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BRUXELLES, publié le mercredi 10 juin 2015

Les travailleurs de Bruxelles-Formation, l’organisme public chargé d’organiser les formations professionnelles dans la capitale, devront attendre la rentrée de septembre pour savourer leur barbecue estival. C’est la directrice générale qui l’a annoncé à son personnel il y a peu, non sans remercier les « collègues nous ayant rappelé que la date proposée est en période de ramadan ».

Dans un mail envoyé un peu plus tôt jeudi dernier, Olivia P’Tito (PS) lançait pourtant l’invitation avec enthousiasme: « Pour vous remercier de votre profession-nalisme et de votre dévouement à la mission de service public qui nous unit, je vous invite à partager un barbecue le 3 juillet dès 12h… Ce sera aussi l’occasion de vous présenter brièvement le rapport de progrès avant que chacun ne parte profiter de congés bien mérités. » Les festivités ont donc été reportées au 4 septembre « afin que chacun puisse y participer pleinement ». Cette courtoisie à l’égard des travailleurs participant au ramadan suscite quelques remous au sein de Bruxelles-Formation où d’aucuns se demandent pourquoi pareille activité doit être soumise à un agenda religieux. (http://www.lalibre.be/regions/bruxelles/bruxelles-formation-reporte-son-barbecue-a-cause-du-ramadan-557806a035703275627b44f6#.VXihNomsLxM.facebook 11 juin 2015)

 

Réponse de Carlo de Pascale à l’article et aux commentaires parfois virulents des internautes

« Je pense que l’on fait un fromage pour rien, avec deux employés qui font ramadan dans mon entreprise (sur 6) moi non plus je n’organiserais pas un bbq estival à midi en plein ramadan, sachant qu’ils ne pourraient venir. C’est pas pour autant que je vais retourner à la messe. De la même manière, avec un employé très catho dans mon entreprise, je n’organisais pas un déjeuner entre tous le vendredi saint car je savais que ce jour là il faisait jeûne. Quand il y a une réalité dans une boîte, que cette réalité n’empêche en rien le vivre ensemble, c’est juste avoir de l’empathie pour ses collègues par rapport au plaisir d’être un max à profiter d’un team building. Maintenir en disant « je vous emmerde, nous sommes dans une boîte laïque », n’aurait fait que créer un sentiment de malaise. Cela n’a rien à voir avec la nécessité absolue de ne pas exhiber de signes religieux au boulot, à fortiori dans une administration. Le ramadan n’est pas en soi un signe ostentatoire, c’est une pratique qui fait que pendant un mois tu peux pas bouffer à midi. Et pour répondre au commentaire de XXX (nom supprimé), assimiler musulman à étranger, bof bof. Le seul non belge dans mon entreprise… c’est moi !  »  (Source : Facebook)

« Le mot interdépendance est une traduction du mot sanskrit pratitya samutpada qui signifie ‘être par co-émergence’ et peut s’interpréter de deux façons complémentaires : ‘Ceci surgit parce que cela est’, ce qui revient à dire que rien n’existe en soi, et ‘ceci, ayant été produit, produit cela’, ce qui signifie que rien ne peut-être sa propre cause. Lorsqu’on dit qu’un phénomène ‘surgit en dépendance de…’, on élimine ainsi les deux extrêmes conceptuels que sont le nihilisme et le réalisme matérialiste. En effet, puisque les phénomènes surgissent, ils ne sont pas non existants, et puisqu’ils surgissent ‘en dépendance’, ils ne recouvrent pas une réalité douée d’existence autonome. Il faut donc comprendre que la production en interdépendance n’implique aucun des extrêmes que désignent les mots éternité, néant, venue au monde, disparition, existence et inexistence de quelque chose qui existerait en soi.

Une chose ne peut surgir que si elle est reliée, conditionné et conditionnante, co-présente et co-opérante, et en transformation continuelle. L’interdépendance est intimement liée à l’impermanence des phénomènes et fournit un modèle de transformation qui n’implique pas l’intervention d’une entité organisatrice[1]. Une rivière ne peut pas être faite d’une seule goutte, une charpente d’une seule poutre. Tout dépend d’une infinité d’autres éléments. C’est aussi le sens du mot ‘tantra’, qui indique une notion de continuité et ‘le fait que tout soit lié en un ensemble, tel que rien ne puisse venir séparément[2]’. En bref, il est impossible qu’une chose existe ou naisse par elle-même. Pour ce faire, elle devrait surgir du néant, mais, comme disent les textes : ‘Un milliard de causes ne pourraient faire exister ce qui n’existe pas’[3]. Le néant ne sera jamais le substrat de quoi que ce soit. »

  1. Ricard, Trinh Xuan Thuan, L’infini dans la paume de la main, Nil, 2000, pp. 91s.

[1] http://www.demotivateur.fr/article-buzz/quand-ils-ont-amen-s-ces-loups-dans-le-parc-ils-n-auraient-jamais-imagin-tout-ce-qui-se-produirait-ensuite–1439

[2] Fabrice Midal, Les mythes et dieux tibétains, Le Seuil, 2000

[3] Shantideva, La marche vers l’Éveil, Padmakara, ch. 9, verset 146. Nouvelle version 2007, p.189 : ‘Même par centaines de millions, Les causes ne peuvent pas modifier ce qui n’existe pas.

« Le 18 septembre 1225, Ju-ching remit à Dôgen la certification officielle de la succession dans la lignée Chen-hsieh[1] de l’école Ts’ao-tung (Sôtô). Le temps du véritable apprentissage pouvait dès lors commencer. Ainsi l’avait montré Ho-tse Shen-hui (686-760), le grand disciple de Huei-Nêng, le sixième patriarche :

Vous qui étudiez la Voie, vous devez être éveillés subitement [et ensuite] vous cultiver graduellement et, sans quitter [la pratique] obtenir la délivrance. Une mère ne met-elle pas subitement son enfant au monde ? Et ensuite, elle lui donne le sein et peu à peu le nourrit, ainsi la sagesse de l’enfant s’accroît spontanément. De même en va-t-il de l’Éveil soudain, de la vue subite de la nature de Bouddha, et Prajñā [la sagesse] s’accroît ensuite spontanément peu à peu.[2]

Dôgen resta donc encore deux ans auprès de son maître. »

Jacques Brosse, Maître Dôgen, Spiritualités vivantes, 2009, p. 69

[1] Cette lignée procédait de maître Chen-hsieh Ch’ing-liao (en japonais Shingetsu Shôryô), l’un des deux successeurs dans le Dharma de Tan-hsia Tzu-ch’un (en japonais Tanka Shijun, mort en 1119) et le condisciple de Hung-chih Chêng-chueh (en japonais, Wanshi Shôgaku, 1091-1157).

[2] J. Gernet, Entretien du maître de dhyâna Chen-Houei du Hotsô (668-760), Paris, 1977, p. 92

« Bien que délicates, les questions de l’euthanasie et du suicide sont aisément rattachables à des enseignements traditionnels. Les textes bouddhiques soulignent qu’abréger volontairement sa vie ne soulage pas les souffrances karmiques mais les reporte vers les vies suivantes. La mort n’est qu’un passage, moment de dissolution des cinq agrégats de cette vie-ci, et la série psychique véhiculant les facteurs de composition, ou traces karmiques, poursuit son écoulement vers la vie suivante, laquelle sera déterminée par les attachements, les désirs et le karman accumulé auparavant. En outre, vouloir mettre fin à sa propre vie ou demander explicitement à d’autres personnes d’y contribuer, c’est produire un karman négatif qui peut aggraver les conditions des vies ultérieures, puisqu’il s’agit d’un désir de s’annihiler, de porter atteinte à notre vie[1]. Cette aggravation est également importante lorsqu’on charge autrui de mettre fin à nos jours, puisqu’on implique également un tiers dans cet acte. C’est pourquoi les différents courants du bouddhisme ne  sont pas favorables à l’euthanasie. Mais  le cas par cas existe, et l’on doit prendre en compte la motivation qui anime les assistants du mourant. Une grande majorité de bouddhistes est en revanche favorable à l’administration de soins palliatifs aux mourants, dans la mesure où l’on peut ajuster les doses d’analgésiques afin de laisser le maximum de lucidité au mourant.  Celle-ci est en effet très importante au moment de la mort, étant donné l’influence considérable des dernières pensées sur le devenir post mortem et la future renaissance. Concernant l’euthanasie passive, les positions sont bien plus souples : arrêter l’assistance médicale technique dans les cas désespérés plutôt que de prolonger la vie artificiellement (si on peut déterminer que la personne ne récupérera pas ses fonctions mentales et vitales) n’est pas assimilable au fait d’abréger la vie : il ne s’agit que d’abandonner la lutte contre une dégradation naturelle et irréversible des fonctions vitales. Débrancher les appareils de réanimation, et éviter ainsi des souffrances inutiles liées à l’acharnement thérapeutique, est alors plutôt un acte de compassion. Cela revient à laisser faire la nature en cessant de considérer  la mort  comme une défaite médicale. »

Philippe Cornu, Le bouddhisme, une philosophie du bonheur ?, Le Seuil, 2013, pp. 247 s.

[1] Nombre de textes de la tradition tibétaine l’affirment avec insistance.

Remarque : les différents textes déjà publiés à ce sujet sur ce blog (cf. lien ci-dessus) montrent la diversité des approches et points de vue, y compris chez les bouddhistes, sur ces questions éminemment délicates.

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