Qu’est-ce qui m’empêche de m’asseoir ?

D’après Oren Jay Sofer, tricycle, 02 mars 2020

Beaucoup d’entre nous commencent un chemin spirituel avec enthousiasme et détermination, par nécessité, inspiration ou curiosité. Nous tenons bon pendant des semaines, des mois, voire plus. Puis, inévitablement, quelque chose change et nous levons le pied. La pratique de la méditation commence à devenir une corvée quand la vie s’emballe et que nous n’arrivons plus à nous asseoir.

Prendre le temps de s’asseoir est mieux que rien, mais la pratique dévoile tout son potentiel lorsque nous méditons de façon constante. Lorsque nous prenons régulièrement le temps de nous arrêter et de nous recentrer, nous renforçons d’innombrables qualités positives du cœur et de l’esprit et posons les bases d’une vie de sagesse et de compassion.

Même après une retraite de plusieurs jours, il nous est tous arrivé de rentrer chez nous avec une énergie renouvelée, pour constater que notre élan s’essouffle, que notre énergie s’estompe et que nous retombons dans notre vieille habitude de ne nous asseoir que lorsque cela nous convient sur le moment.

Pourquoi en est-il ainsi ? Les raisons sont nombreuses. La première chose à faire consiste à examiner attentivement ce qui se passe.

Prendre le temps d’examiner notre situation globale

Parfois, un changement de circonstances extérieures modifie notre capacité à méditer au quotidien. Prenez un peu de recul par rapport aux différents aspects de votre vie et examinez la situation avec l’œil bienveillant d’un ami. Vous venez de mettre fin à une relation, de commencer un nouvel emploi ou de déménager ? Vous êtes soumis à une forte pression au travail ? Vous devez faire face à la maladie d’un proche ? Au milieu de ces bouleversements, nous ne prenons pas nécessairement en compte le coût élevé de telles situations en temps et en énergie.

Le simple fait de reconnaître l’impact de tels changements peut créer en nous un espace intérieur de compassion et de bienveillance vis-à-vis de nous-même. Une vision lucide de la situation nous permet de réévaluer le soutien dont nous pourrions avoir besoin et, le cas échéant, d’y intégrer la pratique de la méditation.

Le plus souvent, cependant, c’est un obstacle intérieur qui nous éloigne du coussin. Une réelle présence à soi peut nous révéler ce qui se joue sous la surface et nous donner des indications sur la façon de réagir.

L’une des causes les plus courantes entraînant une diminution de ma pratique quotidienne est le sentiment d’être noyé par la quantité de tâches à accomplir. Les listes ne cessent de s’allonger et tout prend au moins deux fois plus de temps que prévu. Lorsque je laisse le rythme effréné de la société prendre le pas sur la manière dont je souhaite vivre ma vie, tout en pâtit, y compris ma pratique quotidienne. Quel peut être notre état d’esprit lorsque nous nous asseyons pour méditer (à supposer que nous y parvenions) si nous avons passé notre journée à courir d’une tâche à l’autre et tenté de faire un maximum de choses en un minimum de temps ? Est-ce que je n’ai vraiment aucune marge de manœuvre ?

Vérifier nos idées reçues

L’une des raisons les plus courantes pour lesquelles de nombreux pratiquants perdent leur motivation est le constat que leur expérience méditative ne correspond pas à leurs attentes. Nous venons chercher la paix, la lucidité et le bien-être, et nous trouvons l’agitation, les rancunes mesquines, la confusion et l’absurdité totale.

La paix et la lucidité nous viennent de la reconnaissance de nos schémas mentaux. Lorsque nous nous en souvenons et que nous laissons de côté nos attentes et nos idées, nous retrouvons plus d’espace pour nous recentrer et nous engager à nouveau dans notre pratique quotidienne.

Il peut également y avoir des croyances fondamentales qui opèrent à un niveau plus profond et nous empêchent de réaliser nos aspirations. Quelles histoires vous racontez-vous à propos de la méditation ? Genre « Si je m’y donne à fond, je vais me perdre » ou « Je ne suis pas assez bon, pas assez intelligent », ou que sais-je encore ? Lorsque nous ne les repérons pas, de telles idées ont un pouvoir énorme. Non seulement elles nous empêchent de méditer, mais elles peuvent aussi orienter le cours de notre vie. Mettre à jour ces croyances prend généralement du temps. Le soutien d’une personne compétente ou d’un ami de bien[1] peut s’avérer utile. Quoi qu’il en soit, lorsque nous faisons l’effort d’identifier et de transformer nos croyances limitatives, nous trouvons une énergie et un potentiel énormes.

Se tourner vers ce qui est difficile

Notre aversion pour les expériences désagréables est intimement liée à nos attentes non satisfaites [N’attendez rien !] et à nos croyances. Pourquoi rester assis pendant 30 minutes avec des pensées, des sensations et des émotions désagréables alors qu’on peut facilement y échapper –en nous plongeant dans un film, un verre et un sachet de chips à portée de main ? Il y a un temps pour la distraction et un temps pour l’investigation. Lorsque la distraction devient refuge, nous négligeons la rencontre avec nous-mêmes. Or il y a beaucoup à apprendre (et à guérir) à examiner les recoins sombres, inconfortables, chaotiques, ou, d’une manière générale, désagréables de notre esprit. C’est là que nous pouvons rencontrer les cinq entraves ou énergies mentales qui obscurcissent la clarté de l’esprit et font obstacle à notre cheminement sur la voie spirituelle. Il est important de se familiariser avec ces visiteurs que sont le désir (la saisie), l’aversion (le rejet), la somnolence ou l’apathie, l’agitation ou l’inquiétude, et le doute. Apprendre à les reconnaître lorsqu’ils se manifestent fait partie intégrante de notre pratique. Si celle-ci diminue, il y a de fortes chances que la nature peu agréable d’un (ou plusieurs) de ces obstacles y soit pour quelque chose.

Si vous vous surprenez à éviter le coussin, commencez donc par regarder à l’intérieur et à l’extérieur de vous-même. Une fois que vous aurez découvert ce qui génère de la résistance, réfléchissez à ce que vous pourriez modifier. Parfois, il suffit de mobiliser le courage et la persévérance nécessaires pour continuer à pratiquer. À d’autres moments, nous pouvons avoir besoin de l’aide d’une autre personne pour passer un moment difficile. Il peut aussi être intéressant de renouer avec notre motivation initiale et de retrouver les raisons qui nous ont amenés à la pratique. Et d’évaluer de temps à autre notre pratique sur base de nos observations et des points évoqués ci-dessus.

Oren Jay Sofer est membre du Conseil des enseignants de Spirit Rock.

[1] Toute personne dont le comportement, les conseils ou les enseignements vous encouragent à continuer et approfondir votre pratique.