« Mon maître, Shunryu Suzuki, aimait raconter à quel point Dōgen, le maître Zen japonais du XIIIè s., aimait les fleurs de prunier. Il avait l’habitude d’observer leur éclosion au début du printemps. Il les regardait souvent, admirant leur beauté. Une personne ordinaire pourrait regarder la fleur de prunier avec « avidité et aversion » – avidité, attachement à la beauté de la fleur, aversion pour sa disparition imminente. Dōgen pratiquait le non-attachement, disait Suzuki Roshi – une attitude sans idées préconçues.

« Le détachement[1] », poursuivait Suzuki Roshi, « c’est [considérer] les gens de la même manière [que] la fleur de prunier : si vous voulez apprécier la fleur – ou l’être vivant – vous ne pouvez pas être égoïste. Au contraire, votre esprit devrait être comme libéré du ‘petit moi’.

On me demande souvent : « Qu’est-ce que c’est que cette histoire de détachement dans le bouddhisme ? Cela me semble incroyablement froid et dur ! » En fait, explique Suzuki Roshi, le détachement dans le bouddhisme signifie exactement le contraire de froid et dur. La fleur de prunier au printemps s’ouvre lentement, régulièrement, mais, au même moment, elle est déjà en train de mourir. Pour apprécier pleinement la fleur de prunier – pour l’aimer – nous devons abandonner notre envie de beauté ou de persistance de la fleur – ces deux envies n’étant que l’expression de nos propres désirs, de nos propres vues. Il nous faut apprécier la fleur telle qu’elle est véritablement. Dans ce cas, le détachement c’est l’amour vrai – l’amour, comme le dit Vimalakirti, qui a éliminé l’attachement et l’aversion. Nous voyons la fleur de prunier, et des larmes coulent de nos yeux : elle est merveilleuse, et elle est en train de mourir. Nous sommes parfaitement en harmonie avec cela. »

Lewis Richmond, The Great Love, in The Best Buddhist Writing 2005, p. 193

[1] Pour des raisons évidentes, on préfère utiliser en français le terme non-attachement.

Bonjour à toutes et à tous,
Nous venons d’apprendre que Danielle Rodot, notre première conférencière, ne pourrait malheureusement pas nous rejoindre ce samedi 19 octobre pour des raisons indépendantes de sa volonté.
Après mûre réflexion, nous avons donc décidé de remplacer la conférence du matin par une période de méditation.
Si vous souhaitez y participer mais que vous n’avez encore jamais pratiqué la méditation dans un contexte zen, il vous suffit de nous prévenir lors de votre inscription. Nous vous invitons alors à venir au Centre à 10h pour recevoir quelques explications (prévoir une tenue confortable permettant de s’asseoir en tailleur).
L’intervention de Danielle est donc reportée à une date ultérieure, dans le cadre d’une journée qui sera intégralement dédiée à l’éducation.
L’après-midi, Michel Dubois, enseignant zen, nous parlera de son expérience d’aumônier bouddhiste à la prison de Fresnes (France), et plus largement de son engagement social en tant que bouddhiste.

En fin de journée, il nous fera l’amitié d’animer un « cercle de parole », tel que ceux qu’il a mis en place dans son centre de zen de Montreuil et avec les détenus. Le principe sera expliqué ce jour-là aux personnes qui le souhaitent, et libre à elles de participer ou non, bien sûr !!!

Cette journée est ouverte à toutes et à tous. N’hésitez donc pas à en parler aux personnes susceptibles d’être intéressées !

Au programme de cette première édition :

10h00 (Accueil)

10h30 – 12h00 Méditation zen (zazen)

Sur le temps de midi, nous vous proposons un lunch (sur réservation uniquement) et une promenade autour du mur d’enceinte de la prison, afin d’y découvrir deux projets artistiques soutenus par la Fondation Mons 2025 :

– Le projet poétique Ivre d’histoires, mené par Olivier Sonck avec des détenu.e.s et des habitant.e.s du quartier

– Un projet photographique réalisé par sept détenu.e.s guidé.e.s par l’artiste Mara De Sario

Mara De Sario nous fera d’ailleurs la gentillesse de venir nous présenter ce projet et de partager avec nous quelques réflexions sur cette expérience en milieu carcéral.

crbst_MichelDubois-2
14h00 – 16h00

LE MUR DE LA PRISON D’EN FACE

Michel Dubois, enseignant zen et aumônier à la prison de Fresnes

16h00 – 17h30

CERCLE D’ECOUTE ET DE PAROLE (Facultatif)

Animé par Michel Dubois

Adresse : 10, rue Roland de Lassus à 7000 Mons (1er étage)

Infos et réservations : secretariat@shikantaza.be

NOMBRE DE PLACES LIMITE

INSCRIPTION INDISPENSABLE

PAR VIREMENT de 15 €

(ou 25 € si vous prenez le lunch – réservation obligatoire !!!)

AU COMPTE BE75 0013 8686 2651 de ASBL SHIKANTAZA

AVANT LE 17 OCTOBRE

Communication : RB 19/10

Sans titreSmiling Buddha – Crying Buddha

Bouddha qui rit – Bouddha qui pleure

Bonjour à tous et à toutes,

Pour rappel à partir de cette semaine, le zazen du midi est déplacé au LUNDI (toujours de 12h15 à 12h45) et aura lieu au Daishinji (rue Roland de Lassus). Il n’y aura donc plus de zazen le vendredi à la place du Béguinage.

Pour pouvoir participer à cette méditation, il faut être venu au moins une fois en soirée (sur RDV uniquement, à l’adresse info@shikantaza.be).

Belle semaine à toutes et à tous,

Françoise

Durant deux jours, devant moi deux grandes lézardes dans le sol du zendo. Deux belles et grandes plaques lisses et brillantes fendues sur toute leur largeur. Dommage, me dis-je spontanément. D’autres se le sont dit aussi : ces lézardes portent des traces de masquage sinon d’essais de réparations.
Me voilà durant deux jours « présent ici et maintenant » devant l’imperfection du sol qui me renvoie à moi-même et à ce sentiment parfois rude de n’avoir pas assez bien fait, bien dit, bien été… Qu’est-ce que j’ai dit et que je n’aurais pas dû dire, que je n’ai pas dit et que j’aurais dû dire, pas fait et que …
Présence à soi devant les lézardes du sol du zendo.
Qu’est-ce que le parfait, l’imparfait sinon des productions du mental, qu’il m’arrive de prendre pour argent comptant comme s’ils avaient une réalité.
Ne marche-t-on pas bien sur ce sol lézardé ? Ne remplit-il pas son office ?
« Nous avons tous la nature de Bouddha. L’éveil spirituel est le processus de prise de conscience de notre bonté essentielle, de notre sagesse et de notre compassion naturelles » (Tara Brach). Avec une touche d’humour, me revient un graffiti : « N’oubliez pas d’être un peu fêlé pour laisser passer la lumière ».
Qu’est-ce qui compte finalement ? De répondre à un idéal de perfection ou d’être corps et esprit avec bienveillance dans l’ici et  maintenant, dans le lien à soi, à l’autre, au  réel ?
Vendredi dernier à la supérette, je suis à la caisse parmi les premiers clients. Derrière moi un enfant pleure avec force. Des cris qui font tache dans le silence matinal. En moi-même, je plains la mère tout en réglant ma note. La caissière, jeune, sourit doucement et s’adresse à l’enfant : « Alors, mon loulou, tu es triste, tu t’es levé trop tôt … » Plus que les mots, c’est le ton qui parle. L’enfant l’écoute, cesse immédiatement ses cris. Son visage se détend et il n’a plus d’yeux que pour elle.
Comme elle devait être présente à elle-même autant qu’à l’enfant, à sa maman, aux autres clients pour trouver ainsi les mots, et surtout le ton, justes pour transformer en sourires la fêlure sonore de l’enfant ?
Ce matin-là, la jeune caissière était mon maître.

Serge

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