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L’association Shikantaza asbl propose à partir du lundi 4 mai et durant la période de fermeture du Daishinji le programme suivant.

Cinq rendez-vous hebdomadaires online sur la plateforme jitsi. L’utilisation de cette plateforme est extrêmement simple et ne nécessite pas d’installer un quelconque programme informatique sur votre ordinateur. Nous vous enverrons sur demande à info@shikantaza.be le lien sur lequel il vous suffira de cliquer pour être en contact avec les participants aux heures prévues. Seule inconnue : la plateforme fonctionne très bien avec 10 personnes, mais nous ne connaissons pas les limites du programme.

Horaire

Le lundi de 18h20 à 19h30 – Zazen de 18h20 à 18h40 : lecture et échanges / commentaires du dernier livre d’Okumura Roshi, Vivre par voeu (Editions Sully), consacré aux textes les plus utilisés dans les Centres Zen Soto (les vœux de bodhisattava, les refuges, le verset du Kesa, les chants des repas, le Sutra du cœur, etc.).

Le mardi et le jeudi de 8h00 à 8h30 : méditation

 Le mercredi et le vendredi de 9h50 à 11h – Zazen de 9h50 à 10h10 : témoignages et commentaires à partir de textes répartis en trois catégories – MEDITER AU TEMPS DU CONFINEMENT, CONSEILS SPIRITUELS EN TEMPS DE PANDEMIE et REFLEXIONS DANS LE CONTEXTE DE LA PANDEMIE. Ces textes sont rassemblés dans une Petite anthologie de textes pour le temps du confinement (21 pages), disponible sur demande à info@shikantaza.be.

Andrew Olendzki, tricycle, printemps 2020

Le mot pali sati (smriti en sanskrit) est communément traduit par « pleine conscience », ce qui en français signifie simplement être conscient, comme lorsque nous disons : « Je suis conscient que nous sommes mardi ». Il peut également suggérer une prise de conscience ou une attention accrue, comme dans « Attention à ne pas casser cette assiette ». Ce sentiment est familier aux chercheurs en sciences sociales, qui remarquent qu’une grande partie de ce que nous faisons est faite de manière habituelle et sans grande conscience, alors que les études montrent qu’il est plus efficace de faire les choses de manière consciente que sans réfléchir.

L’utilisation bouddhiste de la pleine conscience comme pratique de méditation inclut ces deux sens, mais va plus loin en précisant que la conscience comprend également une attitude d’équanimité, qui ne favorise ni ne s’oppose à l’objet dont on a conscience. Lorsqu’on est conscient d’une sensation corporelle, par exemple, on ne l' »aime » pas si elle est agréable et on ne la « déteste » pas si elle est désagréable. On est simplement conscient de la sensation, avec une conscience accrue, mais sans aucune trace de désir positif ou négatif.

C’est cette capacité à séparer la conscience du réflexe commun de jugement continu qui peut être transformatrice. Le désir est la cause de la souffrance, dit la deuxième noble vérité, et la cessation du désir entraîne la cessation de la souffrance, selon la troisième. Nous pouvons en voir la vérité dans notre propre expérience, à chaque instant.

Lorsque nous voyons, touchons ou pensons à quelque chose de désirable, un désir se fait jour qui nous pousse à le saisir et à nous y accrocher avec ténacité, ou qui fait naître l’anxiété de le perdre. Et lorsque nous faisons l’expérience d’une chose que nous n’aimons pas ou même détestons, une forte impulsion à l’éviter, l’ignorer, l’agresser ou la détruire se manifeste et façonne nos réactions. Dans tous ces cas, nous éprouvons un désir fort ou subtil de vouloir que les choses soient différentes de ce qu’elles sont. Le mot bouddhiste pour cela est dukkha, qui nous est familier dans le monde moderne sous le nom de « stress ».

En pratiquant la pleine conscience, même dirigée vers quelque chose d’aussi ordinaire que la respiration, nous renforçons la partie de l’esprit qui est consciente de la façon dont les choses sont, tout en diminuant la partie qui est stressée parce que les choses ne sont pas comme nous voulons qu’elles soient. Il est sain d’accroître la prise de conscience, et encore plus sain de faire une pause dans le désir.

 

Andrew Olendzki est le directeur des études sur la pleine conscience à l’université de Lesley et chercheur principal à l’Integrated Dharma Institute.

La pleine conscience ne suffit pas pour vivre une existence équilibrée en plein milieu de la tempête qu’est la vie contemporaine. Il ne suffit pas d’être conscient pour se frayer un chemin à travers le cyclone de vos journées. Elle ne suffit pas pour vous aider à faire les choix difficiles. Et voici le vrai problème : cela n’a jamais été censé être suffisant.

 Quand le Bouddha enseignait la pleine conscience, il l’a toujours enseignée comme faisant partie d’un tout. Il n’a jamais dit : « Faites attention à votre respiration et vous serez libéré de la souffrance. » Plutôt « Faites attention à votre respiration pour stabiliser l’esprit, puis regardez votre vie ».

Regardez votre vie. De près. Remarquez vos états d’esprit. Observez votre cœur. Et aussi, si vous voulez être heureux, assurez-vous que vous prenez vraiment soin des choses. Comme la bonté, et la douceur, et l’amour, et la compassion. En fait, le Bouddha a dit que la bonté, et non la pleine conscience, est la base d’une vie heureuse.

 

Extrait de How Not to Be a Hot Mess: A Survival Guide for Modern Life, par Craig Hase et Devon Hase © 2020.

Bonjour à toutes et à tous,

Afin de permettre à celles et ceux qui sont en télétravail de participer aux échanges sur la plate-forme en ligne, nous avons adapté les horaires comme suit :

Lundi de 18h20 à 19h30 (Zazen de 18h20 à 18h40 – On arrive quand on veut)
Mercredi de 9h50 à 11h (Zazen de 9h50 à 10h10 – On arrive quand on veut)
Vendredi de 9h50 à 11h (Zazen de 9h50 à 10h10 – On arrive quand on veut)
Les lundi et mercredi seront consacrés à la discussion des articles publiés ici ces dernières semaines, tandis que le vendredi sera dévolu à la lecture en commun du petit fascicule d’Ajahn Sumedho sur les quatre Nobles Vérités (disponible gratuitement ici : http://dhammasukha.free.fr/biblio/4NoblesVerites.html ; nous pouvons aussi vous l’envoyer au format Word sur simple demande). Vous participez quand vous voulez, sans obligation.
Pour rappel, ces échanges sont ouverts à tou.te.s, que vous pratiquiez ou non avec nous. Il vous suffit, pour participer, de nous envoyer un petit mot à l’adresse mokusho@shikantaza.be. Nous vous ferons alors parvenir le lien et, éventuellement, les textes.
Bonne soirée à toutes et à tous,
Mokusho

Il n’y a pas de « réponse bouddhiste » aux problèmes sociaux, économiques et politiques de notre temps. Ken McLeod, tricycle, 4 novembre 2016

Au cours des semaines [qui ont suivi l’élection de Trump à la présidence des USA], j’ai reçu quelques courriels contenant des questions sur une réponse bouddhiste à l’élection de 2016. Et notamment celle-ci : Que dit le bouddhisme sur la façon de répondre au comportement et à la rhétorique de Donald Trump ? Et, tout aussi important, que dit-il sur la façon de répondre à ses partisans enthousiastes ? Le bouddhisme a-t-il des impératifs moraux et des limites à ne pas franchir, ou tout cela est-il simplement « intéressant » ?

Il m’est difficile de répondre à ces questions, non pas à cause de Donald Trump ou de prétendus impératifs moraux bouddhistes, mais parce que ces questions sont formulées d’une manière qui m’est étrangère. Elles semblent impliquer qu’il y a une façon « bouddhiste » d’y répondre.

Cette élection, avec toutes ses hyperboles et son vitriol, combinée au degré élevé de polarisation dans ce pays, a fait naître de puissantes réactions émotionnelles chez beaucoup d’entre nous. Ces réactions émotionnelles sont des réactions, et la voie du bouddhisme consiste à développer la compétence et la capacité de sortir [du réflexe] de la réaction pour entrer dans [la voie de] la réponse – par la compréhension de la vacuité, la compassion, la parole juste, etc. [Il importe donc d’apprendre à répondre plutôt qu’à réagir]. Cependant, la manière dont nous répondons est affaire individuelle et dépend de nombreux facteurs.

De nombreuses personnes considèrent le bouddhisme comme une religion et, à ce titre, comme une institution sociale qui peut et doit prendre position sur les questions économiques, politiques et sociales. Cela n’a jamais été mon point de vue. Je n’ai jamais eu l’impression que le bouddhisme avait quelque chose à dire sur ce genre de questions. J’ai vraiment le sentiment que le bouddhisme n’a rien à dire sur quoi que ce soit. Je pense que le bouddhisme est un chemin de pratique spirituelle qui consiste à lâcher prise sur l’identité et à vivre une vie libérée des limites de l’esprit conceptuel. Cette évolution peut très bien conduire à des prises de position sur diverses questions, mais ces prises de position sont des choix personnels, et non des positions bouddhistes.

Par conséquent, je suis toujours mal à l’aise lorsque quelqu’un me dit : « Oh, vous êtes bouddhiste ». J’ai l’impression d’avoir été catalogué et identifié à un ensemble de croyances et d’hypothèses que l’orateur tient pour évidentes et auxquelles je n’adhère probablement pas. Je suis bien conscient que ma réaction à cette déclaration indique également un sentiment de soi qui opère en moi. La formation de l’identité est tenace.

Quel est l’intérêt du lâcher prise en matière d’identité ? L’abandon de l’identité est ce qui nous permet et nous rend capables d’être vraiment humains – d’être une réponse permanente aux défis, aux exigences et aux besoins de la vie. C’est la liberté d’évoluer constamment dans le sens de l’équilibre et de faire face aux tensions et aux luttes dans la vie de ceux qui nous entourent et dans le monde en général.

Ainsi, dans le contexte des élections de 2016, ou dans le contexte de la myriade de défis sociaux, économiques et politiques auxquels nous sommes confrontés, je ne cherche pas une réponse typiquement bouddhiste. Je cherche une réponse qui soit à la fois humaine et pleine de compassion.

Dilgo Khyentsé, l’un des grands maîtres tibétains du XXe siècle, s’est un jour vu demander : « Pourquoi pratiquons-nous ? » Ce à quoi il répondit : « Pour tirer le meilleur parti d’une mauvaise situation ». Je trouve cette réponse fascinante et extraordinairement profonde. Certaines personnes peuvent désapprouver le fait de considérer la vie telle que nous la connaissons comme une mauvaise situation, mais nous savons tous que, même si nous sommes privilégiés, nous serons tous tôt ou tard confrontés aux difficultés de la vie. Ces difficultés découlent du cours naturel de la vie, des déséquilibres générés par le fait de vouloir être avec ceux que nous aimons et d’éviter ceux que nous n’aimons pas, d’obtenir ce dont nous avons besoin et de garder ce que nous avons. Comment savoir quels sont les déséquilibres ou les luttes à résoudre, quelle direction prendre ou où diriger notre attention et notre énergie ?

Cette question nous amène à dépasser le domaine de la pratique bouddhiste pour aborder la notion de pratique en général. La réponse du philosophe allemand Peter Sloterdijk [1947] est que, à l’ère moderne, nous devons développer une vie de pratique, de répétition et de raffinement constants. Mais quelle pratique ? Qu’est-ce qui, dans notre vie, mérite vraiment d’être pratiqué, répété et perfectionné ?

L’une des plus importantes conclusions de ma propre pratique a été de voir, ne serait-ce qu’à petite échelle, comment le monde peut apparaître aux yeux des autres. Pour ce faire, je dois lâcher prise sur ma propre identité et m’imaginer dans la peau des autres, et c’est toujours un défi. En ce qui concerne Black Lives Matter, par exemple, les Afro-Américains considèrent souvent la police non pas comme une source de sécurité, mais comme une source de danger. Le ressentiment de la classe ouvrière blanche dans de nombreux endroits du pays est facilement compréhensible si l’on considère qu’il faut exercer deux ou même trois emplois pour pouvoir simplement se nourrir  pendant que les bureaucrates du gouvernement ou des entreprises vous imposent leurs programmes et leurs valeurs.

Aussi, bien que je sois en profond désaccord avec ceux qui soutiennent un candidat totalement inadapté, les partisans de Trump, et leur colère, leur peur et leur désir de changement font également partie de mon monde.

Et maintenant, que faisons-nous ? Je ne sais pas. Je pense que la meilleure chose que beaucoup d’entre nous puissent faire est d’utiliser nos compétences pour atteindre et parler avec ceux avec qui nous sommes en désaccord. Il faut construire des ponts, pas des barricades. Afin de résoudre les conflits et la polarisation, chaque partie doit reconnaître la légitimité des intérêts vitaux des autres parties. Vous ne pouvez pas attendre de quiconque qu’il fasse des compromis sur ce qui est d’une importance vitale pour lui. Le lien humain est essentiel ; sans lui, la société tombe dans le chaos darwinien.

Selon moi, le bouddhisme ne nous dit pas comment aborder ces questions en soi. La pratique bouddhiste peut fournir et fournit effectivement les outils pour développer l’intention, les compétences et les capacités nécessaires pour les aborder. Mais la manière dont nous réagissons dépend de nombreux facteurs, notamment des circonstances de notre vie. C’est à nous de trouver comment répondre aux défis de l’élection de 2016, non pas en tant que bouddhiste mais en tant qu’être humain.

 

Ken McLeod est écrivain, traducteur, enseignant et consultant en affaires. Ses écrits sur la pratique bouddhiste comprennent Reflections on Silver River et A Trackless Path.

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