L’éthique de la compassion

« Les grandes religions enseignent une éthique qui dépasse la réciprocité limitée de la Règle d’Or pour atteindre à la compassion universelle. Au-delà d’une éthique située dans un cadre uniquement interpersonnel – je ne fais pas à l’autre ce que je ne voudrais pas qu’il me fît -, les religions situent l’éthique dans un contexte plus large qui transcende les frontières de l’ego. Dans la Règle d’Or, on parle de ‘ferment de compassion’ pour pouvoir prendre en compte l’autre. Mais dans l’éthique de compassion, on doit aller au-delà et atteindre un niveau de désintéressement authentique – pour pouvoir développer une âme bonne. Je pense souvent à ma mère comme à mon premier professeur de compassion. Elle était une simple paysanne de village non éduquée. Mais elle avait si bon cœur – et sa bonté était inconditionnelle. C’est dans l’amour avec lequel elle m’a élevé que je puise ma compassion envers autrui. Ce premier niveau d’affection est naturel aux êtres humains, il est même imputable à notre biologie. Mais c’est sur cette réalité que le religieux construit, et développe.

(…)

 

[Un pharisien demande à Jésus :] « Maître, quel est, dans la loi, le plus grand commandement ?’ Jésus répondit : ‘Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit (Deut. 6:5). C’est là le grand, le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lév. 19:18). À ces deux commandements se réduisent toute la Loi et les Prophètes. » (Matthieu, 22:37-40)

 

Pour moi, la beauté de cet enseignement, c’est l’extraordinaire simplicité avec laquelle Jésus résume l’essence de l’éthique spirituelle. Dans une tradition théiste, le cœur de la pratique spirituelle, c’est d’aimer et d’imiter le Créateur. Cet amour de Dieu est illustré dans le second commandement : « Aime ton prochain comme toi-même. » Je pense souvent que dans l’exhortation judéo-chrétienne à aimer son prochain comme soi-même, Jésus suggère effectivement que le vrai test de l’amour de Dieu réside dans notre capacité à aimer les autres humains.

 

Dans le sutra bouddhiste sur la bonté aimante, le Bouddha dit :

 

Ainsi qu’une mère au péril de sa vie

Surveille et protège son unique enfant,

Ainsi, avec un esprit sans entrave

Doit-on chérir toute chose vivante,

Aimer le monde en son entier.

Au-dessus, au-dessous et tout autour,

Sans limitation, ni haine ni hostilité

Étant debout ou marchant,

Étant assis ou couché, Tant que l’on est éveillé,

On doit cultiver cette pleine conscience.

(Metta Sutta, in Sutta Nipata1 :8)

 

Le lien d’affection le plus naturel entre êtres humains, l’amour de la mère pour son enfant, est ici érigé en modèle : c’est le degré de compassion idéal avec lequel le pratiquant est encouragé à approcher tout être. »

 

Le Dalaï-Lama, Islam, Christianisme, Judaïsme… Vers la Fraternité des religions,

Éditions J’ai lu, 2011, pp. 139-142 / Traduction de l’anglais (USA) : Julien Thèves