’a de prise que sur quelques mouvements de quelques muscles, associés à la représentation du déplacement des objets proches […]. Quoi de plus sot que de raidir les muscles et serrer les mâchoires à propos de vertus, ou de poésie, ou de la solution d’un problème[1] ? »

Nos difficultés à accepter peuvent aussi relever d’un style de vie : quand on est stressé et pressé, tout contretemps devient obstacle, tout ennui devient scandale, toute contradiction devient agression… On accepte mieux les blessures et les limitations que nous inflige la réalité si on est heureux et paisible que si on est déjà stressé et malheureux. Stress et tensions fabriquent de l’intolérance à la frustration.

Enfin, on peut avoir du mal à accepter par habitude et par culture : en Occident, rien ne doit résister à des citoyens devenus des consommateurs de droit, qui ne veulent plus jamais attendre, et qui exigent que tout problème ait une solution. Absurde, bien sûr : le monde et la vie ne sont pas taillés sur mesure pour se plier à nos impatiences et à nos prétentions. C’est à nous de commencer par nous adapter à la marche du monde, et non l’inverse ; et c’est une fois que nous aurons accepté que nous pourrons comprendre si nous pouvons y changer quelque chose, et comment le faire.

Mais le livre [de Tara Brach] nous rappelle une chose essentielle : l’acceptation ne concerne pas que le monde extérieur, elle commence par nous-mêmes. (à suivre)

 

Christophe André, préface à l’ouvrage de

Tara Brach, L’acceptation radicale, Paris, Belfond, pp.13 ss.

[1] Weil, S., La pesanteur et la grâce, Paris, Plon, 1988.

L’être humain est une auberge
Chaque matin un nouvel arrivant
Une joie, une déprime, une bassesse
Une prise de conscience momentanée arrive
Tel un visiteur inattendu.

Accueille-les et reçois-les tous
Même s’il s’agit d’une foule de regrets
Qui d’un seul coup balaye ta maison
Et la vide de ses biens.

Chaque hôte, traite-le avec respect
Peut-être te prépare-t-il
A quelque nouveau ravissement.

Les sombres pensées, la honte, la malveillance
Ouvre-leur la porte en riant
Et invite-les à entrer
Aie de la gratitude
Pour tous ceux qui arrivent
Car chacun a été envoyé
D’en haut comme guide.

Rumi

Le poème ci-dessous de Jalâl ud Dîn Rûmî, poète persan et mystique soufi du 13e siècle, est repris dans de nombreux blogs qui citent comme source l’ouvrage de Jack Kornfield, Après l’extase, la lessive (La table ronde), ouvrage épuisé depuis longtemps hélas en français.

Dans le cadre de ces « Florilèges », on aurait pu le placer sous la rubrique « Amitié » (Entrer en ~ avec soi-même) ou « Ouverture », l’attitude de l’esprit dans la méditation.

Dans cette traduction française (due sans doute à Dominique Thomas, le traducteur de After the Ecstasy, the Laundry), je remplacerais volontiers le « lieu d’accueil » de la première ligne par « maison d’hôtes ».

Maison d’hôtes

« L’être humain est un lieu d’accueil,

Chaque matin un nouvel arrivant.

Une joie, une déprime, une bassesse,

Une prise de conscience momentanée arrive

Tel un visiteur inattendu.

Accueille-les, divertis-les tous

Même s’il s’agit d’une foule de regrets

Qui d’un seul coup balaye ta maison

Et la vide de tous ses biens.

Chaque hôte, quel qu’il soit, traite-le avec respect,

Peut-être te prépare-t-il

À de nouveaux ravissements.

Les noires pensées, la honte, la malveillance

Rencontre-les à la porte en riant

Et invite-les à entrer.

Soit reconnaissant envers celui qui arrive

Quel qu’il soit,

Car chacun est envoyé comme un guide de l’au-delà. »

Les textes proposés sur le blog de Shikantaza expriment avant tout l’opinion de leurs auteurs. Les lecteurs sont invités à les examiner avec l’esprit de libre arbitre prôné par le Bouddha dans le Kalama Sutta.

Entrez votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par e-mail.

novembre 2021
L M M J V S D
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930