« Lorsqu’on parle de pardon, au niveau formel, cela concerne trois aspects auxquels nous nous entraînons.

1) Demander pardon aux autres: ‘Qui que ce soit que j’aie blessé, déçu, trompé ou abandonné – intentionnellement ou non : je demande pardon.’ Ce faisant, il est important de penser aux personnes que nous avons blessées, une par une.

2) Se pardonner soi-même: ‘De la même façon que j’ai blessé des gens, je me suis aussi blessé, déçu, abandonné – intentionnellement ou non : je me pardonne.’ Bien sûr, cela est particulièrement efficace dans des cas très concrets, par rapport à des choses très précises, des actes, des situations, des attitudes.

3) Pardonner aux autres: ‘Moi aussi j’ai été blessé, déçu, trompé ou abandonné par d’autres – intentionnellement ou non : je pardonne, j’offre mon pardon.’ Ici encore, plus on est concret, plus la réflexion est immédiate et reliée à des personnes et des évènements précis, plus c’est efficace.

Cela ne signifie pas que nous puissions tout de suite pardonner, immédiatement. C’est une pratique. Parfois il nous faut plusieurs années avant de pouvoir pardonner, quand il s’agit de blessures particulièrement graves et profondes. Mais le plus important, c’est qu’il s’agit de mettre fin à sa propre souffrance et de se libérer de l’emprisonnement que constituent la colère ou la haine et de se libérer de l’attachement aux vieilles blessures.

Deux anciens prisonniers de guerre se rencontrent après plusieurs années et ils échangent des souvenirs, parfois douloureux, de l’époque où ils étaient prisonniers. L’un demande à l’autre : ‘Et toi en fait, après toutes ces années, est-ce que tu as pardonné à tes ennemis, à ceux qui t’ont torturé ?’ ‘Jamais je ne ferai cela !’, répondit l’autre.
À quoi le premier répondit : 
’Alors tu es toujours leur prisonnier.’

Le pardon, c’est une part essentielle de la bonté du cœur. Mais c’est quelque chose que l’on ne peut pas forcer. C’est plutôt un processus permanent d’acceptation des sentiments difficiles et de lâcher-prise sur les schémas intérieurs étroits et négatifs. Quelqu’un a formulé cela d’une façon peut-être un peu étrange mais finalement très juste en disant: ‘Le pardon, cela signifie abandonner tout espoir d’un meilleur passé.’

Eva Kor, qui a survécu au camp d’Auschwitz, écrit : ‘De tout mon être, je crois que chaque personne humaine a le droit de vivre sans la douleur du passé. La plupart des gens ont un grand problème avec le pardon parce que la société demande vengeance. Nous devons témoigner du respect aux victimes et honorer leur souvenir mais je me demande toujours si mes proches, qui sont morts, voudraient vraiment que je vive jusqu’à la fin de ma vie avec la douleur et la colère.
Je le fais pour moi-même. Le pardon n’est rien d’autre qu’un acte d’auto-guérison, qui me donne à moi-même une grande force. Moi, j’appelle ça un remède miracle : ça ne coûte rien, ça marche et ça n’a pas d’effets secondaires.’

Il s’agit ici d’admettre la colère et la haine en nous-même, sans bien sûr s’y perdre, et de les sonder, de regarder exactement ce qui se passe. De la même façon que le fait de cultiver le pardon, tout cela ne semble pas à première vue avoir beaucoup à voir avec metta, avec la bonté du cœur. Mais c’est une illusion, peut-être parce que nous croyons que metta, la bonté du cœur, a quelque chose à voir avec des sentiments bons et agréables, que nous voudrions répandre autour de nous, que nous voudrions rayonner. C’est possible aussi. Mais la bonté du cœur est justement cette capacité de notre cœur à entrer en contact avec chaque expérience, avec chaque situation, avec chaque personne, et de les accueillir, d’être présent à elles. Et c’est justement très utile dans la méditation. Bien sûr, c’est souvent assez difficile, c’est exigeant et ce n’est certainement pas agréable. Mais c’est justement là-dedans que réside la grande force, le grand pouvoir de la bonté. »

 

Fred Von Allmen, La bonté du cœur, juin 2010, tr. Fabienne Hourtal, http://www.vipassana.fr/Textes/FredVonAllmenLa%20bonte.html