Purifier son karma négatif

 

Du point de vue de certaines traditions mahayana, il est possible de purifier son karma, aussi lourd soit-il. Dans la tradition theravada, la pratique de la vie vertueuse et la culture de la vision profonde constituent les moyens généraux qui protègent les adeptes contre les conséquences d’action néfastes. Pourtant, certaines actions sont si lourdes de conséquences – comme le meurtre de ses propres parents – que la personne qui a commis le parricide ne sera peut-être pas en mesure de se purifier complètement. Dans le Zen, la purification prend place à travers un processus de rachat. Outre l’aveu du méfait et la détermination de ne pas répéter l’acte, l’expiation est comprise comme une occasion de faire table rase du karma et de revenir à la pureté initiale de la nature originelle de l’adepte. Lors d’une cérémonie d’expiation et parfois lors d’autres cérémonies, il (ou elle, ou chacune des personnes présentes) récite le Sangemon:

 

Toute la souffrance que j’ai causée aux autres et à moi-même

découle des trois poisons sans origine, la colère, l’avidité et l’ignorance.

Tout ce mal commis à travers mon corps, ma parole et mon esprit,

aujourd’hui je le comprends et le regrette de tout mon cœur.

 

Dans d’autres traditions, comme le Vajrayana, les adeptes réalisent cette purifica-tion en appliquant consciemment les quatre puissances antagonistes, à savoir :

le regret : l’adepte regrette le mal qu’il a causé ; il reconnaît et admet ses erreurs. Ne confondez pas cette déclaration ouverte et honnête ou aveu des erreurs commises avec de la culpabilité qui, elle, est contre-productive. La culpabilité vous piège dans le passé, elle solidifie votre identité comme celle d’une ‘mauvaise’ personne et elle rend plus difficiles le mouvement vers des comportements plus constructifs.

la résolution : l’adepte décide de ne pas répéter cette action destructive.

la confiance : l’adepte se fie à sa prise de refuge dans le Triple Joyau et à l’esprit d’éveil présent en chacun – bodhicitta – pour développer la compassion au bénéfice de tous les êtres et éliminer la négativité.

le remède : pour l’adepte, il consiste à effectuer des actions positives afin de contrebalancer la négativité qu’il a créée, quelle qu’elle soit.

 

Une scène du film Ghandi illustre particulièrement bien cette attitude. Ghandi s’était rendu à Calcutta en réponse à la violence qui avait éclaté dans la ville entre les hindous et les musulmans. Engagé dans un jeûne prolongé qu’il avait juré de continuer jusqu’à ce que les violences cessent, le Mahatma était proche de la mort, et une foule immense s’était rassemblée autour de lui.

Soudain, un hindou se précipite près du lit et lui tend un morceau de pain. Apparemment affolé, l’homme crie : ‘Mange ça ! Je ne veux pas en plus avoir ton sang sur la conscience !’ Il révèle ensuite que dans les combats, il a tué un jeune garçon musulman et que, désormais, il s’attend à être jeté en enfer pour cet acte. Malgré sa faiblesse, Gandhi regarde alors l’homme attentivement, et lui dit ceci : ‘Je connais un moyen pour te faire sortir de l’enfer.’ Il explique ensuite à l’homme que celui-ci que celui-ci doit aller en ville et trouver un jeune garçon musulman dont les parents auront été tués dans les affrontements. Ensuite, il doit ramener cet orphelin chez lui, et l’élever comme son propre fils. ‘Mais souviens-toi, ajoute Ghandi, que tu dois l’élever en musulman !’

D’après

  1. Landaw, S. Bodian, Le bouddhisme pour les Nuls, Éd. First, Paris 2005, pp. 286-288