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J’ai commencé à pratiquer il y a quarante-cinq ans. A l’époque, je pratiquais seule et je participais à de longues retraites, ou sesshins, qui me permettaient de m’immerger dans la pratique. Ma vie quotidienne était restée la même, et la pratique était une sorte de remède à son rythme fou. Je n’avais pas de vraie sangha. Sept ans plus tard, ayant déménagé à Boulder, je me suis retrouvée dans la grande communauté spirituelle de Chögyam Trungpa Rinpoché. Quel choc ! Je n’avais que peu de choses en commun avec bon nombre de ses étudiants, et cette vie en communauté m’étouffait. J’avais le sentiment qu’on empiétait sur mon intimité. Mais Rinpoché ne cessait de nous répéter que nous devions être les miroirs les uns des autres, et cela m’a permis de découvrir toutes sortes de poches – de cavernes, à vrai dire – d’aveuglement dans ma vie et dans ma pratique.

L’invitation de Rinpoché à pratiquer au sein de la sangha n’avait toutefois pas pour seul but de nous aider à nous améliorer. Elle s’inscrivait dans le droit fil de la tradition Shambala, qui met l’accent sur la communauté et s’appuie ainsi sur les enseignements de la Voie du Bodhisattva selon lesquels le bonheur découle du travail effectué pour le bien d’autrui. Les enseignements du Shambala sont aussi influencés par la vision vaste d’une société éveillée du tantra de Kalachakra et par la bonté fondamentale proclamée par le Dzogchen. Ces enseignements nous disent que l’éveil individuel est impossible – la seule vraie illumination vient de l’éveil de sociétés entières.

Qu’est-ce qu’une société éveillée et quel lien peut-elle bien avoir avec nos communautés bouddhistes ? Profondément imprégnés par notre tendance à l’individualisme, nous avons du mal à imaginer que notre propre éveil puisse dépendre d’une quelconque manière de nos sanghas, surtout si nous les considérons mondaines et confuses, marquées par tous les aspects de l’institutionnalisme.

Et si nous commencions à voir la sangha comme une manifestation de notre bonté éveillée, qui ne demande qu’à être découverte ? Dans le lien fondamental qui nous unit les uns aux autres, cette bonté est entremêlée au tissu de nos relations, même lorsqu’il s’empêtre dans nos névroses habituelles et dans nos petites mesquineries. Que se passerait-il si nous commencions à nous faire confiance les uns les autres, à apprécier notre humanité mutuelle et à manifester nos intentions compassionnées pour la communauté ?

Grâce aux enseignements et aux pratiques du Shambala, j’en suis venue à voir ma communauté comme un joyau des plus précieux. Chaque jour, je bénéficie de la sagesse, de la gentillesse et de l’humour de ma sangha. Je bénéficie aussi des difficultés. Quels que soient les obstacles auxquels nous sommes confrontés, ma pratique m’aide à voir la bonté dans chaque personne, et l’aspiration fondamentale au bonheur qui sous-tend chaque mini-crise.

Cela ne signifie pas qu’il n’y ait plus de problèmes au sein de la communauté. Il continuera vraisemblablement à y avoir des conflits, des injustices ou des discordes. Mais lorsqu’on essaie d’y répondre par une mentalité orientée problèmes, guidé par un esprit conventionnel qui nous juge imparfaits, nous semons des graines de défiance, de négativité et de cynisme. Il est pourtant possible de résoudre ces conflits dans un esprit de respect mutuel et de gentillesse.

Le Bouddha plaçait une grande confiance dans ses disciples, à un point tel qu’il a fait de la communauté le troisième joyau, qui est honoré au même titre que les deux premiers. Pouvons-nous nous faire autant confiance que ne le faisait le Bouddha ?

Acharya J. Simmer-Brown, Buddhadharma, printemps 2015. Traduction : Françoise

Comme chaque année, le zendô fermera ses portes en juillet-août. Le temps pour nous de prendre un peu de repos, de faire des retraites et… de préparer le programme de la rentrée.

La dernière méditation aura le vendredi 30 juin à midi (horaire habituel jusque là). Nous vous retrouverons ensuite dès le 4 septembre.

En attendant, nous avons rassemblé dans l’agenda disponible sur le site quelques occasions de pratiquer cet été : les « zazens ensemble », bien sûr, mais aussi l’une ou l’autre journée ou retraite en France, à la Demeure sans limites et au Zendô L’Eau vive.

Au plaisir de vous retrouver bientôt !

Un samouraï demanda un jour au maître Zen Hakuin où il irait après sa mort.

Hakuin répondit : ‘Pourquoi devrais-je le savoir ?’

‘Comment pouvez-vous ne pas savoir ? Vous êtes un maître Zen !’ s’exclama le samouraï.

‘Certes, répondit Hakuin, mais un maître Zen vivant !’

 

Pour Maître Hakuin, tant que le samouraï est obsédé par ce qui survient après la mort, c’est en fait comme s’il était déjà mort. Sa crainte obsessionnelle de la vie après la mort l’empêche d’être présent dans l’instant. De ce fait, il est incapable de percevoir et de goûter les vibrations de la vie qui se manifeste tout autour de lui. Pourquoi se soucier d’une existence future si on n’est même pas capable d’apprécier celle-ci ? C’est pourquoi le Zen ne s’exprime guère sur la vie après la mort.

Il nous recommande au contraire de vivre chaque instant comme si c’était le dernier, ce qui nous encourage à vivre davantage dans la pleine conscience de ce que nous sommes occupés à faire ; et donc à créer moins de souffrance pour nous-même et ceux qui nous entourent. Nous pouvons vivre ainsi une vie spirituelle plus riche dont toute préoccupation ou crainte d’une éventuelle vie après la mort disparaîtra naturellement.

 

http://thebuddhistblog.blogspot.be/2011/09/life-after-death-zen-response.html

« Que faut-il entendre par réalité ? Selon le bouddhisme, il s’agit de la nature véritable des choses, non modifiée par les fabrications mentales qui creusent un fossé entre la façon dont les choses nous apparaissent et ce qu’elles sont véritablement. Ce désaccord engendre d’incessants conflits avec le monde. Habituellement, en effet, nous percevons le monde extérieur comme un ensemble d’entités autonomes auxquelles nous attribuons des caractéristiques qui semblent leur appartenir en propre. Les choses nous apparaissent comme étant intrinsèquement ‘plaisantes’ ou ‘déplaisantes’, et les gens comme fondamentalement ‘bons’ ou ‘mauvais’. Le ‘moi’ qui les perçoit nous semble tout aussi réel et concret. Cette méprise, que le bouddhisme appelle ignorance, engendre de puissants réflexes d’attachement et d’aversion qui mènent généralement à une kyrielle de souffrances.

Selon l’analyse bouddhiste, le monde résulte du concours d’un nombre infini de causes et de conditions en perpétuel changement. Comme un arc-en-ciel qui se forme au moment précis où le soleil brille sur un rideau de pluie, et s’évanouit dès que l’un des facteurs contribuant à sa formation n’est plus présent, les phénomènes existent sur un mode essentiellement interdépendant et n’ont donc pas d’existence autonome et permanente. La réalité ultime est donc ce que l’on appelle la vacuité d’existence propre des phénomènes animés et inanimés. Tout est relation, rien n’existe en soi et par soi. Lorsque cette notion essentielle est comprise et intériorisée, la perception erronée qu’on avait de notre moi et du monde laisse place à une juste compréhension de la nature des choses et des êtres : la connaissance. Celle-ci n’est pas une simple construction intellectuelle ni un ensemble d’informations ; elle procède d’une démarche essentielle qui permet d’éliminer progressivement l’aveuglement mental et les émotions perturbatrices qui en découlent, et, par là même, les causes principales de notre mal-être. »

 

Matthieu Ricard, L’art de la Méditation, NiL, 2008, pp. 105-6

 

NB M.R. propose dans l’ouvrage cité ci-dessus des textes courts et des citations de maîtres tibétains permettant d’approfondir la réflexion.

« La présence peut se définir comme une manière de connaître ce que nous vivons. Cela suppose une qualité d’attention et une ouverture à ce qui se passe, tant en nous qu’à l’extérieur de nous-même. La présence se cultive, s’affine, elle est à découvrir, à nourrir. Être présent de façon authentique suppose donc un entraînement. Il ne s’agit pas d’un état figé. Différents paramètres entrent en jeu, chacun demandant à être travaillé. La présence est un processus vivant qui nous révèle à nous-même et, de ce fait, nous permet d’entrer en relation de façon nouvelle avec les autres. Pour développer cette présence, il s’agit cependant moins de questionner la situation que ‘moi’ dans la situation. »

Anila Trinlé, La présence, un savoir-être à cultiver, Rabsel, La Remuée, 2014, p. 7

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