Gesshin Claire Greenwood

Je ne connais pas une seule personne en ce moment qui ne soit pas, d’une manière ou d’une autre, émotionnellement affectée par l’épidémie de COVID-19. En tant que prêtre bouddhiste et travailleuse communautaire en santé mentale, j’ai accompagné la semaine dernière de nombreuses personnes qui sont angoissées à l’idée que des membres de leur famille puissent contracter le virus. C’est parfaitement compréhensible ; j’ai également ressenti de l’anxiété et de la peur. La peur est une réponse naturelle à la menace existentielle (et très réelle) de la mort. Mais les personnes que je vois se sentent aussi impuissantes, en proie à la confusion et cherchent désespérément à se faire une idée de la situation face à une tragédie potentiellement dévastatrice. Je crois que ces sentiments secondaires d’impuissance et de confusion peuvent être plus douloureux que la simple peur.

Dans des moments comme celui-ci, j’ai de la gratitude pour ces nombreuses années de pratique bouddhiste. Après m’être d’abord sentie anxieuse face au virus (et avoir fait ma part d’achats dictés par le stress – oui, j’ai acheté des lentilles sèches et des conserves), j’ai commencé à me sentir plus solide et confiante – ou tout au moins équanime – concernant l’état du monde. J’aimerais donc partager avec vous quelques éléments qui m’ont aidée à retrouver une certaine équanimité.

La vieillesse, la maladie et la mort sont inévitables.

La sagesse bouddhiste montre que la souffrance fait partie intégrante de la vie. Il existe une parabole bouddhiste fondamentale qui explique cela magnifiquement. Avant son éveil, le Bouddha s’appelait Siddhārta et il menait la vie d’un prince (« Bouddha » signifie « celui qui est éveillé »). Le père de Siddhārta avait reçu une prophétie selon laquelle son fils serait soit un grand souverain, soit un grand sage. Il garda alors son fils enfermé dans le palais, entouré uniquement de personnes charmantes et d’expériences agréables, pour l’empêcher de rencontrer la vie spirituelle. Cependant, au début de sa vie d’adulte, Siddhārta eut envie de voir ce qui se passait à l’extérieur du palais. Il convainquit son serviteur Channa de le conduire à travers la ville sur son char.

Lorsqu’il entra enfin dans la ville, Siddhārta vit beaucoup de choses merveilleuses, mais il vit aussi un homme courbé et ridé par l’âge. Il se tourna vers Channa et lui demanda : « Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi cet homme est-il courbé et ridé ? »

« C’est une personne âgée », répondit Channa.

Ignorant la marche du monde, Siddhārta lui demanda : « Qui devient vieux ? »

Son ami lui répondit : « Tout le monde est jeune au début mais vieillit avec le temps. Aucun d’entre nous ne peut échapper à la vieillesse. »

Siddhārta poursuivit sa route et finit par voir un mendiant allongé au bord du chemin. Il avait une respiration sifflante et de la toux, le visage pâle et trempé de sueur. « Qu’a donc cet homme ? », demanda Siddhārta à Channa.

« Il est malade », répondit Channa.

« Qui devient malade ? », demanda Siddhārta.

« Tous ceux qui vivent assez longtemps tomberont malades. Il n’y a personne qui puisse échapper à ce destin », répondit Channa.

Ensuite, Siddhārta rencontra un cadavre que l’on emmenait sur un brancard. Il posa les mêmes questions à Channa, et Channa lui expliqua que tous ceux qui naissent inévitablement mourront. Siddhārta fut choqué et horrifié.

Avant de rentrer chez lui, Siddhārta croisa la route d’un saint homme. Channa lui expliqua que beaucoup de gens, face à l’inéluctabilité de la souffrance, choisissent de consacrer leur vie à la pratique spirituelle. Cette expérience inspira Siddhārta à quitter le palais, à devenir ascète et à atteindre finalement l’Eveil.

J’aime cette histoire car même s’il peut sembler ridicule que quelqu’un puisse avoir été protégé au point de ne pas comprendre la vieillesse, la maladie et la mort, la vérité est que nous sommes très semblables à Siddhārta dans notre naïveté et notre ignorance. Nous nous protégeons souvent dans notre propre palais psychologique où nous sommes à l’abri de choses comme la maladie. Pourtant, ce genre de souffrance ne peut finalement pas être évité. Nous devrons tous, autant que nous sommes, faire face à la vieillesse, à la maladie et à la mort. La quatrième vision, celle du saint homme, nous rappelle que nous pouvons choisir la façon dont nous répondons à cette souffrance.

L’une des choses les plus pénibles pour moi personnellement, dans le cadre de cette pandémie de COVID-19, a été le sentiment que « les choses ne devraient pas se passer ainsi ». Mais en réalité, les choses sont et ont toujours été ainsi. Bien que la souffrance causée par le COVID-19 ait pris une teinte contemporaine (inégalités sociales, course au profit, etc.), la souffrance causée par la maladie et la mort n’est en soi pas nouvelle.

Bonjour à toutes et à tous,

Nous espérons que toutes et tous, vous allez bien, ainsi que vos proches.
Nous tenions à vous dire que malgré ce ‘long’ silence, nous sommes toujours là.

Nous avons mis à profit ces quelques jours depuis notre retour d’Alès pour réfléchir à une manière de poursuivre la pratique ensemble et de nous soutenir les uns les autres en ces temps troublés.
Tout d’abord, nous restons bien sûr joignables par e-mail, Skype et téléphone.

Nous allons en outre essayer de vous proposer, chaque jour, dès demain, un court texte, quelques paragraphes, une réflexion, une parole du Dharma. Ils seront mis en ligne sur ce blog et, de là, sur Facebook (https://www.facebook.com/CentreShikantaza/ – c’est une page publique ; PAS BESOIN D’ÊTRE INSCRIT.E SUR FB POUR Y ACCEDER).

Enfin, les nonnes de la Demeure sans limites, en retraite au Betsuin à Valence, ont fait la proposition suivante : chaque jour à partir de ce mardi matin, elles vous proposent de les rejoindre « en live », pour un zazen à 8h et à 20h, du lundi au vendredi.
Le matin à partir de 8h : assise de 30 mn environ, suivie de l’offrande de l’encens, du Refuge et des Voeux, salut aux Maîtres. Puis quelques minutes de commentaires de Joshin Sensei sur une phrase du Dharma, un poème, etc.
Le soir : zazen de 20h à 21h.
Vous pouvez vous asseoir où vous voulez, comme vous voulez, « arriver » quand vous voulez, vous interrompre quand vous voulez… mais n’hésitez pas à venir vous asseoir avec nous.
L’adresse : https://frama.link/metfduzen (d’autres enseignements seront éventuellement proposés), et partages sur la page https://www.facebook.com/Nous-asseoir-ensemble-948925501949800/. N’hésitez pas si vous avez des questions!

Prenez bien soin de vous et des autres!
Un grand gassho,

Françoise

Bonjour à toutes et à tous,

Suite aux mesures arrêtées hier par le gouvernement belge, et après mûre réflexion, nous avons décidé de suspendre les activités de Shikantaza/Daishinji jusqu’aux vacances de Pâques. Il n’y aura donc pas de zazen, ni de séminaire Dogen, ni de cercle de parole ces deux prochaines semaines.
Il ne s’agit pas de céder à la psychose, mais bien de prendre nos responsabilités : en effet, comme certains experts le font justement remarquer, ces mesures fortes ne seront efficaces que si tout le monde joue le jeu et respecte les règles.
Nous espérons tous pouvoir vous retrouver en pleine forme à partir du 20 avril prochain.
D’ici là, on reste en contact par mail interposé. Prenez bien soin de vous et de vos proches.

Gassho,

Mokusho et Françoise

Bonsoir,

Le centre sera fermé ce soir !

A noter qu’il n’y aura pas non plus de zazen jeudi prochain. En revanche, nous vous invitons à nous accompagner au Plaza Art (dans les locaux de la RTBF Mons) ce 19 décembre pour la projection du film « VNous » (ouverture des portes à 19h30, film à 20h), qui sera suivie d’un débat !

Nous vous retrouvons donc ces lundi 16 (12h15), mardi 17 (19h) et mercredi 18 décembre (19h) pour les dernières méditations de l’année au Centre Shikantaza/Daishinji !

A très bientôt,

Françoise, pour le Centre Shikantaza/Daishinji

Pour ceux d’entre nous qui pratiquons le Zen (zazen, étude, samu) dans notre vie quotidienne, nous serons tôt ou tard confrontés à la vieillesse, la maladie, la nôtre ou celle d’êtres aimés, et la proximité de la mort, la nôtre ou celle d’êtres aimés. Beaucoup de personnes disent : « J’ai dû arrêter la pratique car j’étais trop malade (trop occupée, trop bouleversée, etc.) ». Penser de cette façon signifie que la pratique est une partie ou un morceau de notre vie et non pas notre vie même. Pas un : deux. Mais la pratique de zazen n’est pas seulement une partie de notre vie (s’asseoir, lire des livres, faire des sesshins ou des retraites, écouter des enseignements), c’est notre vie même. C’est la plate-forme que nous avons choisie, la perspective nourrie par une pratique sincère qui nous offre une compréhension plus profonde de la vie dans son ensemble, la nôtre d’abord, et celle du monde, proche ou lointain, qui nous entoure. C’est une manière de vivre sa vie, un remède à la maladie de la vie (avidité, colère/haine, ignorance) : essayer de vivre avec une conscience latente ou manifeste de l’impermanence, l’interdépendance et la coproduction conditionnée.

Durant cette période où j’ai fait l’expérience d’une maladie grave et, parfois, d’une disposition naturelle d’abandonner la vie et de m’endormir dans la mort, j’ai réfléchi à ma vie en lien avec la pratique. Je ne me suis jamais sentie seule ou accompagnée ; je n’ai jamais non plus ressenti le manque de pratique ou l’absence de la sangha. J’étais malade, peut-être mourante parfois, c’est tout. Pas de « demande » d’aide au Bouddha, à Dieu ou à la sangha. Cela ne m’est pas venu à l’esprit. Je savais que beaucoup d’amis, la sangha, la famille étaient occupés à prier, à exprimer des vœux pour ma santé, à faire ce qu’ils pouvaient pour répondre à mes besoins, et cela, à n’en pas douter, m’a aidé à revenir à la vie. Un grand merci pour ces intentions dédiées. Chacun a fait ce qu’il lui semblait devoir être fait. C’est ainsi que l’univers fonctionne. Durant toutes ces journées à l’hôpital, la pratique s’imposait naturellement pour passer à travers tout cela, sans considération pour le passé ou l’avenir. Chaque respiration était suffisante en soi. Comme en zazen : juste être là, sans penser, et au-delà de la pensée sans pensée. Les bénéfices indicibles de notre zazen, au-delà de la pensée, sont une bonne pratique pour la vie et pour la mort.

Que l’on soit malade ou en bonne santé, jeune ou vieux, riche ou pauvre, stupide ou intelligent, noir, rouge, jaune ou blanc, religieux ou pas, ordonné ou pas, la vie est juste la vie, au-delà des catégories. Notre pratique est une Voie, un chemin karmique ou choisi, qui slalome à travers les joies et les obstacles de l’existence, avec un sentiment de libération lié au fait que nous ne cherchons pas délibérément celle-ci. Sur cette Voie, chaque moment, chaque circonstance ou situation offre une occasion de se libérer, car nous savons depuis le début que cette libération est au-delà de tout contrôle ou impossible à saisir avec l’esprit ou par nos efforts personnels. La pratique, la vie et l’éveil ne sont ni deux ni trois, mais juste Un. Dans notre volonté de saisir les choses (avidité), nous divisons, séparons ; et nous nous mettons en colère parce que, malgré tous nos efforts, notre vie, la vie même, ne se laisse pas mettre en équation. Tant d’illusion ! Quel dommage ! Mais nous ne sommes que des humains, et en tant que tels, nous devons poursuivre nos efforts. Cela est la pratique, la pratique sincère.

Miami, February 21, 2017

Kaikyo Roby (décédée le 9 novembre 2018)

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