You are currently browsing the daily archive for 4 mai 2018.

L’une des difficultés concernant l’abandon à un maître réside dans nos idées préconçues quant à lui, et dans nos anticipations sur ce qui surviendra en sa compagnie. Nous sommes occupés par l’idée de ce dont nous voulons faire l’expérience avec le maître spirituel : « J’aimerais voir ceci ; et ce serait la meilleure façon de le voir ; j’aimerais faire l’expérience de cette situation particulière, parce qu’elle s’accorde parfaitement avec ce que j’attends, et qui me fascine. »

Aussi cherchons-nous à classer ou à caser les choses, essayant d’adapter la situation à notre attente, et nous ne pouvons rien lâcher de ce que nous anticipons. Si nous cherchons un maître gourou, il nous faut un saint homme, un être paisible, simple, serein et cependant sage. Et, lorsque nous découvrons qu’il ne répond pas à notre attente, nous sommes déçus et commençons à douter.

Si nous voulons établir une véritable relation de maître à disciple, il nous faut abandonner toutes nos idées préconçues concernant cette relation aussi bien que les conditions de l’ouverture et de l’abandon. « Lâcher prise » signifie s’ouvrir complètement, essayer d’aller au-delà de la fascination et de l’attente.

Lâcher prise, cela veut dire aussi que l’on reconnaît les qualités rudes, grossières, maladroites et choquantes de son propre ego, et que cette reconnaissance est un abandon. Il est généralement très difficile d’abandonner ces caractéristiques de l’ego. Bien que nous puissions aller jusqu’à nous haïr, en même temps, cette violence dirigée contre nous-mêmes nous occupe, en quelque sorte. En dépit du fait que nous n’aimons probablement pas ce que nous sommes et que nous souffrons de cette autocondamnation, nous n’arrivons pas à l’abandonner complètement. Si nous commençons à abandonner l’autocritique, il se peut que nous sentions alors que nous perdons ce qui nous occupe, comme si quelqu’un nous enlevait notre métier. Si nous abandonnions tout, nous n’aurions plus rien dont nous pourrions nous occuper ; il n’y aurait plus rien à quoi se cramponner. Se tenir en estime ou se blâmer, ce sont là fondamentalement des tendances névrotiques qui proviennent de ce que nous n’avons pas suffisamment confiance en nous-mêmes, « confiance » dans le sens de voir ce que nous sommes, et savoir que nous pouvons nous permettre de nous ouvrir. Nous pouvons nous permettre d’abandonner la qualité névrotique – rude et grossière – de notre moi et sortir de la fascination, sortir des idées préconçues.

Il nous faut abandonner nos espoirs et nos attentes, comme aussi bien nos peurs, et entrer de plain-pied dans la déception, travailler avec la déception, entrer dedans et en faire notre mode de vie, ce qui est loin d’être aisé. La déception manifeste que nous sommes fondamentalement intelligents. On ne peut la comparer à rien d’autre ; elle est si nette, précise, évidente et directe. Si nous pouvons nous ouvrir, nous commençons soudain à voir que notre attente n’est pas pertinente, comparée à la réalité des situations que nous affrontons – et automatiquement surgit un sentiment de déception.

La déception est le meilleur véhicule que l’on puisse utiliser sur le sentier du dharma. (…)

CHÖGYAM TRUNGPA, Pratique de la voie tibétaine, Point Sagesses, Paris 1976, pp. 33-35

Publicités

Entrez votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par e-mail.

mai 2018
L M M J V S D
« Avr    
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  

Twitter : en deux mots… (ou 140 caractères)



Publicités