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Du point de vue de l’enseignement du Bouddha, la mise en œuvre de l’éthique est affaire d’entraînement. Il s’agit de développer, petit à petit, un regard plus lucide sur nos actions, surtout sur ce qui les sous-tend. Quelle motivation, quelle intention, est à la base de mon attitude ? Quelles émotions, quelles attentes, viennent nourrir ou perturber l’intention première qui est de ne pas nuire ?

 

Quelle pourrait donc être l’éthique de l’accompagnant bouddhiste (ou non !) et sur quelles bases un pratiquant peut-il s’appuyer ?

Accompagner, vient d’un ancien mot « compain », qui signifie, partager le pain. Si on replace ce mot dans son contexte médiéval où la foi chrétienne était très présente, la symbolique du pain était associée à la vie. On parle du pain de la vie. Donc, accompagner, peut s’entendre sans ambiguïté comme « partager un moment de vie ».

Accompagner signifie également cheminer avec, et cela induit de suivre le rythme de l’autre, d’accorder nos pas aux siens. C’est-à-dire, s’accorder à ses propres choix et respecter ses valeurs et priorités.

Accompagner, c’est aussi savoir écouter, c’est-à-dire entendre au-delà des mots mêmes, afin d’être plus ouvert à l’autre. Mais accompagner ne relève pas seulement d’un savoir-faire, c’est avant tout un savoir-être, et ce savoir-être se cultive.

Lorsque nous parlons d’être présent à une personne en souffrance, il s’agit en fait d’être conscient de ce que nous vivons à l’instant même de la présence, de développer la conscience de ce que vit l’autre, tout en étant présent à l’environnement, aussi bien structurel que relationnel de la personne accompagnée.

Ce regard intérieur se cultive dans la méditation, ce qui permet de développer une plus grande acuité sur nos fonctionnements.

Pour développer cette capacité à être réellement présent, il s’agit d’abord et avant tout d’être honnête avec nous-même, de développer la conscience de ce que nous ressentons. Que ce soit des pensées parasites, des émotions perturbatrices, des peurs, des doutes, nous sommes d’instant en instant traversés par de multiples états d’esprit qui nous éloignent de la conscience de l’instant présent. Ce qui n’est pas en soi un problème : c’est notre vécu ordinaire. L’essentiel est de nous en rendre compte, afin de ne pas nous laisser piéger par tous ces mouvements dans l’esprit.

Développer une conscience plus aiguë de notre fonctionnement permet de moins se laisser duper par nos interprétations premières. Il s’agit de prendre conscience que nous n’avons accès à notre propre réalité et à la réalité de l’autre qu’au travers de nos représentations.

Dit autrement, nous n’avons accès qu’à notre vision de la réalité, mais que nous prenons pour la réalité. À bien y regarder, nous savons que nous ne percevons pas tous la réalité de façon identique, pourtant, au cœur de la situation, nous sommes persuadés, de façon très instinctive, que c’est la réalité. En fait, notre vision est essentiellement subjective, même si l’objectivité participe à l’élaboration de notre vision.

Dans l’éthique bouddhiste, c’est un point essentiel que le pratiquant travaille au jour le jour.

Sur base d’une connaissance plus approfondie de notre fonctionnement, qui prend en compte nos propres limites, nous pouvons nous ouvrir à une réalité plus vaste. Ceci nous permet de ne pas figer la compréhension première que nous pouvons avoir du vécu et de la souffrance de l’autre, pour entendre ce qu’il souhaite nous dire.

C’est en développant un regard doux et généreux envers nos propres erreurs, nos propres dysfonctionnements, nos limites, que se développe la capacité à mettre en œuvre la bienveillance.

Anila Trinlé

https://dhagpobordeaux.wordpress.com/2014/03/28/lethique-de-laccompagnement/

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Jetsuma Tenzin Palmo  (Diane Perry), fille d’un poissonnier et d’une femme de ménage de l’East-End, est née à Londres en 1943. En 1961, à l’âge de dix-huit ans, elle décide qu’elle est bouddhiste, part en Inde en bateau pour y trouver un maître, et rencontre, le jour de ses 21 ans, son gourou, le huitième Khamtrul Rinpoche. Trois semaines plus tard, elle devient la deuxième femme occidentale ordonnée en tant que nonne bouddhiste tibétaine. A 33 ans, Tenzin Palmo s’installe avec la bénédiction de son lama dans un grotte de quatre mètres carrés, à 4000 m d’altitude, dans la vallée de Lahaul. Elle y reste 12 ans. Interview.

Douze ans de vie comme ermite dans une grotte : un sacré bail …

Chacun de nous a quelque chose à faire dans cette vie ; à nous de trouver quoi et à le faire. Moi, je suis pour née pour faire une longue retraite. J’étais extrêmement heureuse dans la grotte et pleine de gratitude de me trouver là. C’est une possibilité rare.

Avez-vous connu des périodes de doute et d’angoisse ?

Parler de ma vie dans la grotte me semble particulièrement ennuyeux ; c’était il y a une éternité. Mais, non, rien ne me tracassait ou ne m’effrayait. Des centaines de milliers d’ermites ont fait exactement la même chose au cours des âges, et quatre-vingt-dix pour cent d’entre eux s’en sont trouvé très bien. On est très pris par la pratique – on ne se tourne pas les pouces à longueur de journée – et vous acquérez une disposition d’esprit par laquelle vous accueillez ce qui survient, quoi que ce soit, même les choses les plus épouvantables. Si vous être centré, ça marche ! Si pas, vous serez ébranlés par les choses les plus insignifiantes. Ce n’est pas l’expérience vécue ou les circonstances qui comptent : c’est l’attitude qui importe. Nous devons cesser de nous attacher à la voie conditionnée et apprendre à nous ouvrir à l’inconditionné.

Comment développer une attitude d’ouverture?

C’est bien là la question. Nos problèmes fondamentaux sont l’ignorance et la saisie d’un moi. Nous nous accrochons à une identité fondée sur notre personnalité [supposée], nos souvenirs, opinions, jugements, espoirs, craintes, bavardages – tout ça gravitant autour de ce moi moi moi moi. Et nous croyons que ce moi est une entité solide, immuable qui nous sépare des autres entités existant en dehors de moi. Cela crée l’idée d’un moi permanent au centre de notre être, que nous devons protéger et satisfaire. Cela est une illusion. « Qui suis-je ? » est la question centrale du bouddhisme. Vous comprenez ?

Ce que nous faisons la plupart du temps, c’est agir pour protéger ce faux ‘moi’, ce ‘mien’, ce ‘je’. Nous pensons que l’ego est notre meilleur ami. Ce n’est pas le cas. Peu importe que nous soyons heureux ou malheureux. En fait, l’ego est très heureux d’être malheureux. Nous devons veiller à ne pas utiliser la voie spirituelle comme un moyen supplémentaire pour nourrir l’ego : un moi meilleur, plus grand, plus spirituel.

Il y a des pratiques que nous pouvons utiliser contre cette obsession du moi. Par exemple, face à des personnes très malades, dans la souffrance, on peut imaginer [visualiser[1]] que l’on se charge de leurs angoisses, de leur souffrance, sous forme de lumière sombre ou de fumée, les libérant ainsi de leur maladie et de leurs karmas négatifs et les dirigeant vers la petite perle noire de notre ego. Et ces choses négatives vont commencer à se dissiper, car, vraiment, la dernière chose que notre ego désire, c’est bien les problèmes des autres …

(…)

Que faire lorsque les pensées surgissent dans la méditation ?

Les pensées ne sont pas un problème. Produire des pensées est la nature de l’esprit. Le problème, c’est quand nous nous identifions à elles.

Comment apprendre à ne pas nous identifier ?

Pratiquez !

http://tricycle.org/magazine/no-excuses/?utm_source=Tricycle&utm_campaign=6f24018e60-Daily_Dharma_10_05_2016&utm_medium=email&utm_term=0_1641abe55e-6f24018e60-307311133

[1] La visualisation est une pratique de méditation importante dans les écoles du Vajrayana (tantriques). Cependant, on en trouve aussi des traces dans la tradition du Theravada ancien.

Du 29 juillet au 3 août 2006, Lama Puntso et Lama Shédroup ont proposé au centre bouddhiste Karmapa un programme sur les émotions : « Transformer nos émotions en sagesse ». Interview de Yasmine Kaplun

YK : Lama Shédroup, pourquoi avoir choisi avec Lama Puntso, le thème des émotions perturbatrices comme sujet d’un enseignement de 6 jours ?

Lama Shédroup : Car ce sont les voiles qui nous empêchent de voir les choses comme elles sont, c’est un filtre qui fait partie des raisons qui nous empêchent d’atteindre l’éveil.

Les émotions nous font croire que telle est la réalité. Il s’agit d’un thème classique de l’enseignement du Bouddha.

C’est un enseignement qui touche tout le monde, les débutants comme les bouddhistes avancés.

Beaucoup de personnes sont démunies face à leurs mouvements émotionnels. Dans l’enseignement du Bouddha, il y a une vision sur les émotions qui nous permet de reconnaître, de travailler avec elles et d’aboutir au lâcher prise.

Dans l’enseignement du Bouddha le “lâcher prise” est le résultat d’un entraînement.

L’enseignement du Bouddha demande une vraie mise en pratique par chacun, pas seulement une compréhension intellectuelle.

YK : Vous avez une façon très moderne et très pratique de présenter l’enseignement du Bouddha qui est pourtant fort ancien.

Lama Shédroup : Tout un chacun ne peut adapter les textes, cela nécessite de bien connaître les textes de base puis de les transmettre dans le monde actuel.

YK : Lama Shédroup, n’est-ce pas illusoire de vouloir se détourner de toute émotion négative afin de ne garder que les positives ?

Lama Shédroup : Notre tendance à classer les émotions en “bonne” ou “mauvaise” émotion n’entre pas dans la vision bouddhiste. Ce qui importe c’est de savoir si l’émotion nous apporte plus ou moins d’harmonie, plus ou moins de souffrance.

Le travail sur les émotions est progressif. Première étape : reconnaître les émotions perturbatrices qui nous entraînent vers la souffrance puis étudier la nature de l’émotion, ce qui ne veut pas dire la supprimer ou la rejeter. Juste essayer de ne pas se laisser emporter par cette dernière.

Par exemple, la colère s’élève en moi, je ne la vois pas, elle se développe comme une agressivité latente. Si je n’ai aucun entraînement, je suis victime de l’émotion.

Si je la détermine et la reconnais avant qu’elle n’apparaisse sous une forme violente, peut-être pourrai-je l’arrêter et apaiser l’émotion.

Calmer son esprit ne veut pas dire être neutre ou ne rien ressentir, cela veut dire seulement de réa-gir avec sagesse. Il ne s’agit pas de ne plus avoir de colère mais d’entrer en relation différemment avec cette dernière.

YK : Ne serait-ce pas un peu comme tendre la joue gauche quand on vous gifle la joue droite ?

Lama Shédroup : L’éveil ne consiste pas à avoir un comportement figé de non réaction automa-tique mais plutôt de reconnaître l’émotion et d’avoir le choix. Quelle est la meilleure façon de réagir pour soi, pour les autres dans la situation donnée ?

Il n’y a pas de réponse stéréotypée dans le bouddhisme, si on estime que cela est juste dans la situation, alors on tendra la joue gauche, si on estime, au contraire que la situation requiert une claque en retour, alors ce sera l’action juste sur le moment. Ne nous attachons pas aux principes moraux. À chaque situation correspond une réaction différente juste. Chaque situation est unique, avoir une réflexion dans l’instant, un recul et adopter la meilleure réaction pour soi et pour les autres, voilà le message.

YK : Combien de fois n’avons-nous pas tenté de ne plus entrer dans la colère ? Cela s’avère en réalité bien difficile. Que pouvez-vous nous dire sur la réalisation de ce vœu ?

Lama Shédroup : La pratique spirituelle est un long entraînement, il faut du temps, il s’agit de ne pas se décourager et de s’entraîner pour le futur, ne pas relâcher son entraînement, échanger avec d’autres personnes qui suivent également ce chemin.

http://www.meditationfrance.com/archive/2006/1005.htm

Bonjour,

Petit changement d’horaire pour les semaines à venir : le zazen du mardi matin est provisoirement supprimé. Nous vous préviendrons quand il sera réintroduit.

Les autres horaires restent inchangés :

Mardi : 12h15-12h45 et 19h à 20h30

Mercredi : 12h15-12h45 et 19h-19h40

Jeudi : 12h15-12h45 et 19h-20h30

Vendredi : 12h15-12h45

Aujourd’hui, j’ai failli donner mon écharpe en cachemire. Failli… Mais que peut faire d’une écharpe en cachemire un enfant frigorifié de la tête aux pieds ?

La famille est entrée en même temps que moi dans le bureau de poste de la gare. Elle est probablement arrivée la nuit dernière à Hambourg de son pays chaud. La mère, le père, un enfant et un nourrisson. Habillés sur leur trente et un. La femme porte une robe de soie bleue et des souliers vernis. Le père, un pantalon de velours côtelé et des tennis blanches. Les parents ont vêtu leur enfant d’un costume et d’une chemise blanche. Le bébé repose dans les bras de sa mère, emmailloté dans un drap rose. Ils n’ont pas de bagages. Ils ont dû passer des heures dans le hall de la gare. A présent, ils se tiennent presque immobiles dans la tiédeur de la poste qui vient enfin d’ouvrir ses portes.

Je ne peux pas les quitter des yeux. Le petit garçon essaie de pleurer mais n’y parvient pas. Il fixe sans cesse ses mains engourdies qui dépassent des manches de sa veste. Ses doigts sont tendus, complètement rigides.

Le Saint-Nicolas de la gare fait irruption dans le bureau de poste. Il fourre un sachet de massepain dans la main de tous les enfants présents. Celui du petit garçon tombe sur le sol. Il est incapable de le tenir. Le papa remercie aimablement Saint-Nicolas. Il prend un morceau de massepain dans le sachet et tente de le donner à son  enfant. Le petit pleure: ses doigts sont trop gourds. Son papa lui donne la becquée.

Je réfléchis: que pourrais-je donner à l’enfant pour le réchauffer? Malheureusement, je n’ai que mon chemisier. Ma veste en cuir est trop lourde pour lui. Et puis je dois moi aussi ressortir. Et mon écharpe? Si seulement j’en avais mis une autre. Et pas justement celle en cachemire.

Anke Gebert (Tr. Françoise Myosen Leclercq)

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