Méditer quotidiennement et … que faire quand « ça ne veut pas »

Du développement d’une pratique stable dans un monde instable

Gregg Krech, tricycle 28 mars 2018

Nous nous efforçons d’être constants dans nos comportements, mais la vie elle-même l’est rarement. Le soleil se lève à un rythme régulier, mais nous connaissons des sécheresses au cours desquelles il ne pleut pas pendant des semaines. Les marées suivent toujours les mêmes schémas, mais les ouragans et les tornades ne connaissent quant à eux pas de règles.

Le seul domaine de ma vie dans lequel j’ai été vraiment constant est la respiration. Tout le reste – les régimes, l’exercice, la pratique du piano, l’écriture, le sexe, le yoga, les smoothies verts et le fil dentaire – correspond davantage à des phases. Je suis un être humain imprévisible dans un monde imprévisible.

Pourtant, il y a des choses que je voudrais faire régulièrement, comme méditer. Bien sûr, il y a des périodes où je m’éloigne de la pratique et où je regarde mon coussin avec un sentiment de tristesse. Je suis donc face à un dilemme : je veux de la constance, mais je suis inconstant.

La psychologie japonaise, qui s’appuie sur deux approches spécifiques – la thérapie Morita (enracinée dans le bouddhisme Zen) et la thérapie Naikan (enracinée dans le bouddhisme Shin) – peut nous donner quelques idées pour maintenir une perspective, un cap et des comportements sains, même lorsque nous en avons perdu l’habitude. Elle propose notamment les deux stratégies ci-dessous pour nous aider à nous engager dans la pratique.

 Facilitez-vous la vie

Supposons que vous décidiez de boire une bonne tasse de thé vert bien chaud tous les jours. Plus tard dans la journée, vous vous arrêtez chez le marchand de thé installé à environ trois kilomètres de votre maison et achetez juste assez de thé pour une tasse. Le lendemain matin, vous vous réveillez et vous vous préparez une tasse de ce délicieux thé. La vie est merveilleuse.

Le lendemain, vous vous réveillez et vous vous apercevez que vous n’avez plus de thé. Vous prenez donc votre voiture et vous vous rendez au magasin pour acheter juste assez de thé pour une tasse. Vous rentrez à la maison et vous vous faites votre thé, et c’est une autre matinée délicieuse.

Le troisième jour, vous vous réveillez avec une fatigue inhabituelle. Vous avez un rendez-vous ce matin-là. Vous avez un rhume. Vous vous dites : « Je n’ai pas vraiment envie de sortir pour aller chercher du thé. Peut-être que je vais juste faire l’impasse sur mon thé ce matin. » Puis vous vous sentez coupable et vous pensez : « J’avais dit que je boirais une tasse de thé tous les matins. Si je ne le fais pas, je ne respecterai pas mon engagement ». Puis : « Mais je n’ai vraiment pas envie de sortir ce matin. » Ensuite, cela devient une sorte d’Assemblée Générale des Nations unies dans votre tête, où tous les aspects la question sont débattus et où tout le monde a quelque chose à dire. Pour certains d’entre nous, cette réunion prend plus de temps qu’il n’en faudrait pour aller chercher le thé en voiture.

Peut-être vous dites-vous qu’il s’agit d’un problème facile à résoudre. Il suffirait d’acheter un grand sachet de thé. Il durerait un mois, et vous n’auriez pas à sortir chaque matin pour vous en procurer. C’est une idée brillante. Et plus brillante encore quand vous réalisez que vous pouvez l’appliquer à des domaines de votre vie autres que la consommation de thé.

Facilitez-vous les choses que vous voulez faire et rendez difficiles celles que vous ne voulez pas faire. C’est l’un des principes enseignés dans la psychologie japonaise.

En ce qui concerne la méditation, vous pouvez installer votre coussin la veille, préparer votre encens et laisser les allumettes juste à côté de la bougie. Vous pouvez aussi placer une minuterie juste à côté de votre coussin.

Ça marche aussi avec les régimes. Achetez-vous un gros sac de petites carottes et n’achetez pas de biscuits. J’habite à la campagne et je dois parcourir six kilomètres et demi pour me rendre à l’épicerie la plus proche. Si vous voulez moins regarder la télévision, débranchez le téléviseur et mettez la télécommande dans le tiroir de la cuisine.

Ce principe peut être efficace pour vous aider à développer certaines habitudes et en abandonner d’autres. Mais il ne marche pas tout le temps, car nos esprits sont chaotiques et la vie est chaotique – ce qui ne constitue pas une base idéale pour faire quoi que ce soit avec 100% de cohérence. C’est pourquoi nous devons parfois nous tourner vers la pratique du « nouveau départ ». (à suivre)

Meditating Every Day and What to Do When You Don’t