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« Eka demeura neuf ans avec son maître, pratiquant seulement le zazen. Quand Bodhidharma sentit que le jour de sa mort approchait, il appela auprès de lui ses quatre disciples et leur demanda :

 

– Qu’avez compris de mon enseignement ?

 

Le premier disciple dit :

– Si nous voulons réaliser la vérité, nous ne devons ni faire complètement confiance aux mots ni entièrement les rejeter, mais les utiliser comme un outil sur la Voie.

– Vous avez obtenu ma peau, répondit Bodhidharma.

 

Le second disciple, une nonne, parla à son tour :

– La vérité est une vision heureuse des paradis du Bouddha. On la voit une fois et jamais plus.

– Vous avez obtenu ma chair, dit le maître.

 

Le troisième disciple affirma :

– Les quatre grands éléments sont vides et les cinq agrégats sont inexistants ; il n’y a en vérité rien qui puisse être saisi.

– Vous avez obtenu mes os.

 

Après le discours du troisième disciple, Eka se prosterna devant son maître sans rien dire. Alors Bodhidharma affirma :

– Vous avez obtenu ma moelle.

 

Ainsi Eka devint le second patriarche du Zen en Chine.

 

Taisen Sensei, Méditer Zen, Presses du Châtelet, 2009, e-book

« Parler moins ou garder le silence, renoncer à certaines conversations, pratiquer la solitude mentale, sont d’un grand bienfait. Le Bouddha a mentionné à de nombreuses reprises la parole juste, une étape du Noble Chemin Octuple. C’est (aussi) un des cinq préceptes (…). Le Bouddha a consacré un discours entier à la parole : L’exposition de l’absence de conflit. Il a développé ce sujet pour montrer que par un usage inconsidéré la parole est génératrice de conflits.

(…)

Dans L’exposition de l’absence de conflit, le Bouddha utilise et enseigne une formule extrêmement utile. « Si vous voulez dire quelque chose qui pourrait être désobligeant et qui n’est pas vrai, ne le dites pas. Si vous voulez dire quelque chose qui est aimable et qui n’est pas vrai, ne le dites pas. Si vous savez quelque chose, ou voulez dire quelque chose qui pourrait blesser et qui est vrai, ne le dites pas. Et si vous savez quelque chose qui pourrait être aimable et qui est vrai, trouvez le moment pour le dire ». Parfois ce moment adéquat se présentera dix minutes plus tard, voire dix jours ou dix mois plus tard. »

Ayya Khema, être une île, Éditions Dharma, St Michel-en-L’Herm 1997, pp. 36-38

 

Quelqu’un vint, un jour, trouver Socrate et lui dit :

– Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur ton ami ?

– Un instant, répondit Socrate. Avant que tu me racontes, j’aimerais te faire passer un test, celui des trois passoires.

– Les trois passoires ?

– Mais oui, reprit Socrate. Avant de raconter toutes sortes de choses sur les autres, il est bon de prendre le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire. C’est ce que j’appelle le test des trois passoires. La première passoire est celle de la vérité. As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?

– Non… J’en ai seulement entendu parler…

– Très bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité. Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième passoire, celle de la bonté. Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bien ?

– Ah! Non. Au contraire.

– Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n’es même pas certain qu’elles soient vraies. Tu peux peut-être encore réussir le test, car il reste une passoire, celle de l’utilité. Est-il utile que tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ?

– Non… Pas vraiment.

– Alors, conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter n’est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ?

Pour rappel, le Centre Shikantaza sera fermé du jeudi 17 au lundi 21 septembre inclus (midi et soir). Nous vous retrouverons avec joie dès le mardi 22 septembre à midi.

‘Pardonner n’est pas excuser, mais

abandonner la soif de vengeance.’

 

« Lorsqu’on évoque l’idée du pardon, il faut établir une distinction entre punition et vengeance. La société a le devoir de protéger ses membres, mais elle n’a pas le droit de se venger. Tuer est un mal absolu, qu’il s’agisse de meurtre ou d’exécution légale. Punir devrait consister à neutraliser et à empêcher de nuire, ce qui n’implique ni la vengeance ni les représailles. Riposter revient à retourner la haine contre l’agresseur, perpétuer la fureur sous le couvert de la justice. Au contraire, il y a une grande dignité à considérer les criminels sans se laisser submerger par la haine. Répondre au mal par la fureur et la violence est souvent envisagé comme une réaction courageuse, voire héroïque. Mais le vrai courage, c’est ne pas réagir par la haine. En 1998, un couple d’Américains se rendit en Afrique du Sud pour assister au jugement de cinq adolescents qui avaient sauvagement assassiné leur fille dans la rue. Ils regardèrent les meurtriers droit dans les yeux et leur dire : ‘Nous ne voulons pas vous faire ce que vous avez fait à notre fille.’ De même, le père de l’une des victimes de l’attentat à la bombe d’Oklahoma déclara la veille du verdict : ‘Je ne veux pas d’un mort de plus.’ Il ne s’agissait pas de parents insensibles. Ils avaient parfaitement compris l’inutilité de l’enchaînement de la haine. Ainsi, pardonner n’est pas excuser mais abandonner la soif de vengeance. Celle-ci ne peut réparer le mal commis ni en diminuer l’intensité a posteriori. Elle ne fait que provoquer davantage de tourments. Elle conduit à détruire à son tour, à nuire. En fin de compte, tout le monde est perdant. La paix intérieure aussi bien qu’extérieure vole en éclats. Le Dalaï-lama dit souvent que ni lui ni la majorité de son peuple n’éprouvent de haine envers les Chinois. C’est un exemple exceptionnel de pardon individuel et collectif, si l’on sait que l’invasion chinoise au Pays des Neiges et les persécutions ultérieures ont coûté la vie à un million de Tibétains sur les six millions existants. »

 

Mathieu Ricard, in Simon Wiesenthal, Les fleurs de soleil, Albin Michel, 2004, pp. 230-232

« Il y en a qui considèrent le Bouddha en lui prêtant les signes particuliers d’être pur, lumineux et libre, et les êtres vivants en leur prêtant les signes particuliers d’êtres impurs, obscurs et enchaînés au samsāra. Toutefois, ceux qui s’expliquent les choses de la sorte n’atteindront jamais l’Éveil même après d’innombrables kalpas, parce qu’ils s’attachent à des caractères particuliers.

Dans cet esprit un, donc, il ne reste plus la moindre réalité à trouver, car l’esprit est le Bouddha. De nos jours, les adeptes qui ne sont pas éveillés à cet esprit en sa substance ne font que produire pensée sur pensée, chercher le Bouddha à l’extérieur et pratiquer en s’attachant à des caractères particuliers. C’est là une mauvaise méthode et non la voie de l’Éveil. »

 

Houang-po, Entretiens, Présentation et traduction par Patrick Carré, Points Sagesse, p. 19

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