« Alors, où peut se cacher ce ‘soi permanent’ qui serait à l’abri des changements constants qui caractérisent toutes les forces psychiques et physiques décrites dans le cadre des cinq ‘agrégats’. (…) Il est vrai que la plupart des visions non bouddhistes du phénomène de l’homme proposent l’idée d’une âme ou d’un principe spirituel individualisé. Cette ‘âme’ gouvernerait en quelque sorte le tout et continuerait à exister même après la désagrégation, au moment de la mort, des aspects matériels et psychiques de l’individu. Selon les bouddhistes pourtant, cette affirmation est tout à fait gratuite et reflète davantage nos désirs illusoires que la réalité. Pour eux, toutes sortes de ‘cris du cœur’ jaillissent ainsi de l’attachement à l’existence de ce ‘soi permanent’ et montrent à quel point l’homme est prisonnier de cette illusion : ‘JE veux ceci !’ ‘J’ai raison !’ ‘VOUS avez tort !’ ‘C’est le MIEN’… Et ce ‘je’ est beaucoup plus qu’un pronom qui désignerait la combinaison d’agrégats dont parlent les bouddhistes.

(…) Le ‘je’, comme tous les autres phénomènes, est, selon la terminologie bouddhiste, ‘conditionné’. Il est nécessaire de dire ici que ce terme n’a aucune relation avec le chien de Pavlov qui, lui, est ‘conditionné’, mais à réagir d’une manière bien déterminée dans des circonstances bien définies. (…) Si j’en parle ici, c’est parce que la première fois que certains de mes étudiants entendent ce mot ‘conditionné’ ou le lisent dans des livres sur le bouddhisme, ils pensent à ce pauvre chien. En réalité, dire que tout être est ‘conditionné’, c’est simplement une autre manière d’affirmer que rien n’existe en soi, c’est-à-dire que rien n’existe indépendamment de l’ensemble des phénomènes qui constituent le monde dans lequel se trouve l’individu. »

 

Dennis Gira, Le bouddhisme à l’usage de mes filles, Seuil, 2000, pp. 95-97

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