Il nous faut abandonner nos espoirs et nos attentes, comme aussi bien nos peurs, et entrer de plain-pied dans la déception, travailler avec la déception, entrer dedans et en faire notre mode de vie, ce qui est loin d’être aisé. La déception manifeste que nous sommes fondamentalement intelligents. On ne peut la comparer à rien d’autre ; elle est si nette, précise, évidente et directe. Si nous pouvons nous ouvrir, nous commençons soudain à voir que notre attente n’est pas pertinente, comparée à la réalité des situations que nous affrontons – et automatiquement surgit un sentiment de déception.

La déception est le meilleur véhicule que l’on puisse utiliser sur le sentier du dharma. Elle infirme l’existence de notre ego et de ses rêves. Cependant, si nous sommes engagés dans le matérialisme spirituel, si nous considérons la spiritualité comme une partie de notre accumulation de savoir et de vertu, si la spiritualité devient une façon de nous construire, alors, bien sûr, le processus de  l’abandon dans son ensemble est complète-ment distordu. Si nous considérons la spiritualité comme un moyen de nous mettre à l’aise, alors nous tâcherons de rationaliser chaque expérience désagréable, chaque déception : « Évidemment, il doit s’agir d’un acte de sagesse de la part de mon gourou, parce que je sais, je suis absolument sûr que mon gourou ne peut pas faire le mal. C’est un être parfait et toutes ses actions sont justes. Tout ce que Guruji fait, il le fait pour moi, parce qu’il est de mon côté. Aussi je puis bien me permettre de m’ouvrir. Je peux lâcher prise en toute sécurité. Je sais que j’avance sur le droit chemin. » Il y a quelque chose de pas très juste dans une telle attitude. Elle témoigne, au mieux, de notre esprit simple et naïf. Nous sommes captivés par l’aspect terrible et inspirant, digne et coloré du « Maître ». Nous n’osons pas voir différemment. Nous sommes convaincus que tout ce dont nous faisons l’expérience est partie intégrante de notre développement spirituel. « Ça y est, j’ai l’expérience, je me suis fait moi-même et je connais tout, peu ou prou ; les livres que j’ai lus confirment mes croyances, la justesse de mes idées. Tout coïncide. »

(…)

Traditionnellement, l’abandon est symbolisé par des pratiques comme la prosternation, qui est l’acte de tomber. En même temps, on s’ouvre psychologiquement et l’on s’abandonne complètement en s’identifiant avec ce qu’il y a de plus bas, en reconnaissant notre caractère brut et grossier. Ainsi, on se prépare à être un réceptacle vide, prêt à recevoir les enseignements.

 

CHÖGYAM TRUNGPA, Pratique de la voie tibétaine, Point Sagesses, Paris 1976, pp. 35-36

 

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Bonjour à toutes et tous,

Le Centre sera à nouveau fermé ces jeudi et vendredi (midi et soir) pour cause de retraite.

Bonne semaine !

Nous n’attendons plus que nos jeunes amis !

Bonjour à toutes et à tous,

En raison de la retraite de Rixensart qui commence ce jeudi, le zendô sera fermé ces jeudi soir et vendredi midi. Merci pour votre compréhension.

Nous vous rappelons par ailleurs que le prochain séminaire « Dôgen » se tiendra ce lundi 16 octobre, en présence de Yusho Sasaki, directrice du Centre européen du bouddhisme sôtô zen, et du Rev. Taibun Terumoto, responsable des affaires intérieures du Centre. L’enseignement sera donné par Yusho-san (en anglais, avec traduction). Pour rappel, cet atelier s’adresse exclusivement aux personnes qui pratiquent.

À très bientôt !

L’ALTRUISME DU ZEN [Émission Sagesses Bouddhistes du 03 février 2008 – extraits]

http://www.bouddhisme-france.org/archives/voix_bouddhistes/detail_des_emissions/080203.htm

Journaliste : Sandrine Colombo / Invité : Maître Kengan Robert

S.C.         Vous tenez à cette expression « L’altruisme du zen », plus qu’à « L’altruisme dans le zen » ?

K.R.        Oui, parce que le mot zen lui-même est la prononciation japonaise du mot sanscrit « dyana » qui veut dire recueillement. Le recueillement, c’est l’acte fondateur du bouddhisme. Le Bouddha s’est installé sous son arbre, après avoir fait différentes pratiques pour essayer de trouver la sagesse, dans l’idée d’aider tous êtres, y compris nous, 25 siècles plus tard. N’ayant pas trouvé la plénitude de la sagesse dans ces pratiques, il s’est tout simplement assis sous un arbre en disant qu’il ne bougerait pas de là, tant que la sagesse et la vérité qu’il avait cherchées pendant des années, ne viendraient pas à lui. Cet acte fondateur s’est perpétué dans tous les courants du bouddhisme.

C’est l’expression d’un message à l’intention de tous les êtres qui souffrent de leur mal-être, de leur tristesse, de leur peur de la mort. Cet acte ne peut apporter la sagesse à quelqu’un que s’il est fait avec une dimension qui le dépasse. Les deux jambes de la pratique (…) c’est de pratiquer le recueillement pour faire apparaître, émaner de soi  la sagesse, et, en même temps, faire le vœu de sauver tous les êtres, aussi innombrables soient-ils.

S.C.         Alors justement, comment se manifeste l’altruisme ?

K.R.        C’est d’abord un état d’esprit. Il y a d’abord cette sagesse que l’on intègre en soi, ou que l’on laisse émerger en soi par la pratique de l’immobilité, à la manière du Bouddha. (…) Toute notre tradition est fondée sur cette pratique-là.

Lorsque vous avez trouvé la tranquillité parfaite dans l’immobilité complète (le recueillement accompli, samadhi en sanscrit) votre cœur est complètement ouvert, d’abord dans l’expression de la joie. C’est un état d’esprit de joie qui se manifeste et cette joie-là est communicative, on entreprend les choses avec enthousiasme. Par ailleurs, dans la pratique de cette sagesse, au moment de ce recueillement accompli, l’être humain appréhende l’univers de façon très large et intègre tous les paramètres de la vie sans a priori, sans réticence, sans jugement, sans se dire que cela lui plaît ou pas. (…) L’altruisme se manifeste dans le Zen à travers un message d’espoir (la troisième noble Vérité) et à travers quatre attitudes, quatre méthodes.

  1. LE DON. Le don, c’est donner la parole de sagesse, mais c’est aussi se donner soi-même, donner son temps, donner tout son savoir, donner son enthousiasme aussi, sans arrière-pensées, sans jugement et sans même attendre de merci. Tous les textes bouddhistes nous le disent, en particulier le maître fondateur au Japon, Maître Dôgen : (…) Tu donnes, mais tu n’attends rien en retour. Il faut donner simplement. A ce moment là, comme effet secondaire, il y a une réaction positive bien sûr, mais ce n’est pas cela qu’il faut rechercher. Le don sans attendre de retour…  la générosité, la charité, tout cela fait partie du don.
  2. LA PAROLE AIMANTE, parler avec amour. Maître Dôgen nous dit qu’il faut parler aux gens avec cette idée que le Bouddha a donné sa vie, a consacré sa vie à s’occuper de tous les êtres qui souffrent, comme des bébés qu’il prend dans ses bras. Et d’une certaine façon, on se présente aux gens avec des paroles absentes d’agressivité, même si parfois on est sévère, car on peut fort bien dire quelque chose de très sévère à quelqu’un, mais avec amour.
  3. LA COMPASSION, agir pour le bien d’autrui. On peut dire que l’ensemble des quatre attitudes, dont je suis en train de parler, qualifie la compassion, la manifestation de la compassion d’une certaine façon. Tout se rejoint d’une certaine façon. Là aussi il faut agir pour le bien d’autrui sans en attendre de merci. On peut faire le bien de façon anonyme sans le claironner sur les toits, même à l’insu des gens et même parfois, en dépit d’eux. C’est l’exercice aussi de la sagesse de voir ce qui convient, mais c’est toujours agir. Lorsqu’on parle du bien ou du mal dans le bouddhisme, c’est toujours avec l’idée d’apporter aux personnes, non pas un bien matériel nécessairement, mais d’apporter le soulagement de ce mal-être, de cette grande douleur pour certaines personnes. C’est cela qui est « faire le bien ».
  4. L’EMPATHIE. L’empathie, veut dire « être en souffrance en même temps », selon l’étymologie du mot français, mais cela ne veut pas dire subir le problème de l’autre… C’est s’identifier à l’autre, justement pour permettre au message de mieux passer d’une certaine façon et de soulager. C’est tout cet ensemble d’attitudes et de paramètres que l’on appelle compassion.

S.C.         Pouvez vous nous rappeler le vœu de bodhisattva ?

K.R.        Il y a quatre vœux, mais le vœu d’altruisme, c’est celui-ci : « Innombrables sont les êtres. De les émanciper, je fais vœu. » Autrement dit, tant qu’il y aura une personne malheureuse qui ne trouve pas le chemin de la délivrance, de la paix parfaite de l’esprit pour aborder sa propre mort, le bodhisattva va continuer son œuvre.

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