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« La première démarche de celui qui aspire à suivre la voie spirituelle est de comprendre à quel point la vie humaine est précieuse. Utilisée à bon escient, elle nous offre une occasion unique d’actualiser le potentiel d’Éveil qui se trouve en nous tous mais qu’il nous est très facile de négliger ou de dilapider. Selon le bouddhisme, parmi toutes les formes de vie que l’on peut prendre dans la ronde des existences, le fait de naître humain est éminemment rare. On le compare à un banquet dont on se délecterait après des siècles de disette.

L’une des raisons pour lesquelles cette existence est si précieuse est la possibilité qu’elle nous offre de reconnaître et de développer l’essence ou potentiel de la bouddhéité qui est la nature fondamentale de tout être conscient. Cette nature, temporairement voilée par la confusion mentale et les émotions perturbatrices, reste enfouie comme un trésor à l’intérieur de nous. La pratique de la voie bouddhiste, ou Dharma, consiste à éliminer ces voiles. Elle ne sert pas à « construire » l’état de bouddha, mais simplement à le révéler. Car on ne peut rien ajouter ou retrancher à cette nature qui n’est autre que le fondement même de notre esprit. Les qualités acquises sur le chemin de l’Ėveil ne sont pas fabriquées de touts pièces, elles reflètent l’actualisation graduelle de notre nature, à l’image de l’éclat d’un joyau qui se manifeste au fur et à mesure que l’on débarrasse celui-ci de la fange qui l’enveloppait. »

 

Matthieu Ricard, Chemins spirituels, POCKET, 2012, pp. 25 s.

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Nous savons qu’une émotion n’est qu’une émotion. Elle arrive, reste un moment et puis devra partir, comme une tempête. Une tempête arrive, reste un moment et s’éloigne. Nous ne devons pas mourir à cause d’une émotion : nous sommes tellement plus grand qu’une émotion, tellement, tellement plus. Donc quand vous sentez que l’émotion va se manifester, qu’elle arrive, il est très important que vous vous installiez dans une position assise, une position bien stable, comme la mienne pour l’instant. Vous pouvez même vous coucher, c’est aussi une position très stable et diriger votre attention sur votre ventre et vous êtes attentif à sentir votre ventre se soulever et à s’abaisser. Vous respirez profondément et vous concentrez toute votre attention à sentir votre ventre se soulever et s’abaisser. En position assise, je dirais que le niveau de ma tête est le sommet de l’arbre. Je ne reste cependant pas là, je déplace mon attention vers le bas, vers le tronc de l’arbre qui est juste en dessous du nombril. Vous savez qu’il est dangereux de rester dans l’œil de la tempête. L’œil de la tempête est dans la tête, donc descendez juste en dessous du niveau du nombril et commencez à pratiquer la respiration en pleine conscience, inspirez et expirez profondément et concentrez toute votre attention sur votre abdomen qui se soulève et qui s’abaisse. Vous pouvez pratiquer ainsi pendant dix, quinze ou vingt minutes et vous verrez que vous êtes fort, fort assez pour résister à la tempête. Dans la position assise ou couchée, accrochez-vous à votre respiration comme une personne s’accroche à son gilet de sauvetage, au milieu de l’océan, et vous remarquerez que vous êtes fort assez pour résister à l’émotion. Et un peu plus tard cette émotion partira. Pendant ce moment de respiration, vous pouvez observer qu’une émotion n’est qu’une émotion et que vous êtes beaucoup, beaucoup plus qu’une émotion. Une émotion est quelque chose d’impermanent. Elle vient, elle reste un moment et elle s’éloigne.

Vous serez étonné de constater que vous êtes capable de résister à une émotion rien qu’en pratiquant la respiration dans la pleine conscience et en vous concentrant sur le mouvement de votre abdomen qui se soulève et qui s’abaisse. Il se peut que vous ayez envie de dire à un autre ami ou à vos enfants, si vous en avez, comment pratiquer. Je connais des mamans qui aident leurs enfants à pratiquer ainsi. Elles tiennent la main de leur enfant et elles disent : « Mon chéri, respire avec moi. En inspirant, je suis consciente que mon abdomen se soulève. En expirant, je suis consciente que mon abdomen s’abaisse ». Et elles guident l’enfant à respirer avec elles en utilisant cette émotion. Si vous pratiquez ainsi, vous serez capable de générer l’énergie de la stabilité et quand vous tiendrez la main d’une autre personne, vous lui transmettrez l’énergie de votre stabilité et vous l’aiderez à pratiquer comme vous afin de traverser la zone de tempête. C’est très efficace, mais, s’il vous plaît, rappelez-vous une chose : n’attendez pas d’avoir une grosse émotion pour pratiquer parce que si vous attendez, vous oublierez la pratique. Il faut pratiquer maintenant. Aujourd’hui vous êtes bien, vous ne ressentez pas une grosse émotion. C’est le bon moment pour apprendre à pratiquer, pour commencer la pratique. Et si vous le faites pendant trois semaines, 21 jours, ça deviendra une habitude.

Pratiquez dix minutes par jour et quand l’émotion arrivera, vous vous rappellerez la pratique tout naturellement. (…) Je vous conseille de commencer aujourd’hui, dans la position assise, où que vous soyez, et de pratiquer pendant dix ou quinze minutes, et de faire la même chose demain. Dans trois semaines, ce sera devenu une habitude et, si vous ne pratiquez pas, vous sentirez quelque chose vous échapper, vous aurez le sentiment de rater quelque chose.

 

Thich Nhat Hahn, http://www.buddhaline.net/L-art-de-maitriser-une-tempete

Les pratiquants du zen japonais et du Dzogchen tibétain ne manquent pas de souligner la proximité apparente entre les deux traditions. Bien que celles-ci soient apparues indépendamment l’une de l’autre et ne possèdent pas d’origine commune, les tenants de l’une et l’autre école n’ont aucun mal à se reconnaître dans les textes de l’autre tradition. Le texte suivant, extrait d’une conférence sur le Dzogchen donnée par Philippe Cornu au Musée Royal de Mariemont le 12 mai 2012, pourrait de la même façon s’appliquer au zen.

« Le Dzogchen est un chemin non duel, qui essaie de nous expliquer quelle est notre vraie nature, très directement – c’est-à-dire la nature de Bouddha qui est en nous, qu’on appelle la nature de l’esprit, une nature éveillée et inconditionnée en chacun de nous, notre part inconditionnée. Car nous avons un esprit conditionné, c’est notre esprit ordinaire, conventionnel, celui qui conceptualise, intellectualise, qui a des émotions, qui nous torture beaucoup, nous tourmente, c’est l’esprit qui nous plonge dans une interprétation du monde qui est, du point de vue du Dzogchen, une parfaite illusion.

Mais sous cet esprit, il y a quelque chose qui est de l’ordre de l’inconditionné, qui est une pure vacuité, une pure clarté, qu’on appelle l’état de Rigpa[1], la nature de l’esprit, que je traduis par la « présence éveillée ».

Il ne faut surtout pas utiliser le mot « conscience » pour parler de cet état de l’esprit parce que si l’on parle de conscience, c’est ma conscience « de » quelque chose et on est alors dans un rapport de sujet – objet ; si on est dans un rapport sujet – objet, on n’est pas dans la nature de l’esprit, on est encore quelque part dans l’esprit rationnel, conceptuel et, du point de vue du Dzogchen, il n’y a aucun espoir dans l’esprit conceptuel pour atteindre la liberté naturelle de notre esprit, la véritable nature éveillée.

Le Dzogchen nous explique que cette nature de l’esprit inconditionné, qui est totalement libre puisqu’inconditionnée, qui n’a aucun rapport avec les causes et les effets, ni avec la conditionnalité de notre existence, est tout simplement inatteignable par notre esprit ordinaire ; il faut donc faire un saut dedans, il faut être directement présenté à cette nature, et en faire l’expérience, pour pouvoir bien la distinguer de ce qu’est notre esprit ordinaire. »


[1] « Ce terme  … a un sens bien spécifique dans le Dzogchen. Il désigne le mode d’être originel (…), la nature de bouddha en chacun des êtres. En particulier, il faut bien distinguer rigpa de l’esprit ordinaire (…).

L’esprit ordinaire qui comprend les huit consciences, est l’esprit dualiste confus et tourbillonnant, jouet de l’illusion et producteur de confusion. Il est constitué d’une trame d’impulsions momentanées de pensées et de passions et sa nature est vacuité. Découvrir la nature de l’esprit (…), c’est découvrir sa vacuité, son absence d’être en soi. Mais lors de la dissolution de l’esprit ordinaire, entre deux pensées, se manifeste une présence vide et lumineuse, sans objet, qui transcende tout ce qui appartient au domaine de la pensée. Rigpa désigne cette Base primordiale, qui est incomposée, à la fois vacuité et luminosité.

On le dit difficile à découvrir parce qu’il est trop proche de nous, trop simple, au-delà de l’appréhension de l’esprit ordinaire et trop profond. Le maître, à travers des moyens appropriés, permet à l’étudiant d’en faire l’expérience directe, lors de la présentation à rigpa (…). » Ph. Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Le Seuil, Paris, 2006, Entrée rigpa

Bonjour à toutes et à tous,

Le nouveau site web de Shikantaza est en ligne, à l’adresse http://www.shikantaza.be. Vous y trouverez une brève présentation du zen et de nos activités, les horaires de la pratique chez nous, un agenda des événements et retraites à venir, des vidéos, des photos, de la lecture, des recommandations d’ouvrages et un formulaire en ligne qui vous permettra de mieux nous contacter…

Tous vos commentaires et suggestions sont les bienvenus !

« Le Bouddha a enseigné le Hinayâna (Bouddhisme des Anciens*), le Mahayâna (ou ‘Grand Véhicule’) et le Vajrayâna, le ‘Véhicule de diamant’. Ces différentes approches ont été exposées par le Bouddha et sont donc valides. Les différents points de vue exprimés s’inscrivent dans des perspectives particulières qui ont chacune leur utilité, leur valeur et leur cohérence. La tradition tibétaine les a intégrées dans une dynamique d’ensemble. En ce qui concerne la manifestation dans le monde du Bouddha Sakyamuni, les divers véhicules expriment des visions différentes. Nous [les Tibétains] considérons que l’un, le bouddhisme des Anciens, s’exprime d’un point de vue relatif, et les autres, le Grand Véhicule et le Vajrayâna, d’un point de vue ultime. [Selon la première approche,] le Bouddha est au départ un être ordinaire qui partage une vision du monde semblable à la nôtre. Il décide au cours de sa vie de se vouer à la recherche spirituelle, il s’adonne à la pratique et, finalement, atteint l’Éveil. En revanche, du point de vue ultime qu’adopte le Grand Véhicule, le Bouddha était un être éveillé avant même de prendre forme humaine (…). Il est dit qu’au moment de sa naissance, il a fait sept pas sur la terre ; sous ses pas ont miraculeusement fleuri des lotus, et, tout en marchant, il s’est écrié : ‘Je suis le Parfait parmi les hommes’, ce qui était une manière d’expliquer qu’il était déjà Bouddha. Le Bouddha Sakyamuni, le Bouddha historique, n’est pas le seul Bouddha. Des Bouddhas sont apparus avant lui et d’autres apparaîtront après lui. Dans la tradition du Grand Véhicule, en effet, le Bouddha historique, Sakyamuni, n’est qu’une des nombreuses manifestations de l’esprit dans sa dimension fondamentale et ultime.

(…) La tradition parle des trois « corps » de l’Éveil. A vrai dire, le terme « corps » (kaya en sanscrit) a une connotation trop concrète dans les langues occidentales. Par « corps », il faut comprendre trois aspects, trois dimensions d’une même réalité essentielle. La première dimension de la bouddhéité, la plus fondamentale, c’est le dharmakaya, le « corps d’absolu ». Elle est au-delà de tout concept, de toute description. C’est la vacuité de l’esprit, son essence pure. Ce terme de ‘vacuité’ a été fort mal compris en Occident où il a souvent été assimilé au mot ‘vide’, alors qu’il ne s’agit pas du tout de cela. En fait ce concept exprime la sagesse primordiale de l’esprit. Dans la tradition tibétaine, on compare symboliquement le dharmakaya à l’azur infini, au vaste ciel, à l’espace sans limites. C’est la dimension d’absolu, la plus profonde. Le second aspect de la bouddhéité, c’est le sambogakaya qui est comme l’expression formelle et symbolique du dharmakaya. Cette manifestation issue du dharmakaya s’opère sous de multiples formes, mais toujours parées de symboles. Ce sont ce qu’on appelle les déités ou divinités, qui sont perceptibles à des niveaux très subtils et qui expriment la perfection des qualités de l’Éveil, de la nature de Bouddha.

[La manifestation du Bouddha sous forme humaine est appelée] (…) nirmanakaya (on dit tulkou en tibétain), c’est-à-dire le ‘corps’ de manifestation ou d’apparition : il s’agit de la troisième dimension de la bouddhéité, de la manifestation de l’Éveil sous une forme tangible. Des êtres tel le Bouddha Sakyamuni se manifestent donc sous une forme humaine (ou autres). (…) Pour résumer ces notions assez subtiles, disons que dans le Mahayana et le Vajrayana, nous parlons de trois dimensions de l’esprit éveillé, ou des trois « corps » du Bouddha : la dimension ultime et indéfinissable (dharmakaya), la manifestation symbolique de ce « corps absolu » sous l’apparence des divinités (sambogakaya), et enfin la manifestation sensible à travers l’activité de différents êtres, tels le Bouddha Sakyamuni ou les grands bodhisattvas (nirmanakaya). »

Dom Robert Le Gall, Lama Jigmé Rinpoché, F. Lenoir,

Le moine et le Lama, Le Livre de Poche, 2001, pp. 104-107

 

* L’expression ‘Petit Véhicule’, création du Mahayana (qui se désigne comme ‘Grand Véhicule’), est remplacée ici par ‘Bouddhisme des Anciens’, moins polémique.

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