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Le centre Shikantaza sera fermé les 1er, 14, 15 et 25 mai prochains (jours fériés).

A très bientôt !

 

VIE DE SUBSTITUTION :

C’est la vie que nous menons quand nos ‘croyances profondes’ déterminent

la façon dont nous ressentons les choses ;

quand nous croyons aux histoires que nous nous racontons,

aux images que nous avons de nous-mêmes,

comme si tout cela était intrinsèquement vrai.

C’est le contraire d’une vie menée avec honnêteté, dans l’authenticité,

où nous voyons de plus en plus clair

dans nos images, nos croyances erronées et nos schémas de comportement.

Jeanne Schut

 

« L’origine [de nombre de nos problèmes] est que nous menons ce que j’appelle ‘une vie de substitution’. À cause de notre profond besoin de protection, de sécurité et de confort, nous avons fabriqué tout un dédale de constructions mentales et de stratégies pour éviter d’être présents à notre vie telle qu’elle est. Et comme nous croyons à la réalité de ce qui n’est qu’une vie de substitution, nous sommes déconnectés de la conscience de notre véritable nature, et donc de notre cœur, qui est, lui, naturellement ouvert.

Notre vie de substitution se compose de nombreuses fabrications mentales : notre identité, l’image que nous avons de nous-mêmes, notre idée de ce qu’est la vie, nos opinions et nos jugements, nos attentes et nos exigences …, que nous tenons pour absolument réelles. Comme nous sommes très fermement attachés à ces croyances, nous développons, pour faire face à la vie telle que nous l’interprétons, des stratégies de comportement qui deviennent des habitudes.

Toutes ces stratégies sont basées sur des conclusions – ou ‘décisions’ – auxquelles nous sommes arrivés quand nous étions très jeunes, à propos de qui nous sommes et du sens de notre vie. Ce sont des décisions que nous prenons pour nous aider à affronter les nombreuses souffrances qui sont inévitables quand on grandit. Au départ, l’enfant se lance peut-être dans la vie avec un profond sentiment d’unité, mais quand il commence à souffrir, même superficiellement, il s’écarte peu à peu de ce sentiment d’être relié à un tout. Peut-être sent-il qu’il y a un vide en lui qu’il faut remplir. Peut-être même ressent-il la terreur d’être complètement impuissant ou absolument seul au monde.

Quand, enfant, nous sentons ce frémissement d’angoisse au fond de nous, notre instinct de protection se réveille et, à partir d’un désir naturel de sécurité et de confort, nous commençons à remplir ce vide pour occulter le noyau de souffrance.

Prenez l’exemple du tout jeune enfant qui éprouve la souffrance d’être abandonné trop longtemps dans son berceau (trente secondes peuvent suffire). Si cette expérience se répète souvent, l’enfant va développer certaines images et commencer à tirer des conclusions – à prendre des décisions fondamentales – sur ce qu’est la vie. Il peut ainsi décider que la vie n’est pas rassurante. À partir de cette croyance, il va développer des stratégies de comportement. Par exemple, choisir de s’isoler pour se sentir en sécurité. Ou décider que la vie est trop difficile, et sa stratégie consistera alors à essayer de toujours mieux se comporter, à faire tout ce qu’il faut pour dissimuler ce sentiment d’inaptitude qu’il ressent. Il peut aussi chercher l’oubli ou faire de son mieux pour être aimé. Il y a enfin, également, des stratégies de contrôle, d’agressivité ou de gaieté factice.

Dans tous les cas, nous tissons ces décisions fondamentales avec des stratégies de comportement pour en faire une étoffe d’apparence très solide, qui devient notre ‘vie de substitution’. Nous croyons que cette image de la réalité fondée sur nos pensées représente qui nous sommes et ce qu’est la vie. Plus nous croyons à cette vie artificielle, plus nous nous éloignons de la vie telle qu’elle est réellement. »

Ezra Bayda, Vivre le Zen, Poche Marabout, 2014, pp. 97-99. Traduction Jeanne Schut

« En ce qui concerne le contrôle de l’esprit pendant zazen, Maître Wanshi reprend l’image célèbre du buffle : ‘S’il veut s’échapper, tirez-le par le nez.’ En Orient, on place une corde dans un anneau placé dans le nez des buffles, pour les guider ou les maîtriser.

Wanshi dit : ‘Bien sûr, ses cornes sont imposantes et il marche comme un animal sauvage. Cependant, il ne détruit jamais les graines et les plantes cultivées par les hommes.’ Notre esprit garde aussi un côté sauvage. On a parfois des pulsions agressives, parfois des désirs très forts. Si on apprend à les observer au moment où ils se manifestent, alors il suffit de tirer très légèrement sur la corde pour les contrôler, comme on contrôle le buffle. Ainsi, cela n’entraîne pas des paroles ou des actions dommageables pour les autres. Cela reste simplement au niveau des pensées. Ce contrôle de l’esprit ne doit pas être trop rigide. Certains pensent que progresser dans la pratique, c’est arriver à un contrôle absolu de l’esprit, mais ce serait comme être mort mentalement. Pendant zazen, il est normal que toutes sortes de pensées surgissent, de même que le buffle a envie de se promener ici ou là.

Maître Wanshi dit : ‘Se promenant alentour, acceptez comment il va.’ Quand l’esprit erre, acceptez là où il va, comme pour le buffle. ‘Vous-même pouvez vous promener alentour mais ne demeurez pas dans un lieu.’

En zazen, on ne s’attache ni à une pensée, ni à la non-pensée. On se promène librement de pensée en non-pensée. Il est important d’avoir cette fluidité de l’esprit, de ne pas avoir l’esprit coagulé comme un bloc de glace.

‘Alors’, dit Wanshi, ‘la charrue ouvrira le champ de la vacuité’. Réaliser un esprit qui ne stagne sur rien, c’est réaliser qu’il n’y a nul lieu où demeurer. On peut réellement s’harmoniser avec cela, en abandonnant le fonctionnement de l’esprit qui veut saisir ou demeurer. C’est réaliser un esprit libre et vaste. Si on continue à pratiquer ainsi, alors tout ce qui apparaît est parfaitement clair. On ne se laisse plus tromper par les apparences. On commence à voir les choses telles qu’elles sont. Alors la pratique devient comme une pluie qui fait germer les graines d’éveil contenues dans notre esprit. »

Roland Yuno Rech, Le champ de la vacuité, Le Relié, Paris, 2012, p.40

L’éthique est le fondement de tout développement,

que ce soit dans la vie professionnelle

ou dans une démarche spirituelle.

 

« Parler du bouddhisme et de la vie professionnelle, nous met naturellement face à une première ambiguïté. Le bouddhisme est une voie de libération de la souffrance par un profond travail d’introspection alors que le but de l’entreprise est de produire des biens ou des services ; pour survivre et se développer, elle cherche à créer de la valeur en générant du profit. Pour le dire sans nuance : alors que l’un questionne le désir, l’autre cherche à le nourrir. Comment ces deux-là peuvent-ils se rencontrer et collaborer utilement ?

La pratique bouddhiste a plusieurs perspectives. Une des façons de la définir est de l’aborder en termes des trois entraînements : l’éthique, la méditation et le discernement. L’éthique peut se résumer au fait de ne pas nuire, individuellement ou collectivement. La méditation consiste à dévoiler la lucidité et la clarté de l’esprit, et à le pacifier. Quant au discernement, il permet de voir les situations telles qu’elles sont, le jeu de causes et de circonstances. Le Bouddha a enseigné ces trois entraînements pour permettre à chacun de dissiper la maîtrise ou l’ignorance qui nous caractérise tous et qui est la cause première de notre insatisfaction, de notre souffrance.

Une autre perspective de la pratique bouddhiste, outre le processus de libération, consiste à ‘embellir le monde’ c’est-à-dire de mettre en œuvre des moyens pour générer des circonstances favorables aux humains, de leur procurer de meilleures conditions de vies. En ce sens, on peut trouver dans le bouddhisme des valeurs et des méthodes qui permettent un mieux vivre dans l’entreprise et, surtout, de développer une dimension éthique de façon très concrète dans l’organisation et dans les relations tant en interne que vers l’extérieur. Il s’agit de faire de notre vie professionnelle une démarche éthique. C’est l’éthique qui est le fondement de tout développement, que ce soit dans la vie professionnelle ou dans une démarche spirituelle. Ainsi, j’ai rencontré, dans mes interventions en entreprise, des équipes managériales dont la préoccupation était de maintenir un appareil de production générant du profit, mais qui ne dérogeait pas à l’éthique à tous les niveaux : qualité du produit, qualité de vie dans l’entreprise et respect du client. C’était pour eux, un défi quotidien.

La vision que propose le bouddhisme et les méthodes qui y sont associées sont applicables pour qui veut améliorer la vie au travail. Il ne s’agit pas d’avancer masqué, mais il est inutile de poser un label ‘bouddhiste’ sur une approche qui, finalement, est une façon profondément humaine et lucide d’aborder les situations. S’inspirer des enseignements du Bouddha est une chose, devenir bouddhiste en est une autre.

Il me semble que ce n’est pas trahir une transmission authentique vieille de 2600 ans que de s’en inspirer pour permettre aux humains de devenir plus humains. L’erreur consisterait à prendre l’un pour l’autre et à réduire le bouddhisme à un développement personnel. Les deux ont leur raison d’être. »

Lama Puntso, Bouddhisme et vie professionnelle, regard bouddhiste 06, pp. 27-28

Pour rappel et pour plus de clarté, le Centre Shikantaza sera fermé les mercredi 15, jeudi 16 et vendredi 17 avril prochains, midi et soir.

Nous vous rappelons par ailleurs la venue de Joshin Bachoux Sensei le mardi 14 avril au soir.

A bientôt !

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