« La façon dont un enseignant pointe les erreurs d’un élève est très importante. Si un enseignant estime que son élève a commis une erreur, ce n’est pas un véritable enseignant. Il s’agit peut-être d’une erreur, mais c’est aussi l’expression de la véritable nature de l’élève. Dès que nous comprenons ceci, nous éprouvons du respect pour la vraie nature de notre élève et nous faisons preuve de tact dans notre façon de souligner ces erreurs.

Dans les Écritures, ce tact est exposé en cinq points :

Il est dit que l’enseignant doit choisir le moment opportun et ne pas souligner l’erreur de l’élève devant plusieurs personnes. Si possible, l’enseignant lui montre son erreur en tête à tête dans un lieu et au moment appropriés.

Deuxièmement, l’enseignant doit se rappeler d’être véridique, ce qui veut dire qu’il ne pointe pas l’erreur de son élève uniquement parce qu’il estime que c’est une erreur. Quand l’enseignant comprend pourquoi l’élève a agi ainsi, il peut être véridique.

Troisième point, l’enseignant doit être doux et calme et ne pas élever la voix, ne pas crier. C’est très délicat, tout comme la véracité, mais les Écritures insistent sur l’importance d’une attitude calme et douce quand on souligne l’erreur de quelqu’un.

Le quatrième souligne que l’enseignant donne un conseil ou pointe l’erreur du disciple uniquement afin de l’aider et non afin d’exprimer ce qu’il a sur le cœur. L’enseignant doit être très attentif et prendre note de la réaction de l’élève : s’excuse-t-il pour ce qu’il a fait ou n’est-il pas assez sérieux ? Dans ce dernier cas, l’enseignant devrait l’ignorer jusqu’à ce qu’il fasse preuve d’un véritable sérieux. Si nos conseils ont pour seul but d’aider l’élève, cela ne signifie nullement que nous devions nous montrer toujours indulgent avec ce dernier. Nous devons parfois nous montrer très durs avec celui-ci, ou bien nous ne pourrons pas l’aider dans le véritable sens du terme.

Enfin, nous devons exposer l’erreur de l’élève avec compassion, car l’enseignant n’est pas seulement l’enseignant mais aussi l’ami de son disciple. En tant qu’ami, l’enseignant souligne tel ou tel problème, ou il donne un conseil.

Il n’est donc pas facile d’être un enseignant ou un élève (…). Nous devons faire tout notre possible pour nous aider les uns les autres.

Shunryu Suzuki, Libre de soi, libre de tout, Seuil, Paris 2011, pp. 113-4

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« Quand vous devenez un disciple, consacrez-vous à l’étude de la Voie.  Au départ, en tant que disciple, vous souhaiterez peut-être pratiquer avec un enseignant non pour étudier le bouddhisme mais pour une autre raison. Mais ça n’a pas d’importance, vous savez. Si vous accordez une confiance totale à votre enseignant, vous comprendrez. Vous serez son disciple et vous pourrez transmettre notre voie. Cette relation enseignant-disciple est très importante, mais il est difficile aussi bien pour l’enseignant que pour le disciple d’être enseignant et disciple dans le véritable sens, aussi doivent-ils donner le meilleur d’eux-mêmes.

Enseignant et disciple accomplissent ensemble divers rituels. Ceux-ci vont au-delà d’une simple routine. A travers ces rituels, nous communiquons et transmettons l’enseignement dans son véritable sens. Nous mettons l’accent sur l’absence d’ego. Quand nous pratiquons ensemble, nous oublions notre pratique personnelle. La pratique individuelle de chacun se conjugue avec la pratique des autres. Ainsi, quand nous chantons un sutra, nous disons : « Récite le sutra avec tes oreilles. » Puis, avec nos oreilles, nous écoutons les autres tandis qu’avec notre bouche nous accomplissons notre propre pratique. C’est alors que nous arrivons à la complète absence d’ego dans son véritable sens.

L’absence d’ego ne signifie pas renoncer à sa pratique individuelle. La véritable absence d’ego a oublié l’absence d’ego. Tant que vous pensez « ma pratique est dénuée d’ego », vous vous fixez sur l’abandon d’une pratique centrée sur l’ego, et, par là, vous vous attachez à l’ego. Quand vous partagez votre propre pratique avec les autres, la véritable absence d’ego peut apparaître. Cette absence d’ego n’est pas seulement absence d’ego. Elle englobe une pratique de l’ego, mais elle est aussi une pratique de l’absence d’ego par-delà l’ego ou l’absence d’ego. Ici, nous avons la complète absence d’ego dans son véritable sens. ».

Shunryu Suzuki, Libre de soi, libre de tout, Seuil, Paris 2011, pp. 111-2

« Les gens viennent toujours à l’étude de la spiritualité avec des idées préconçues sur ce qu’ils vont obtenir et sur la façon de se comporter avec la personne qui, pensent-ils, va leur donner ce qu’ils attendent. L’idée même que l’on va recevoir quelque chose du maître – le bonheur, la paix de l’esprit, la sagesse, ou quoi que ce soit que l’on recherche – est, de tous les a priori, l’un de ceux qui posent les plus graves problèmes. (p. 39)

(…)

Pour recevoir l’enseignement, il faut que l’étudiant donne quelque chose en retour ; il y a la nécessité d’une sorte d’abandon psychologique, d’un cadeau quelconque. Et c’est bien pourquoi nous avons dû aborder la question du lâcher prise, de l’ouverture, de l’abandon de toute attente, avant de pouvoir parler de la relation entre maître et disciple. Il est essentiel d’abandonner, de s’ouvrir, de se présenter au maître tel que l’on est, plutôt que d’essayer de se présenter comme un étudiant valable. (…) Il ne s’agit pas d’une interview comme pour trouver du travail (…). [Il ne s’agit pas] de se mettre sur son trente et un pour impressionner un employeur potentiel. Une telle mise en scène n’est d’aucun effet dans une entrevue avec un maître, car il voit directement à travers nous. Il est amusé si nous avons fait un effort d’élégance pour venir le voir. Quant aux gestes trop prévenants, ils ne sont pas adaptés à la situation : en fait, ils sont futiles. Nous devons nous engager réellement à nous ouvrir en face de notre maître ; nous devons souhaiter abandonner toutes nos idées préconçues. (pp. 47-8)

(…)

Les critères sont bien plutôt les suivants : êtes-vous, oui ou non, véritablement capable de communiquer avec cette personne, de façon directe et profonde ? Jusqu’à quel point vous illusionnez-vous ? Si vous vous ouvrez véritablement à votre ami spirituel, alors vous pouvez travailler ensemble. Êtes-vous en mesure de lui parler avec justesse et profondeur ? Sait-il quelque chose de vous ? Et sait-il quelque chose de lui-même, d’ailleurs ? Est-il capable de voir à travers vos masques, de communiquer avec vous d’une manière directe et juste ? Voici quels paraissent être les critères lorsque l’on cherche un maître, plutôt que la renommée ou la sagesse. (pp. 48-50)

Une histoire intéressante raconte l’aventure d’un groupe de gens qui avaient décidé de se mettre à l’école d’un grand maître tibétain. Ils avaient déjà reçu quelques enseignements d’autres maîtres, mais tenaient à recevoir l’enseignement de ce maître particulier. Extrêmement désireux de devenir ses étudiants, ils lui demandèrent une entrevue, mais le maître ne voulut accepter aucun d’entre eux. « Je vous accepterai, leur dit-il, à la seule condition que vous renonciez à vos maîtres précédents. » Les membres du groupe discutèrent, tâchant  de lui faire comprendre combien ils lui étaient attachés, combien sa réputation était grande, et à quel point ils souhaitaient étudier avec lui. Mais il refusait carrément de les accepter, à moins qu’ils ne remplissent la condition exigée. Finalement, tous sauf un, décidèrent d’abandonner leurs maîtres précédents, qui, en fait, leur avaient appris beaucoup de choses. Le maître eut l’air très satisfait, et leur dit de revenir le lendemain. Mais, lorsqu’ils revinrent, il leur tint ce discours : ‘Je vois votre hypocrisie. La prochaine fois que vous irez voir un autre maître, vous m’abandonnerez. Alors, sortez d’ici.’ Et il les jeta dehors, à l’exception de celui qui savait apprécier ce qu’il avait appris auparavant. La personne qu’il acceptait n’essayait pas d’entrer dans un jeu mensonger, elle n’essayait pas de faire plaisir au gourou en faisant semblant d’être autre chose que ce qu’elle était. Si vous voulez entrer en amitié avec un maître spirituel, faites connaissance simplement, ouvertement, de façon que s’instaure une communication sur un plan d’égalité, plutôt que d’essayer de forcer le maître à vous accepter. » (p. 50)

Chögyam Trungpa, Pratique de la voie tibétaine, Points Sagesse, 1976, pp. 39-50

«  Dès lors que s’opère la rencontre avec le maître, et avec la voie dans toutes ses manifestations, nous allons de découverte en découverte. Et l’une des grandes missions d’un maître – si ce n’est la plus grande mission -, c’est de nous amener à trouver notre propre maître intérieur. C’est-à-dire de nous permettre d’accéder à cette dimension de notre intériorité qui n’est autre que le maître qui est en nous. Le maître qui nous guide sur la voie du Bien évite ainsi que nous le considérions comme autre chose qu’un serviteur, ou comme celui qui exerce la lieutenance divine. Cette théophanie de Dieu dans le maître (tajalliyât, en arabe) présenterait en effet un danger certain, car le disciple pourrait céder à la tentation de l’idolâtrie, et se livrer à une fascination sans limite. La vraie mission d’un maître consiste donc aussi à nous entraîner non pas vers une vénération de lui-même pour lui-même, mais à opérer en nous une ouverture intérieure qui seule permet que grandisse notre amour pour lui.

C’est ainsi qu’un disciple manifeste souvent vis-à-vis du maître un amour spirituel dont l’intensité peut inspirer une certaine incompréhension. Et cet amour peut paraître d’autant plus surprenant que le maître reste un homme en tous points semblable aux autres hommes. Il m’est arrivé de rencontrer au Maroc de grands théologiens et intellectuels qui ne comprenaient pas que leurs confrères, aussi réputés qu’eux-mêmes, pussent concevoir une admiration sans limite pour mon maître, lui qui, à leurs yeux, ne semblait pas posséder des qualités exceptionnelles.

Un maître spirituel reste tel qu’en lui-même, il ne joue pas de rôle, il ne compose pas ; il adapte son comportement en fonction des besoins propres à chaque situation ; dans telle situation il peut être conduit à parler, cependant que dans telle autre il gardera le silence, même si certains disciples souhaitent entendre des propose venant de lui… En fait, la communication essentielle se situant au niveau de ce que nous appelons le cœur à cœur, son intention n’est jamais de satisfaire à l’image que les autres attendent de lui. Dans une relation de maître à disciple, une alchimie secrète permet en effet que la perception que nous avons de notre maître évolue, grâce à la vision qui nous est donnée de son intériorité, c’est-à-dire de ce qui constitue en propre sa réalité spirituelle. »

Faouzi Skali, Le face à face des cœurs, Le Relié, 1999, pp. 40-1

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La Fédération bruxelloise pluraliste de soins palliatifs et continus nous annonce deux événements conjoints en lien avec le thème « La mort, parlons-en tant qu’il faut beau ».

* Une exposition de photographies, du 26/04 au 03/05/2018

  • Lieu : Galeries Expo (Galerie de la Reine 26, à 1000 Bruxelles, sous le Cinéma des Galeries)
  • Vernissage public : 26 avril 2018, de 18h à 22h.
  • Exposition gratuite, accessible du 27 avril au 3 mai 2018, de 11h30 à 22h
  • Photographies d’Alexandre Mhiri, Catherine Minala, Régis Defurnaux et les étudiants de photographie de 2e et 3e années de La Cambre arts visuels.

* Une conférence de Gabriel Ringlet*, le 28/04/2018

  • Lieu : Cinéma des Galeries, Galerie de la Reine 26 à 1000 Bruxelles
  • Horaire : accueil à partir de 10h. Conférence de 10h30 à 11h30, suivie d’une séance de questions-réponses. Pour ceux qui le souhaitent, une petite collation et une visite guidée de l’exposition sont ensuite prévues.
  • Prix des places : 12 euros. Possibilité de régler en ligne ou sur place.
  • Attestation de présence dans le cadre de la formation permanente.
  • Nombre de places limité !
  • Inscriptions obligatoires sur : http://www.bit.do/ringlet

Partenaires : COCOF, Palliabru, La Cambre, Cinéma des Galeries

 

*« Prêtre, écrivain, journaliste et universitaire, il a été professeur et vice-recteur de l’Université catholique de Louvain. Membre de l’Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique, sa vocation est intimement liée à l’écriture à travers, surtout, la rencontre entre l’actualité, l’Evangile et l’imaginaire. Un tissage qu’il développe plus particulièrement au Prieuré de Malèves-Ste-Marie en Brabant wallon (Belgique). Il s’investit beaucoup dans l’accompagnement en fin de vie et encourage un dialogue approfondi entre les libres pensées. » (www.gabrielringlet.be).

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