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Le centre Shikantaza sera exceptionnellement fermé jeudi 2 avril à midi. La méditation du soir est quant à elle maintenue.

A très bientôt !

 

« Il est important de voir que le point essentiel de toute pratique spirituelle est de sortir de la bureaucratie de l’ego, c’est-à-dire de ce constant désir qu’a l’ego d’une forme plus haute, plus spirituelle, plus transcendante du savoir, de la religion, de la vertu, de la discrimination, du confort, bref, de ce qui fait l’objet de sa quête particulière. Il faut sortir du matérialisme spirituel. Si nous n’en sortons pas, si nous en faisons notre pratique, nous nous doterons peut-être d’une vaste collection de sentiers spirituels, fort précieuse à notre avis. Nous avons tellement étudié ! Peut-être avons-nous étudié les philosophies occidentales ou les mystiques orientales, pratiqué le yoga ou même reçu les enseignements de dizaines de grands maîtres. Nous sommes accomplis car nous savons tellement de choses ! Nous sommes intimement persuadés d’avoir amassé un trésor de connaissances. Et, pourtant, à l’issue de cet itinéraire, il y a encore quelque chose à abandonner. Quel mystère ! Comment est-ce possible ? C’est impossible… Hélas, c’est pourtant vrai. Ces trésors de connaissances, ces sommes d’expériences ne sont qu’un élément de la vitrine de l’ego, ils concourent à le rendre plus grandiose. Nous les affichons et, ce faisant, nous nous rassurons sur notre existence, confortable et sans risques, d’êtres ‘spirituels’.

En fait, nous avons simplement monté une boutique, une boutique d’antiquités. Peut-être nous sommes-nous spécialisés dans les objets orientaux, les antiquités du Moyen-Âge chrétien, ou les vieilleries de telle culture à telle époque, mais, quoi qu’il en soit, nous sommes des boutiquiers. Avant d’être bourrée d’objets, la pièce était belle : des murs passés à la chaux, un simple plancher, et une lampe brillant au plafond. Un objet d’art trônait au milieu de la pièce et c’était beau. Tout le monde venait jouir de cette beauté, à commencer par nous.

Mais nous n’étions pas satisfaits. Nous pensions : ‘Si ce seul objet embellit tellement ma chambre, plus j’aurai d’antiquités plus ce sera beau.’ Alors, nous avons commencé à collectionner et le résultat fut le chaos.

Nous avons parcouru la planète entière à la recherche de beaux objets – l’Inde, le Japon, et les contrées les plus diverses. Et, à chaque fois que nous trouvions une pièce rare, comme nous n’en découvrions qu’une à la fois, nous la trouvions belle et pensions qu’elle ornerait notre boutique. Mais, lorsque nous rentrions avec l’objet, il venait s’ajouter à notre bazar hétéroclite. L’objet n’irradiait plus aucune beauté dès lors qu’il était perdu au milieu de tant de choses merveilleuses. Il ne signifiait plus rien. Et notre chambre magnifique prenait figure de magasin de brocante !

Le véritable amateur d’art n’accumule ni le savoir ni la beauté, il jouit pleinement de chaque objet. C’est un point fondamental. Si l’on apprécie réellement un bel objet, on s’identifie complètement avec lui et l’on s’oublie soi-même. Il en est de même lorsque vous voyez un film passionnant et que vous perdez la conscience d’être un spectateur. À ce moment précis, le monde n’existe plus ; tout notre être se résume à cette scène du film. Voilà bien ce dont il s’agit, une complète identification avec l’objet. Alors, qu’en est-il de ce si bel objet, de cet enseignement spirituel ? L’avons-nous goûté, mâché et avalé correctement, ce simple objet de beauté, ce simple enseignement spirituel, ou bien l’avons-nous seulement considéré comme un morceau de notre collection en expansion ? »

 

Chögyam Trungpa, Pratique de la voie tibétaine, Point Sagesses, Paris, 1976, pp. 24-25

 

Un message de Joshin Bachoux Sensei:

Je me suis engagée avec une petite association humanitaire au Cambodge, l’association « poumakohdach », site: <http://kohdach-info.blogspot.fr/> et je voudrais collecter pour cette

association des paires de lunettes usagées.

En effet, là-bas, la pauvreté mais aussi le manque de médecins, de matériel, etc. fait que beaucoup de personnes ne peuvent se procurer les lunettes nécessaires à la vie de tous les jours. D’autant plus grave que cette petite île, située près de Phnom Penh a pour spécialité le tissage de la soie, qui abîme beaucoup la vue des jeunes filles et des femmes qui travaillent.

Je me suis aperçue que j’avais au moins 3 paires de lunettes que je ne portais plus dans mes placards, et peut-être, sans doute, est-ce pareil chez vous !

J’ai dit que je collecterai environ 50 paires de lunettes – cela me semble tout à fait atteignable si vous videz vos placards, ceux des parents/enfants, amis, etc…on devrait même arriver à plus !

L’encore mieux serait qu’elles soient dans des étuis rigides, pour le transport et l’envoi ! Sinon, bricolez quelque chose avec du carton fort – toutes idées bienvenues ! Sinon, donnez les telles quelles et «  on voit » !

Merci et gassho,

Joshin Sensei

Si vous avez des lunettes que vous n’utilisez plus et que vous souhaitez donner, vous pouvez les déposer au Centre Shikantaza (nous contacter préalablement à l’adresse info@shikantaza.be). Vous leur donnerez ainsi une nouvelle vie et ferez des heureux !

« Nous sommes venus ici étudier la spiritualité. Je crois à l’authenticité de cette recherche mais nous devons en questionner la nature. Le problème est que l’ego peut tout convertir à son propre usage, même la spiritualité. L’ego tente constamment d’acquérir et d’appliquer les enseignements spirituels à son propre bénéfice. Les enseignements sont abordés comme quelque chose d’extérieur – extérieur à ‘moi’ -, une philosophie que l’on tâche d’imiter. Mais on ne souhaite pas réellement s’identifier avec les enseignements, devenir les enseignements. Alors, si notre maître parle de renoncer à l’ego, on essaye de mimer la renonciation. On fait les mouvements, les gestes appropriés, mais en fait on ne veut à aucun prix sacrifier le moindre élément de son mode de vie. On devient un acteur averti et, tandis que l’on demeure sourd et aveugle à la signification véritable des enseignements, on trouve quelque confort à faire semblant de suivre le sentier.

Dès que nous commençons à sentir une divergence ou un conflit entre nos actions et les enseignements, nous interprétons immédiatement la situation de façon que la contradiction soit neutralisée. L’interprète est l’ego dans son rôle de conseiller spirituel. La situation ressemble à un pays où l’État et l’Église sont séparés. Si la politique de l’État est étrangère aux enseignements de l’Église, la réaction automatique du chef de l’État est d’aller voir le chef de l’Église, son conseiller spirituel, et de lui demander sa bénédiction. Le chef de l’Église met alors au point quelque justification et bénit la politique sous prétexte que le chef de l’État est le défenseur de la foi. Dans l’esprit d’un individu, ça marche tout à fait comme ça, l’ego étant à la fois roi et pape !

Il nous faut pourfendre cette rationalisation du sentier spirituel et de nos propres actions, et aller au-delà, si nous voulons réaliser la véritable spiritualité. Mais il n’est pas facile d’aborder une telle rationalisation, parce que tout est vu à travers le filtre de la philosophie et de la logique de l’ego, de sorte que tout paraît clair, précis et cohérent. À chaque question, nous tâchons de trouver une réponse qui nous justifie. Pour nous rassurer, nous nous employons à faire entrer dans un schéma intellectuel tout ce qui, dans nos vies, porterait à confusion. Et nous nous efforçons avec tellement de droiture et de sincérité, de sérieux et de solennité, qu’il n’y a guère de place pour le soupçon. Nous avons foi en l’‘intégrité’ de notre conseiller spirituel. »

CHÖGYAM TRUNGPA, Pratique de la voie tibétaine, Point Sagesses, Paris 1976, pp. 21-23

 

Une interview accordée par Philippe Cornu à France Culture, où il est question de la philosophie du bouddhisme, du non-soi etc.
http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4996555

Bonne écoute !

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