« Siècle après siècle, consciemment ou inconsciemment, les hommes ont été tributaires de leurs jouets. Depuis notre naissance, nous avons eu des jouets pour satisfaire nos désirs. Même parvenus à l’âge adulte, nous avons toujours des jouets – appareils photos, magnétophones, magnétoscopes, philosophie, psychologie, et même religion. Tout ce par quoi nous tentons de satisfaire nos désirs devient jouet.

Si nous considérons zazen comme un jouet, ce n’est pas le vrai zazen, c’est un zazen jouet. Et quand zazen devient un jouet, nous sommes perdus. Nous nous perdons de vue nous-mêmes au milieu du monde humain parce que nous nous servons de zazen, de la philosophie, de la psychologie, de la photo, de n’importe quoi, en nous consacrant à ces choses et en attendant quelque chose en retour. Ce qui compte, c’est que nous ne devons pas être des jouets. Si vous traitez zazen comme un jouet, vous ne devenez pas zazen, vous devenez un jouet. Zazen s’en moque. Si vous devenez un jouet, vous ne connaîtrez plus de repos. Vous voudrez obtenir de plus en plus de choses de ce jouet.

Nous n’arrêtons pas de créer de plus en plus de jouets. Regardez ceux que nous avons créés : jeux vidéo, avions, canons, voitures. Au Japon, il y a un grand immeuble de treize étages entièrement consacré aux jeux vidéo. Vous pourriez y passer votre vie entière. On peut y gagner des prix, chocolat, tabac, whisky, tout ce que vous voulez. C’est le Japon. C’est formidable. Et les parents se plaignent que ce n’est pas une bonne éducation pour les enfants. Mais les enfants s’en fichent. C’est super. Ils voudraient bien savoir pourquoi ils devraient s’arrêter de jouer alors que leurs parents font la même chose. Peut-être qu’ils ne jouent pas avec des jeux vidéo, mais ils ont d’autres moyens de jouer et ils y prennent beaucoup de plaisir.

C’est ridicule, mais notre situation dans le monde humain est déjà ridicule. D’un autre côté, c’est bien, parce qu’à travers cela nous pouvons trouver le monde du Bouddha, nous pouvons trouver ce qui est important. Pour y parvenir, nous devons savoir à quel point nous sommes ridicules. C’est cela qui compte. Nous devons comprendre à travers notre peau, nos muscles et nos os pourquoi nous ne revenons pas au silence et à l’immensité de l’existence. Il y a de nombreuses sources dans l’immensité de l’existence. Aussi, revenez au monde silencieux. »

 

Dainin Katagiri, Retour au silence, Points Sagesses, 1993, pp. 72-73