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« La paix, ça s’apprend ! »[1]

Si la paix est un apprentissage, pourquoi, selon vous, est-elle aussi un état naturel ?

Nous sommes nés pour être en paix, j’en suis de plus en plus convaincu. (…) J’observe que les personnes qui apprennent à se rapprocher d’elles-mêmes retrouvent la paix. Elles reviennent dans ce qu’elles sont par essence : paisibles, joyeuses, fécondes, partageantes et aimantes. C’est notre nature ! Le processus de pacification est un retour à l’état  d’origine. D’ailleurs, les récentes découvertes en neurosciences ont montré que le nouveau-né est empathique par nature. Il a  envie de s’amuser et il n’est pas dans des rapports de pouvoir ; il a le goût d’être proche de l’autre. C’est en  grandissant dans nos systèmes que l’on devient antipathique, que l’on apprend à se couper de nos ressentis et à se faire violence.

(…)

La paix intérieure peut-elle influer sur la vie  en société ?

Oui, car on peut être contagieux de sa paix intérieure. C’est le bénéfice citoyen du travail sur l’intériorité, que j’évoque dans mon livre précédent Du Je au Nous, L’intériorité citoyenne : le meilleur de soi au service de tous [Les Éditions de l’Homme, 2014]. Si nous voulons contribuer à pacifier le monde, le premier espace de pacification, c’est nous-même. Cela demande un certain travail de connaissance de soi, de toutes nos parties, notamment de l’ombre que l’on n’aime pas trop aller voir, mais que l’on a besoin d’intégrer pour être unifié et centré, et ce, pour pouvoir aussi accueillir l’ombre de l’autre. Lorsque nous entrons dans cette démarche de manière suffisamment rigoureuse – c’est une hygiène de vie que l’on instaure -, j‘observe que nous devenons spontanément généreux de nous-même.

(…)

Concrètement, cela signifie méditer quotidiennement ?

Il faut surtout une hygiène de conscience. Par exemple, prendre un moment pour s’ancrer dans ses valeurs, se nettoyer l’esprit et, bien sûr, s’inspirer. Mais, le risque que j’ai pu observer, c’est de « plaquer » de la méditation sur un intérieur rempli de tensions, et que l’on s’étonne que rien ne se transforme. Il y a avant tout des systèmes de pensée à démanteler. La paix vient parce que, tous les matins, j’ai un rituel de conscience qui me permet de voir comment je me sens aujourd’hui, quel est mon projet, qu’est-ce qui me réjouit et me met en expansion ? Qu’est-ce qui m’attriste, me désole ou me met en rage ? Qu’est-ce que j’ai besoin de comprendre pour ne pas accumuler trop de gouttes dans mon vase et que l’autre devienne la goutte qui fait déborder le tout ?

 

Interview de Thomas d’Ansembourg

par P. Greboval et S. Rahmani,

Kaizen, mars – avril 2017, pp. 9-11

[1] Titre d’un ouvrage de David Van Reybrouck et Thomas D’Ansembourg paru chez Actes Sud

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