1. LA COLÈRE CRÉE NOTRE PROPRE MONDE !

Il y a quelques années, je suis partie à Gand suivre un cours de Tai-Chi avec une amie. La première fois, nous avions pris sa voiture, et… curieusement, tous les chauffards étaient de sortie ! Queues de poisson, coups de klaxon, bras d’honneur, injures malgracieuses… Elle avait raison, la route était un enfer ! Je n’avais jamais vu cela ! La semaine suivante, nous avons pris mon propre véhicule : et là, tout doux, tout calme. Rien à signaler. La route était de velours, aucune anicroche sur le trajet… J’ai alors réalisé que mon amie avait toujours des routes pleines d’ornières et de butors… Et j’en ai conclu que probablement, son élément étant une colère permanente, elle attirait, comme un aimant, tous les rustres… Alors que ma récente transformation/métamorphose, me permettait de naviguer dans un monde beaucoup plus amène et souriant…

Une superbe histoire soufie le résume ainsi :

« À vingt ans, je n’avais qu’une seule prière : « Mon Dieu, aide-moi à changer le monde, ce monde insoutenable, invivable, d’une telle cruauté, d’une telle injustice. » Et je me suis battu comme un lion. Au bout de vingt ans, peu de choses avaient changé. Quand j’ai eu quarante ans, je n’avais qu’une prière : « Mon Dieu, aide-moi à changer ma femme, et mes enfants, et ma famille », et je me suis battu comme un lion pendant vingt ans, sans résultat. Maintenant je suis un vieil homme et je n’ai qu’une prière : « Mon Dieu, aide-moi à me changer » et voilà que le monde change autour de moi. » Cité par Christiane Singer.

 

  1. ÊTES-VOUS SÛR(E) D’AVOIR RAISON ?

Je me suis, moi-même, rendue parfaitement ridicule, il y a deux ou trois ans. Ce fut ma dernière colère … enfin, jusque là !!! Attention, cela ne veut pas dire que je ne ressens plus jamais de colère ! Non, la colère est encore une émotion que je connais, bien sûr, mais elle ne dégringole plus en trombe sur mes interlocuteurs. Et c’est incontestablement, une visiteuse qui espace ses tournées… Ouf ! Ce n’est plus une invitée en tout cas !

Je change de téléphone fixe. Achète un nouveau combiné sans fil[*], élégant, fonctionnel, tout biau ! Je rentre chez moi, l’installe… las ! Rien à faire : pas de tonalité ! Je retourne au magasin d’électroménager. Interpelle un vendeur, suis baladée entre quelques personnes, je sens la colère monter. On refuse de me changer l’engin : on me soutient que toutes les prises téléphoniques ont désormais deux lamelles et non quatre – je pensais avoir décelé la raison de la défectuosité –, on me traite un peu gentiment, comme une demeurée, puis avec condescendance… ce qui exaspère mon côté féministe ! Puis comme je commence à taper le scandale, on m’emmène au service après-vente, où on me remet strictement le même appareil… donc à 2 lamelles… Grrr ! Arrive un gentil monsieur du magasin, très courtois. « Que se passe-t-il ? » Je raconte. « Vous habitez loin ? » « Non, à deux pas… » « Si vous voulez, je viens vous l’installer chez vous ? » Ma colère tombe. Le gentil vendeur m’accompagne, on parle de menues choses. Il installe le combiné. Me tend l’appareil. Tout est parfait, ça fonctionne ! ? Je réalise alors que je n’avais pas branché la prise électrique, juste la prise téléphonique (à deux lamelles !)… Ça ne risquait pas de marcher ! Honte sur moi, je suis confuse ! Je me répands en excuses pitoyables. « Ce n’est rien, Madame, ça peut arriver »… Puis, je m’écroule de rire !!! Qu’on est sot(te) parfois dans ses colères !!!

Thich Nhat Hanh raconte une histoire beaucoup moins drôle, dans son merveilleux livre sur la colère. Un jour, un homme dut quitter sa maison pour une longue période. Avant son départ, sa femme était déjà enceinte mais il l’ignorait. À son retour, elle avait donné naissance à un garçon. L’homme douta que cet enfant fût le sien, et porta ses soupçons sur un voisin qui avait l’habitude de venir travailler chez lui. Il se mit à haïr l’enfant. Il voyait le visage de son voisin dans celui du petit garçon. Et puis, un jour, le frère de cet homme vint lui rendre visite pour la première fois. Quand il vit le petit garçon, il dit au père : « Il te ressemble comme deux gouttes d’eau ! La visite de son frère fut un événement heureux, parce qu’elle permit au père de se débarrasser de sa perception erronée. Mais celle-ci avait tenu le père sous son emprise pendant douze ans. Elle avait fait profondément souffrir cet homme, sa femme et, bien entendu, le petit garçon confronté à cette terrible haine.

 

Carole Braéckman http://www.lhibiscus.fr/La-colere-comment-la-lacher-ou-la.html

[*] Note de mai 2014 : cela fait quelques dix ans que je n’ai plus que des téléphones à fil ! Les filaires vrillent beaucoup moins la tête, et aident à garder les neurones alertes ! Moins de maux de tête, moins de trous de mémoire !…