« NOTRE CALME EST CONTAGIEUX »

Sigal Samuel / Tara Brach

La pratique de la  méditation peut contribuer à calmer notre anxiété face à la pandémie de coronavirus.

Si vous ressentez une anxiété supplémentaire ces jours-ci à cause du Covid-19, sachez que vous n’êtes pas seuls dans cette situation. Cette pandémie nous confronte tous à plus de stress et d’incertitude que d’habitude. Beaucoup d’entre nous se demandent également comment éviter de sombrer dans la panique totale.

A l’heure où nous essayons de gérer tant bien que mal notre anxiété face au coronavirus, j’essaie de garder à l’esprit cette citation de Thich Nhat Hanh : « Lorsque les bateaux bondés de réfugiés vietnamiens[1] rencontraient des tempêtes ou des pirates, si tout le monde paniquait, tout était perdu. Mais si même une seule personne arrivait à rester calme et centrée, cela suffisait. Cela montrait à tous la voie à suivre pour survivre ».

Tara Brach, psychologue américaine et enseignante bouddhiste américaine très respectée, a repris cette citation dans un récent bulletin d’information électronique. Cela m’a incité à l’appeler pour lui demander des conseils sur l’utilisation de la méditation dans le contexte de cette pandémie.

La première chose à savoir, c’est que le mot « méditation » fait en fait référence à de nombreuses pratiques différentes. En Occident, l’ensemble de pratiques le plus connu est la « méditation de pleine conscience ». Cela signifie qu’il faut prêter attention, de manière ciblée et sans porter de jugement, à votre expérience du moment présent. Cela peut impliquer une pratique formelle – comme lorsque vous vous asseyez et concentrez votre attention sur la sensation de sentir votre souffle entrer et sortir. Mais vous pouvez aussi vous exercer à être attentif [« présent »] lorsque vous lisez les nouvelles ou lorsque vous faites vos courses.

J’ai parlé à Tara Brach de la façon dont nous pouvons utiliser la pleine conscience et d’autres techniques pour trouver un équilibre pendant la crise du coronavirus, et des raisons pour lesquelles ce n’est pas une fuite égoïste de la réalité. De nombreuses études en neurosciences ont montré que la méditation peut nous aider à réguler nos propres émotions afin que nous puissions mieux prêter attention aux autres et agir de manière plus altruiste.

Sigal Samuel Je suppose que, comme nous tous, vous vous êtes sentie stressée par le coronavirus. Qu’avez-vous fait personnellement pour rester calme et centrée ?

Tara Brach Comme tout le monde, je ressens l’ampleur de la situation et j’ai peur pour mes proches et pour les personnes les plus vulnérables de notre monde. Je fais plusieurs choses : marcher dans la nature et admirer sa beauté ; parler aux gens et ressentir notre vulnérabilité et nos liens communs ; et beaucoup de méditation. Cela me permet de retrouver une certaine stabilité, ce qui m’est d’une aide inestimable.

SS Pour les personnes qui n’ont pas d’expérience de la méditation mais qui cherchent un moyen d’éviter de s’enfoncer dans le tourbillon de la panique, pouvez-vous suggérer une ou deux pratiques simples qui seraient utiles dans notre situation actuelle ?

TB La première étape lorsque nous sommes vraiment pris dans la peur est de calmer notre système nerveux sympathique[2]. Une façon simple de le faire consiste à prendre de longues et profondes respirations. Prenez au moins trois respirations complètes, en comptant jusqu’à cinq à l’inspiration. Et à l’expiration, relâchez intentionnellement la tension. Cela commence à calmer le système nerveux.

Notre respiration est souvent la base la plus utile pour sortir de nos angoisses et retrouver nos sens. Mais nous pouvons aussi revenir [être présent] aux sons que nous entendons sur le moment, ou à la sensation de picotement de nos mains ou de nos pieds, ou à la vue d’un arbre ou d’une table. L’attention aux organes des sens nous aide à revenir au moment présent.

SS Dans votre nouveau livre Radical Compassion, vous proposez également une courte pratique de méditation appelée RAIN [« pluie » en anglais]. Pouvez-vous expliquer ce que signifie cet acronyme ?

TB Oui, j’utilise l’acronyme parce que c’est un moyen facile à retenir si vous êtes pris par la peur. Il signifie reconnaître [Recognize], permettre ou autoriser [Allow], examiner [Investigate], prendre soin [Nurture, lit. ‘nourrir’]. D’abord, il suffit de reconnaître : « Ok, je ressens de la peur ». Murmurez-le mentalement, et cela vous aidera tout de suite.

Ensuite, autorisez-la à exister. Laissez-la être là, n’essayez pas de vous enfuir, de la nier, de la contrôler ou de la juger. [De la manipuler de quelque façon que ce soit : notamment en se raisonnant, ce qui est une façon de nier.]

Puis, regardez, examinez. Observez votre corps et sentez simplement où se trouve la peur. Découvrez comment elle se traduit et respirez avec elle, avec une douce qualité d’attention.

Enfin, prenez soin d’elle [comme on prendrait soin d’un nouveau-né]. Vous pouvez mettre votre main sur votre cœur et vous offrir un message gentil ou apaisant. Vous pouvez dire à la peur : « Merci d’avoir essayé de me protéger ; c’est OK ». Je me dis parfois : « C’est OK, pas la peine de s’emballer ».

SS Je m’interroge sur le sens de « reconnaître », cette idée que lorsque vous pouvez nommer une peur, elle perd un peu de son pouvoir sur vous. En quoi cette notation mentale [« Il y a de la peur »] modifie-t-elle l’activité du cerveau ?

TB Lorsque nous sommes en mode « résistance-fuite-blocage », notre système limbique[3] nous a pratiquement pris en otage et nous perdons le contact avec notre cortex préfrontal, la partie la plus récemment évoluée de notre cerveau, qui a trait au fonctionnement exécutif et à la prise de bonnes décisions. Lorsque nous donnons un nom à ce qui se passe, nous commençons à activer le cortex préfrontal. La pleine conscience nous reconnecte avec cela. (à suivre)

D’après

https://www.vox.com/future-perfect/2020/3/18/21181644/

coronavirus-covid-19-mindfulness-meditation-anxiety

[1] Thich Nhat Hanh évoque les réfugiés qui ont fui le Vietnam par bateau (boat people) après la victoire des communistes en 1975.

[2] Le système nerveux sympathique est une des trois parties du système nerveux autonome. Il est responsable du contrôle d’un grand nombre d’activités automatiques de l’organisme, telles que le rythme cardiaque ou la contraction des muscles lisses. (Wikipedia)

[3] Système limbique : ensemble de structures cérébrales situées dans la région médiane et profonde du cerveau, jouant un rôle majeur dans la mémoire et les émotions, de même que dans l’élaboration des comportements.

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